Brisseau, l'après-midi

Mort dans l'après-midi

Jean-Claude Brisseau
France / 1968 / 42:59 / Sonore

Poignardé, un homme est assailli par ses souvenirs et ses fantasmes tandis qu'il agonise.

Ce film amateur a été sauvegardé et restauré en 2020 par la Cinémathèque française avec la collaboration de Lisa Hérédia. Le film Super 8 et la piste sonore magnétique couchée sur la pellicule ont été numérisés au laboratoire Family Movie. La bande-son, particulièrement fragile et dégradée, a été restaurée au Studio L. E. Diapason.


On pourrait définir Mort dans l'après-midi comme l'expression des souvenirs et des fantasmes se bousculant dans l'esprit d'un homme qui agonise. L'homme est incarné par le cinéaste lui-même. Mais c'est sa voix que l'on entend sur la bande-son décrire et interpréter, « à la troisième personne », les circonstances du coup de couteau qui l'a mortellement blessé. Ce découplage de la voix et du corps caractérise ce qui s'affirme, paradoxalement, comme le plus narratif, le plus romanesque, des trois titres de cette trilogie des origines. Sous le nappage sonore des musiques de Bernard Herrmann (Marnie, Vertigo), autre manière d'injecter de la réminiscence dans la tête même d'un spectateur tout autant que d'accentuer le lyrisme des situations, le film est structuré autour d'un retour en arrière. Les souvenirs se confondent avec les cauchemars et les rêveries sexuelles d'un mourant. Une sombre histoire de famille avec beau-père violeur, jeune sœur suicidaire vivant une histoire d'amour avec la petite amie du malheureux héros, constituent la trame des événements. Le lent phagocytage du récit par de languides et longues séquences d'érotisme lesbien perturbe par ailleurs le déroulement d'une histoire à la riche généalogie cinématographique. Mort dans l'après-midi est peut-être le premier de ces films que le cinéaste signera plus tard et que l'on pourrait qualifier de « films de genre philosophiques ». Cette réflexion en Super 8 sur le désir et le Mal puise dans les mécanismes du film noir, du thriller, du mélodrame et, bien sûr, du film érotique, à l'instar de certains titres futurs (L'Ange noir, Choses secrètes, Les Anges exterminateurs). Brisseau, le dernier cinéaste hollywoodien.

Jean-François Rauger