Aurore noire

Le Rêve d'Abel Gance

Érik Bullot
France / 2024 / 10:12
Composé d'images et de musiques produites avec une intelligence artificielle, Le Rêve d'Abel Gance se propose d'explorer l'imaginaire poétique du cinéaste Abel Gance à travers sa maison-cristal, à la fois laboratoire, studio de tournage, et espace neuronal.

« We are like the dreamer who dreams, and then lives inside the dream... But, who is the dreamer? [Nous sommes comme le rêveur, qui rêve et se retrouve ensuite à vivre à l'intérieur du rêve... Mais qui est le rêveur ?] », Twin Peaks:The Return (David Lynch, 2017)

De qui est le rêve dans lequel nous sommes pris ? Celui du cinéaste Abel Gance, assurément, dont nombre de projets sont restés à l'état de rêves, de plans inachevés. C'est que Gance rêvait grand le futur de son art, sous une forme totale, affranchie de son dispositif, avec des images libérées de l'écran, envahissant toutes les surfaces. À moins qu'un rêveur ne rêve les rêves de Gance ? Le réalisateur et chercheur Érik Bullot sonde les virtualités, les en-deçà et au-delà des films : objets sans images, incomplets, performés... autant d'interfaces qui invitent à imaginer, à travers les manques et les suggestions. Son roman-photo en noir et blanc déploie des visions d'un passé possible qui valent comme images d'un rêve (nocturne), images de rêve (fabuleuses), images rêvées (fantasmées). Des indices parasitent la perception : grésillements, perspectives aberrantes, temps discontinu. Si bien que le songe paraît « synthétique », « artificiel », produit d'une machine. Les appareils – du cinéma à l'IA – semblent se rêver eux-mêmes. Les anciens laboratoires deviennent photo-alchimiques, les studios s'éclairent de vitraux électriques, l'écran s'étend aux cieux. Humains et machines rêvent en réseau, à la façon de ces cristaux et lacis filamenteux qui entrelacent les plans de ce film, collectant ses vraies-fausses archives, en un miroir connecté à nos imaginaires. La vie onirique n'est pas solitaire.

Élodie Tamayo


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