Henri Langlois

Montage du Musée du cinéma : Madame Kawakita et Henri Langlois

Eila Hershon, Roberto Guerra
France / 1970 / 2:05 / Silencieux

Chutes en marge du portrait Langlois (Hershon-Guerra), où l'on voit notamment Madame Kawakita, Akira Kurosawa et son directeur artistique Yoshirō Muraki donner un coup de main à Henri Langlois pour l'accrochage de costumes japonais (Le Château de l'araignée) à Chaillot à la fin des années 60.

Numérisation réalisée par la Cinémathèque française d'après des éléments 16 mm confiés par Kathy Brew dans le cadre de l'exposition L'Écran japonais (Cinémathèque française, 2016). Remerciements à Kathy Brew, Hervé Pichard, Pascal-Alex Vincent et Catherine Cadoux.


« Mais si l'on ferme les yeux, si l'on songe au cinéma japonais, c'est automatiquement les images de femmes en kimonos, de samouraïs qui viennent à nous. Et ceci est normal pour nous, qui vivons dans un monde qui bannit peu à peu la poésie de l'écran. » (Henri Langlois, « Chefs-d'œuvre et panorama du cinéma japonais », programme de la Cinémathèque française, juin 1963)

Eila Hershon devient réalisatrice et productrice américaine de documentaires, après avoir débuté comme peintre et travaillé avec Oskar Kokoschka. À partir de 1966, elle se consacre au cinéma et, dès 1968, forme avec Roberto Guerra un remarquable duo artistique, uni pendant 25 ans. Ses films, diffusés sur Channel 4 et à l'international, se distinguent par leur profondeur et leur empathie. Elle réalise notamment des portraits de Coco Chanel, Estée Lauder, Helena Rubinstein, Frida Kahlo et Henri Langlois, dont elle cosigne un savoureux portrait sorti en 1970.

Kashiko Kawakita, dite « Madame Kawakita », fut une ambassadrice majeure du cinéma entre le Japon et l'Occident. Avec son mari Nagamasa, elle fonde la Towa Films en 1928, contribuant à faire découvrir au public japonais les grands cinéastes européens. Après le succès de Rashōmon à Venise en 1951, elle œuvre à la diffusion internationale du cinéma japonais, notamment avec le Japan Film Library Council, fondé en 1956.

Grâce à Lotte Eisner, Madame Kawakita rencontre monsieur Langlois en 1953, avenue de Messine. Rapidement est émise l'idée suivante : 150 films français à Tokyo contre 150 films japonais à Paris. En juin 1963, quelques jours après l'ouverture de la Cinémathèque française au palais de Chaillot, débute la rétrospective « Chefs-d'œuvre et panorama du cinéma japonais (1898-1961) », qui donne à voir une cinématographie globalement inconnue. Ce travail révèle l'agent incontournable des Kawakita en France, Hiroko Govaers, l'alliée discrète au cœur de toutes les rétrospectives européennes consacrées au cinéma japonais, du début des années 70 jusqu'à sa disparition en 2007. Elle est aussi à l'origine des premières publications de référence en français et membre déposante de la Cinémathèque de centaines de documents film et non film. Jusqu'au début des années 90, la Fondation Kawakita présente chaque année une programmation à la Cinémathèque : « Vingt cinéastes d'aujourd'hui », ou encore « L'Histoire du Japon à travers le cinéma », ainsi que de nombreuses monographies.

Véritables pionniers de la diffusion de films, sortes de méta-historiens, Langlois et Kawakita n'ont cessé de partir, au plus loin comme au plus proche, établissant des frontières ténues entre les cinématographies, nourrissant mutuellement des générations de cinéphiles de fruits de regards d'auteurs. Jean Rouch n'étant de toute façon jamais très loin, Kawakita et Langlois ont naturellement défini la diffusion culturelle comme un principe simple de l'anthropologie comparative : plus l'éventail des cultures est grand, plus on est amené à trouver des points communs. La diffusion s'inscrit inévitablement dans le tracé de la ligne de vie de Madame Kawakita : cheminer et œuvrer pour les cinéastes et le cinéma de notre temps. Une petite impératrice, toujours en kimono lilas, assurait cette pollinisation. Arborant la couleur de la fleur de la modestie et du symbole de la fidélité et de la constance, Kashiko Kawakita incarnait un témoin particulièrement saisissant d'une société et est demeurée, pendant de longues années, une figure persistante du petit monde des festivals de cinéma.

Émilie Cauquy

Programme de la rétrospective La Cinémathèque française, une histoire au féminin pluriel (25 septembre-1er octobre 2026) Présentation de la rétrospective Hommage à Madame Kawakita (28 mai-8 juin 2009)