Un film d'amour

dimanche 11 mars 2018, 14h30

Salle Georges Franju

14h30 17h30 (178 min)

Un film d'amour Szerelmes film
István Szabó
Hongrie / 1970 / 88 min

Avec András Bálint, Judit Halász, András Szamosfalvy.

Unis depuis leur enfance pendant la Deuxième Guerre mondiale, Jancso et Kata sont séparés par les événements de 1956. Dix ans plus tard, Jancso voyage en train vers la France pour la retrouver.

Restauré en 2016 en 4K par les Archives Nationales du Film de la Hongrie et le Hungarian FilmLab à partir d'un négatif image d'origine et la bande magnétique d'origine, avec le soutien de l'Académie Hongroise des Arts. Étalonnage dirigé par István Szabó.


Un film d’amour appartient au cycle qu’István Szabó réalise avant d’entamer une carrière internationale au début des années 1980. Ce pan de l’œuvre est marqué par une veine générationnelle (partiellement autobiographique) et historique – la jeunesse pendant la Seconde Guerre mondiale, les illusions et désillusions du communisme instauré après 1945.
Le feuilleté temporel complexe d’Un film d’amour est fidèle à cette propension, opérant au croisement de l’histoire individuelle et de l’Histoire collective : Budapest sous les bombes, cette même ville reprise en main par les soviétiques en 1956, l’exil de Kata cette année-là, Jancso partant la rejoindre dix ans plus tard. Ces deux êtres sont unis par un destin implacable, de la pression de l’Histoire sur leurs existences à la force des sentiments depuis l’enfance.
Dans une mise en scène vive et tranchante, une narration aussi déconstruite que limpide, István Szabó orchestre un étourdissant maelstrom. Le temps du voyage en train de Jancso vers la France, les retrouvailles futures sont imaginées mais ce sont surtout les souvenirs qui surgissent. Le montage virtuose s’organise à partir de réminiscences et de trouées, composant un paysage temporel et sentimental vertigineux ; le souvenir apparaît comme une fièvre, la mémoire tend vers une dimension tactile et gestuelle. Une fois les retrouvailles effectives, la forme et la rythmique du film changent. L’évidence amoureuse n’est pas foncièrement remise en cause, mais les deux corps et âmes semblent désynchronisés, comme si l’errance était aussi sentimentale.

Arnaud Hée


90 min

Rencontre avec le cinéaste hongrois à l'issue de la projection de son film Un film d'amour.

Amoureux du cinéma de Bergman, István Szabó a dit : « Je veux montrer aux gens qu'ils peuvent se libérer du masque que la société leur impose. » Et aussi : « Jouer dans un film consiste à le vivre sincèrement. L'essentiel est toujours d'être sincère. Si l'interprète ne croit pas à ce qu'il dit, un gros plan le révèle toujours, et les spectateurs qui savent lire le film ne le croiront pas. »


György Ráduly est le directeur des Archives cinématographiques nationales hongroises.

Émilie Cauquy est cheffe de projet de la plateforme HENRI, responsable de la valorisation de la collection film à la Cinémathèque française, inventrice de projections augmentées sous la forme de ciné-spectacles et programmatrice invitée pour le festival Il Cinema Ritrovato à Bologne.