Henri Langlois

Traces fantômes, le musée d'un rêve

Fred Savioz
France / 1999 / 45:43

Dernières visites dans le musée Henri Langlois, Palais de Chaillot, en 1997.


Henri Langlois naît à Smyrne le 13 novembre 1914. Sa famille s'enfuit lors du grand incendie de 1922 pour Paris. Fou de cinéma, il voit cinq films par jour. En 1935, il fonde le Cercle du cinéma, puis la Cinémathèque française avec Georges Franju. Il achète son premier film, Le Cabinet du docteur Caligari. Souple comme un chat, Langlois jonglera toute sa vie. Collectant, conservant, « empruntant », projetant ou cachant ses trésors, prestidigitateur hors pair. Au sein du ministère du cinéma pendant l'Occupation, telle la lettre volée, ou encore chez Michel Simon à Noisy. En juillet 1959, un incendie éclate rue de Courcelles. Le ministre Duhamel lui propose d'autres locaux pour une exposition provisoire : « Comme il n'y a que le provisoire qui dure, si vous faites quelque chose de bien, vous resterez... » Dans l'ombre œuvrent Lotte Eisner, Mary Meerson, Musidora. Ainsi, en 1972, « Trois quarts de siècle de cinéma mondial » inaugure le Musée du cinéma au Trocadéro. Les œuvres sont mises en regard dans un parcours coloré, voire halluciné, quasi mystique. En 1980, l'incendie du Pontel détruit des milliers de films dont on ne connaît toujours pas l'inventaire. Le 22 juillet 1997, le toit du Palais de Chaillot prend feu. Le Musée du cinéma est inondé. Quelques mois auparavant, Fred Savioz invitait des amis à se perdre dans cette cathédrale unique, création folle d'un homme qui disait : « Moi, je crois aux miracles. Autrement je ne croirais pas à la Cinémathèque comme un perpétuel miracle. Chaque fois que l'on va s'écrouler, on se relève ! » Dernières déambulations dans ce lieu aujourd'hui disparu, ultimes traces d'une mémoire.

Gaëlle Vidalie