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Un vendredi par mois, des œuvres connues ou méconnues des avant-gardes internationales, de toutes époques, formes, perspectives et formats.

Comme Jean-Pierre Thorn

« On investit Brongniart, le dos au mur comme Jean-Pierre Thorn / On s'en fout du grand soir parce que la nuit, c'est bien trop morne », chante le romancier et cinéaste Gaël Faye dans Irruption (2017). À l'initiale et pérenne lutte anticapitaliste, Jean-Pierre Thorn associe ses engagements dans les combats anti-impérialistes, féministes, antiracistes, et ses engagements formels vis-à-vis du cinéma. « Il y a une vingtaine d'années... il y avait un film d'ultra-gauche qui circulait. Et malgré l'affection qu'on portait à l'époque à beaucoup de thèses politiques énoncées dans les films gauchistes, on trouvait en général ces films absolument imbuvables... sauf un ou deux, et sauf celui-là. Il s'appelait Oser lutter, oser vaincre. On se disait : là, ça bouge, ça existe, ça respire, on sent quelque chose, on sent quelqu'un. Et c'est petit à petit que le nom du responsable de ce film, Jean-Pierre Thorn, a fini par émerger, jusqu'à ce qu'il émerge carrément. » (Serge Daney, émission Microfilms, 20 mai 1990). Comment caractériser le combat cinématographique de Jean-Pierre Thorn ? Peut-être par sa prédilection pour les singularités en lutte contre les appareils, y compris alliés (Je t'ai dans la peau, 1998) et toutes les hiérarchies (patronales, patriarcales, parentales). Sans doute, par son choix de se poster du côté des corps plutôt que des discours, en particulier aux côtés de ceux qui précisément ne possèdent strictement rien d'autre que leur énergie et se battent au moyen de gestes et de signaux charnels. Certainement, par sa valorisation de la créativité dans les luttes, lorsque pour arme on choisit des danses traditionnelles (La Grève des ouvriers de Margoline, 1973), des chants (Bled Sisters, 1993), la chorégraphie, le graff... De sorte qu'aujourd'hui, le travail de terrain conduit par Jean-Pierre Thorn depuis plus d'un demi-siècle apparaît dans toute son importance : une pinacothèque des luttes populaires, dont les salles centrales ne sont pas occupées par les hauts faits des Partis, mais par les batailles inventives et souvent joyeuses des ouvriers, des femmes et des jeunes gens.

Au revers de ce travail constant sur l'irradiation des corps, un film sur une disparue nous éclaire sur les sources de l'infatigable énergie thornienne. « Le vrai révolutionnaire est guidé par de grands sentiments d'amour », écrivait Che Guevara. Avec l'incomparable élégance de la sincérité, L'Âcre parfum des immortelles (2019) décrit les différents visages de cet amour, sève de la révolution : amour fou entre individus, fraternité inconditionnelle pour les exploités et les parias, solidarité historique entre deux générations de laissés-pour-compte qui nous mène des anciens colonisés aux gilets jaunes, admiration pour ceux qui, dans les ghettos urbains ou sur les ronds-points, ont su se créer une vie là où le déterminisme social ne leur accordait que bribes de survie. Par-dessus tout peut-être, cet amour se structure de fidélité : fidélité aux convictions, aux analyses, à l'instinct de justice, au désir inentamé, dût-il franchir les portes de la mort. Comme à Jean-Pierre sa protagoniste Joëlle, avec amour, L'âcre parfum des immortelles nous transmet « non le paradis des béatitudes, mais une force ».

Dans les salles

Films, rencontres, conférences, spectacles

Jean-Pierre Thorn

Toutes les projections auront lieu en présence de Jean-Pierre Thorn et de ses nombreux invités : Mélissa Laveaux, Alice Diop, Gaël Faye, Nora Hamadi, Bintou Dembélé, D' de Kabal, Raphaël Yem, Farid Berki, Najat Ikhich, Stéphane Maugendre, Serge Teyssot-Gay.

Nicole Brenez

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Partenaires et remerciements

Cinémathèque de Toulouse, Excuse My French, Dominique Gonzalez-Foerster, La Prod, Les Acacias.
Remerciements particuliers à Jean-Pierre Thorn, à ses invitées et invités, aux auteurs, aux distributeurs.