Brisseau, l'après-midi

Dimanche après-midi

Jean-Claude Brisseau
France / 1966-1967 / 26:21 / Sonore

Sur l'élégiaque musique du Mépris, un inconnu au chapeau semble guetter quelque chose devant ce qui ressemble à un pavillon de banlieue. Un homme se réveille.

Film sauvegardé et restauré par la Cinémathèque française en 2020 avec la collaboration de Lisa Hérédia. Le film Super 8 et la piste sonore magnétique couchée sur la pellicule ont été numérisés au laboratoire Family Movie. La bande-son, particulièrement fragile et dégradée, a été restaurée au studio L. E. Diapason.


Une voix, chaude et déchirante, celle de Brisseau lui-même, s'enroule sur des images en noir et blanc. Le ton est donné très vite : « Se réveiller, c'est naître à nouveau au monde du désespoir. » Dimanche après-midi est un film tout à la fois clinique et théorique sur la mélancolie au sens fort du terme, sur la fameuse « bile noire » des Grecs dont l'auteur semble vouloir faire un tour complet, de sa dimension tragique à sa dimension psychologique, terminant même son film par une longue citation du Deuil et mélancolie de Freud.

Ces images fragiles et crues, documentaires et stylées à la fois, dont l'effet de réel est exalté par le grain de la pellicule Super 8, montrent ce qui semble être l'errance d'un homme envahi par ses souvenirs et aspirant à la mort. Les souvenirs sont ceux d'une enfance à la fois sublimée et rappelée en même temps à son caractère « atroce » ; celle de la découverte de la sexualité aussi. Quelques plans (des enfants qui jouent, les rues de Paris) viennent itérativement rappeler l'indifférence de tout face à la souffrance. Le sexe, grande idée, on le sait, du cinéma de l'auteur de Choses secrètes, y est indissociable de l'émotion la plus vive, des sentiments les plus purs. La mort, la fin de tout, devient le centre de la seconde partie du film. Au terme de celui-ci, l'inconnu au chapeau resurgit, à la fois tueur de film d'horreur et allégorie du destin commun à tous. L'apprenti cinéaste était un jeune homme sombre.

Jean-François Rauger