Cécile Decugis

René ou Le roman de mon père

Cécile Decugis
France / 2016 / 29:29

Cécile Decugis raconte de sa voix grave et sans sentimentalisme l'histoire de son père, à la manière d'un « photo-roman » familial, commentant les très nombreuses images fixes des archives.


Si on ne sait finalement que peu de choses de Cécile Decugis, elle se dévoile en partie à travers l'histoire de sa famille dans ce qui sera son dernier court métrage. Un an avant sa disparition, elle réalise ainsi le portrait de son père René, en réunissant de nombreuses archives photographiques. La mise en scène est simple, mais aussi presque intime, puisqu'elle prête elle-même sa voix à son histoire familiale.

Celle qui trouvait son agilité dans la manipulation des centaines de mètres de pellicule s'amuse avec les possibilités du montage numérique. Pour ce faire, elle s'entoure de Gurvan Zytynski, alors assistant monteur, qui l'aide à assembler les différentes archives. Il se souvient avoir été marqué par son approche instinctive du montage, liée à ses années de pratique argentique, et non par une approche par tâtonnement des coupes, image par image, que les monteurs numériques peuvent adopter aujourd'hui.

Le numérique lui permet de raconter simplement l'histoire de sa famille, son histoire. Elle narre ainsi à nouveau la rencontre entre deux êtres, cette fois réussie, contrairement aux personnages d'Italie aller retour ou d'Une soirée perdue. On perçoit la joie qu'elle a eue à renouer avec la création, et à expérimenter les possibilités apportées par le numérique. Elle utilise les zooms, les panoramiques sur les photographies, ajoute des bruitages par endroits, recrée même une scène en faisant incarner la voix d'un ami de ses parents. Mais au-delà de cette légèreté dans la réalisation, c'est avant tout la sincérité et l'urgence à transmettre son histoire qui se ressentent. Cécile Decugis n'aura connu que brièvement ses parents et semble chercher des indices de leurs personnalités à travers les différentes photographies. Sa mère paraît toujours réservée, tandis que son père pose fièrement devant l'objectif. Le film se conclut sur la plainte de la cinéaste face à l'absence de sa figure paternelle. On comprend alors l'importance de cette œuvre pour elle. René ou Le roman de mon père est un film intime, et c'est là toute sa beauté : il nous approche au plus près de sa réalisatrice.

Zoé Richard