Henri Langlois

Conversation avec Henri Langlois

Pierre-André Boutang
France / 1975 / 22:15

Henri Langlois, interviewé dans le Musée du cinéma au Palais de Chaillot, évoque sa vision de l'histoire du cinéma et des chefs-d'œuvre qui l'ont jalonnée.

Don d'un élément Betacam par Pierre-André Boutang à la Cinémathèque française en 2006.


Pierre-André Boutang s'entretient avec Langlois en déambulant dans le Musée du cinéma. On s'attend à un choc des titans, et c'est le cas. Pierre-André Boutang, pionnier de la création culturelle pour la télévision était un intervieweur hors du commun. On lui doit les grandes heures de la TV française (entre autres, « Écrans de la ville », « Le Journal du cinéma », « l'Invité du dimanche », « Dim Dam Dom », « Archives du XXe siècle » pour l'ORTF, « Océaniques » pour FR3, « Métropolis » pour la Sept...), l'entretien exceptionnel de Sartre par lui-même monté avec Astruc à la caméra et Simone de Beauvoir en complice (présenté à Cannes en 1976), et bien évidemment L'Abécédaire de Gilles Deleuze, entretien mené par Claire Parnet.

Sur les 22 minutes d'entretien avec Langlois, finalement assez expéditif mais efficace (petites discussions à sens unique), plusieurs explications de phénomènes ont lieu, par collision, par comparaison, selon la méthode à montrer de Langlois. L'art de Jean Vigo est expliqué par le bleu de Chartres, par exemple. On comprend encore une fois que la machine implacable et increvable Langlois se préoccupe de conserver toutes les formes de cinéma, sans faire de choix, au point de ne plus en dormir. Mais aussi de bénéficier de miracles au passage. Et puis, surtout, de ne pas marcher à reculons : montrer sert à aiguiser les yeux des spectateurs et monter une ruche permanente. Les vocations de cinéastes se jouent à la Cinémathèque : « Moi, ce qui m'intéresse, c'est qu'on fasse de nouveaux films. C'est que le cinéma avance. Pour moi, la diffusion de la culture par les cinémathèques consiste à créer le futur, car une cinémathèque est le musée d'un art vivant, un musée qui n'est pas seulement celui du passé, mais de l'avenir. »

Émilie Cauquy