Engagements, combats, débats

Entretien entre Serge Daney et Jean-Luc Godard

Jean-Luc Godard
France / 1988 / 1:59:08

Alors qu'il entame ses Histoire(s) du cinéma, Jean-Luc Godard s'entretient de son projet avec Serge Daney.

Les bandes originales vidéo ½ pouce ont été confiées à Serge Le Peron en 2012 lors de la préparation de son documentaire Serge Daney : le cinéma et le monde. Elles ont été numérisées à l'INA, mais le film reste néanmoins incomplet en l'absence de deux éléments d'origine. En 2014, une projection est organisée dans un cadre universitaire. Pour l'occasion, un DCP est réalisé à partir des cassettes Betacam numérique avec le concours de l'École nationale supérieure Louis-Lumière. Une copie numérique est alors déposée à la Cinémathèque française avec l'accord de Jean-Luc Godard.


Fondateur de la Cinémathèque française, Henri Langlois a permis à nombre de cinéphiles de découvrir des œuvres invisibles et de faire naître en eux une histoire du cinéma qui ne s'appréhenderait pas de manière chronologique mais sur la base de rapprochements et d'associations d'idées. Spectateur assidu, Jean-Luc Godard est empreint de cette initiation fondamentale : « Langlois savait très bien ce qu'il faisait dans ses projections "en désordre" et avec son musée bizarre. C'était plein de nuances, de sous-entendus. De comparaisons inattendues qui déclenchaient une véritable réflexion. » Le projet d'une « histoire du cinéma » écrite et réalisée conjointement s'éteint avec la disparition de Langlois en 1977. En 1978, le Conservatoire d'art cinématographique de Montréal invite Godard à donner une suite de conférences et à prendre le relais de Langlois, qui y avait enseigné ses « anticours » dix ans auparavant. Ce sont les prémices de l'œuvre monumentale que sera Histoire(s) du cinéma, conçue dans la filiation de Langlois et d'André Malraux. « La grande histoire, c'est l'histoire du cinéma. C'est l'affaire du XIXe siècle qui s'est résolue au XXe. Elle est plus grande que les autres parce qu'elle se projette et que les autres se réduisent. » Composé de fragments de films et de références, Histoire(s) du cinéma est également ponctué de lectures et de conversations. La présence de Godard en pleine réflexion ou à l'ouvrage, à la machine à écrire ou à la table de montage, est constante. Après avoir réalisé les deux premiers épisodes, il invite Serge Daney à venir échanger avec lui. Les entretiens sont tournés le 3 décembre 1988 sous la forme d'un dialogue ininterrompu, longue réflexion à deux voix et en ricochet sur le cinéma et son histoire, sur le rôle et la place de l'image dans les années 1980, sur l'état du monde contemporain. Godard y puisera formules et citations qui alimenteront la suite des Histoire(s) du cinéma. Certains extraits de l'échange apparaissent également dans les épisodes 2A et 3B. Une partie de cette conversation a été retranscrite par Serge Daney dans Libération du 26 décembre 1988. Il la définit comme « un entretien fleuve, filmé pour les besoins éventuels d'un accompagnement pédagogique aux Histoire(s) du cinéma et de la télévision ».

Samantha Leroy

Lire aussi l'entretien inédit de Serge Daney avec François Margolin. Réalisée fin mai 1986 à l'occasion de la parution du « Ciné-journal : 1981-1986 » de Serge Daney, cette interview, qui n'avait jamais été publiée, a été retrouvée tout récemment par son auteur et confiée en exclusivité au site de la Cinémathèque.