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Un vendredi par mois, des œuvres connues ou méconnues des avant-gardes internationales, de toutes époques, formes, perspectives et formats.

Nick Deocampo, un contre-cinéma aux Philippines

Nick Deocampo, alias Rosa ng Maynila, est un cinéaste, producteur, professeur, historien du cinéma et militant. En 1980, grâce à une bourse de l'ambassade française, il vient étudier à Paris avec Jean Rouch et réalise son premier documentaire dans le cadre des Ateliers Varan. « J'ai de bons souvenirs de la Cinémathèque française quand j'étais étudiant. Aller y voir des films fit partie de mes années de formation en tant qu'apprenti cinéaste. » Son documentaire Oliver (1983) constitue un coup de tonnerre dans le cinéma philippin assujetti à la loi martiale et réduit à la propagande : tranchant sur les caricatures en vigueur, Oliver éveille les consciences aux alliances politiques possibles entre homosexualité et émancipation. Prolongeant ce geste documentaire à la fois aimant et polémique, Revolutions Happen Like Refrains in a Song (1987), The Sex Warriors & the Samurai (1996), Pink City (2015) créent un nouveau pôle dans la culture alternative philippine. Théoricien et analyste, Nick Deocampo ne cesse de fertiliser le champ cinématographique par ses films essais consacrés à l'histoire politique et culturelle des Philippines, ses articles et ses ouvrages, parmi lesquels : Short Film: Emergence of a New Philippine Cinema (1985), Cine: Spanish Influences on Early Cinema in the Philippines (2003), Film: American Influences on Philippine Cinema (2011), Eiga: Cinema in the Philippines During World War II (2016), Lost Films of Asia (2006), Early Cinema in Asia (dir., 2018).

Dans son manifeste « Revolution and dissent: The Struggle for a Counter-Cinema in the Philippines », Nick Deocampo explicite le contexte, les idéaux et les solutions caractéristiques de sa génération. « Cette génération a survécu vingt ans sous un dictateur, dont une douzaine d'années passées sous régime militaire. Tout au long de leur formation, les réalisateurs ont subi de nombreuses variétés de répression, de violence et de colère – et beaucoup ont refusé d'oublier. Ils refusèrent d'oublier avec leurs caméras, et leurs films devinrent les souvenirs mécanisés d'une époque où l'ombre de l'inquiétude recouvrait leur vie. (...) Dans ces films, l'intime et le politique convergent, la conscience et l'histoire s'affrontent : les jeunes cinéastes s'interrogent non seulement sur qui ils sont mais sur ce qu'ils peuvent être dans la lutte sociale en cours. (...) À travers leurs œuvres, les jeunes cinéastes développent de nouvelles façons de considérer l'image cinématographique : 1) La pellicule est traitée en tant que matériau plastique qui peut photographier, mais aussi être peint, rayé, ou tout ce que le cinéaste souhaitera faire avec le support filmique ; 2) Une perception intense de la réalité sociale met en lumière de nombreuses nuances inédites de la vie politique, économique et sociale ; 3) Il émane des œuvres une réalité subjective où la récurrence du rêve comme sujet et comme moyen nous indique quelle relation orageuse ces jeunes artistes entretiennent avec leur société ; 4) Une certaine tendance des courts métrages incline vers l'abstraction, utilise les composants formels du film pour purger le cinéma de ses valeurs narratives, subvertit les comportements communs, suscite de nouvelles perceptions et usages de l'art cinématographique. De ces considérations actuelles – anti-illusionnisme, acuité sociale, subjectivisme, abstraction – découlent les trois propriétés dominantes du nouveau cinéma : l'expérimentation, le réalisme et l'indépendance. » (Movement, « Celebrating 95 Years of Cinema in the Philippines », Vol III, n° 1, 1992).

Cet hommage coïncide avec la publication d'un nouvel ouvrage de Nick Deocampo, Alternative Cinema: The Unchronicled History of Alternative Cinema in the Philippines (UP Press et The Film Development Council of the Philippines, 2021).

Nicole Brenez, Silke Schmickl

Tous les films sont en anglais, ou en VO avec sous-titres anglais. Ce programme sera repris au M+ de Hong-Kong en 2022.

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Remerciements particuliers à Nick Deocampo et à Silke Schmickl.

INA