Film visible sur HENRI jusqu'au mardi 26 juillet
Fresh Wave HK

3 Generations, 3 Days

紅棗薏米花生
Chu Hoi-ying
Hong Kong / 2019 / 19:33 / VO avec sous-titres chinois et anglais
Avec Chan Lai-wun, Ellen Liu, Alma Kwok.

La grand-mère de Ching doit entrer en maison de retraite. Trois jours, trois repas partagés, et en filigrane le portrait de trois générations de femmes prises entre tradition et envie d'émancipation.

Ching's grandmother is about to move into a retirement home. Three days, three shared meals sketch out a portrait of three generations of women caught between tradition and their desire for emancipation.

Le film a remporté le prix de la meilleure réalisation et le Fresh Wave Award au Fresh Wave International Short Film Festival, ainsi que le prix du meilleur court métrage de fiction au Golden Horse Awards Film Festival en 2019. Remerciements à Johnnie To, Simon Au et Shu Kei (Fresh Wave Film Festival).


« Cela a été un tournage difficile mais miraculeux. On est passé d'un scénario sans vie à un film inattendu. Pour la première fois, j'ai goûté au mystère et à cette immense joie de faire un film. » (Chu Hoi-ying, juin 2022)

Sur une trame minimale – les dernières journées que passe Ching (surnommée « Fatty », ou « Bouboule ») avec sa grand-mère, qui doit entrer en maison de retraite –, Chu Hoi-ying tisse une histoire qui se déploie en sourdine, dans une ville saturée de bruits et des intérieurs minuscules presque aveugles. Entre discussions sur la nourriture qui scandent les journées, depuis le congee, soupe sucrée à la cacahuète, à celle à l'orge et aux dattes, et les petites tâches quotidiennes, Chu fait se croiser trois générations de femmes à l'ombre des hommes quasi absents et omniprésents à la fois. Loin de l'image triomphale d'un Hong Kong riche et occidentalisé, d'une ville insomniaque saturée de néons à la Wong Kar-wai, ou royaume des triades, Chu se concentre sur une famille modeste, comme prise au piège dans la répétition de vies de sacrifices et d'injustice. Dans ce microcosme, trois petites existences minuscules : celle de la grand-mère, ancienne vendeuse d'œufs et ramasseuse d'ordures ménagères, sa fille nourrice, le plus souvent hors de la maison, et la dernière génération Ching, qui rêve d'ailleurs, d'une île autrement plus grande, l'Australie. Au milieu, le personnage du grand frère de Ching, qui fait une apparition éclair, le temps de boire une soupe et de recevoir de l'argent.

Chu Hoi-ying sait particulièrement bien jouer du décor irrespirable de l'appartement pour évoquer par le biais de surcadrages les frictions et les incompréhensions entre les trois femmes, partagées entre amour et rancœur. Mélancolie ou espoir de meilleurs lendemains – qui s'éloignent –, le film, en se focalisant sur la famille, n'est pas frontalement politique, mais l'est malgré tout, car « le privé est politique », comme le clamaient les féministes des années 1960/1970.

Wafa Ghermani