Le travail du cinéma

Chambre 12, Hôtel de Suède

Claude Ventura
France / 1993 / 1:19:00
Avec Xavier Villetard.

Enquête sur À bout de souffle et la Nouvelle Vague. Plus de trente ans après le tournage du film de Jean-Luc Godard, juste avant que l'Hôtel de Suède ne soit démoli, le réalisateur Claude Ventura loue pour 9 jours la chambre 12, qui servit de décor à la séquence centrale du film, et démarre son enquête en appelant JLG, qui n'a rien à lui dire. Puis s'enchaînent des entretiens avec Jean-Paul Belmondo, Roger Hanin, Liliane David, Claude Chabrol, Raoul Coutard, Pierre Rissient, Cécile Decugis et d'autres, pour rassembler toute la parole de celles et ceux qui restent témoins du tournage de ce film sans pareil.

Don d'un élément Betacam numérique par le réalisateur Claude Ventura à la Cinémathèque française. Remerciements particuliers à Claude Ventura, Roselyne Vincent et Xavier Villetard.


La télévision, elle aussi, crée des souvenirs. Avant de le revoir enfin, près de trente ans après sa première diffusion, je me souvenais très bien de Chambre 12, Hôtel de Suède. En fait, je me souvenais de tout, et surtout de Roger Hanin interviewé sur un tournage de Navarro, de Coutard au Select et de la voix, plus plaintive qu'exaspérée, de JLG à la fin : « Je ne me souviens pas... beaucoup de travail... au revoir... » À quoi le souvenir télévisuel tient-il quand il s'agit d'autre chose que de la simple retransmission d'événements planétaires ? À l'écriture, évidemment. Là comme ailleurs, il s'agit bel et bien d'écrire, quand le flux se contente de lui-même et n'a littéralement rien à imprimer.

Maintenant que tout cela a presque disparu, mais pas tout à fait, ne voyons pas tout en noir, même s'il est tout de même très difficile de seulement imaginer un film pareil sur les chaînes d'aujourd'hui, la mise en scène de Claude Ventura apparaît comme ce qu'elle a toujours été : une incantation, une manière unique de faire parler les témoins comme d'autres font tourner les tables. On pourrait parler de fétichisme alors qu'il s'agit d'autre chose : percer un mystère, comprendre comment une toute petite bande de va-nu-pieds a réussi un pareil coup de maître, alors que leur dénuement même les promettait à l'échec le plus obscur.

À bout de souffle raconté par Ventura et Villetard, ou l'histoire d'un film qui n'aurait même pas dû sortir (Belmondo dixit), au lieu de changer la face du cinéma. Tout ou rien. Et ce fut tout. Certains ne s'en sont toujours pas remis. Chambre 12, Hôtel de Suède est l'histoire de ce prodige.

Frédéric Bonnaud