À l'ombre de la canaille bleue

dimanche 17 mars 2019, 18h30

Salle Jean Epstein

18h30 19h55 (82 min)

Pierre Clémenti
France / 1985 / 82 min / 35mm

Avec Pierre Clémenti, Jean-Pierre Kalfon, Achmi Gachem, Simon Reggiani.

Afin de réprimer une révolution, les autorités de Nécrocity confient les pouvoirs de police à une bande d'infâmes malfrats. Errance damnée d'un tueur jusqu'à la fin du récit où tout bascule.

Restauré en 2K au laboratoire Hiventy à partir de l'inversible original 16 mm et du magnétique son par Balthazar Clémenti et la Cinémathèque française, en collaboration avec l'Institut audiovisuel de Monaco et le Centre Pompidou et avec l'aide de Julie Safar, monteuse de Pierre Clémenti.


À l’ombre de la canaille bleue a été en partie tourné entre 1978 et 1979 mais, comme toujours avec Clémenti, suivant des moyens autonomes : une caméra Beaulieu muette, avec laquelle il tourne des scènes jouées, quand il en a l’envie ou les moyens, et qu’il laisse en suspens, le temps de pouvoir les monter, les doubler, les synchroniser avec une musique. Le tout prendra sept ans, même si on trouve la trace d’une projection le 8 octobre 1980 au Musée National d’Art Moderne avec un accompagnement musical joué live. C’est un polar politique en vers libre qui, formellement, dérive la nuit dans un Paris totalitaire, rebaptisé Necrocity, qui va de Bastille à La Goutte-d’Or. Un film qui se cache dans les arrière-salles des cafés arabes de Belleville, où Hassan le « bougnoule sexuel » (ainsi désigné dans le titre alternatif, et joué par Achmi Gachem, cosénariste du film), la prostituée toxicomane Seringue (jouée par Nadine Arnoult, compagne de Pierre Clémenti), sa copine Marie La Galère, ou encore Sim (joué par Simon Reggiani) sont les protagonistes d’un récit futuriste rongé par l’héroïne et la paranoïa, happé par la répression menée par le Docteur Speed (Jean-Pierre Kalfon) et le général Korzacouille (Clémenti lui-même, qui joue aussi le rôle de Flash, le drogué) : il y a ici quelque chose du burlesque malade de William S. Burroughs faisant surgir sur la scène d’un théâtre paranoïaque, des conflits sans logique apparente et des personnages pourchassés par un ordre à détruire. Le plus punk et le plus urbain, le plus volontairement en désordre des portraits du Paris de la fin des années 1970.

Philippe Azoury