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jeudi 8 mars 2018, 19h15

Salle Georges Franju

19h15 → 20h50 (91 min)

Claude Chabrol
France, Italie / 1961 / 91 min / DCP

Avec Stéphane Audran, Jacques Charrier, Walter Reyer.

Un jeune homme s'immisce dans la vie d'un couple bourgeois dont il jalouse l'ostensible bonheur. Il découvre que la femme trompe son époux...

Une numérisation à partir du négatif original et une restauration 4K réalisées par STUDIOCANAL avec le soutien du CNC.


Sixième long métrage réalisé par Claude Chabrol, L’Œil du Malin fut réalisé avec la moitié du budget prévu. Le coproducteur allemand du film avait, en effet, été mis en prison pour escroquerie et Georges de Beauregard demanda en conséquence à Chabrol de tourner pour deux fois moins d’argent. Le cinéaste rattrapa le coup habilement en adoptant dès le début une voix off, celle du douteux héros du film, Albin (Jacques Charrier), un écrivain raté, envoyé en Allemagne pour y écrire des articles sur la vie locale. L’homme va se mettre à épier un couple voisin, celui formé par un écrivain à succès et sa femme, française. Guidé par l’envie et le ressentiment, Albin tente de briser l’apparent bonheur de ses voisins en cherchant à séduire l’épouse, puis en dénonçant à son mari l’adultère qu’elle commet.
Le dénuement des moyens contribue à une abstraction qui fait de L’Œil du Malin une de ses œuvres les plus tendues et les plus sèches. « C’est mon Invraisemblable vérité » dira le cinéaste, citant l’ultime film hollywoodien de Fritz Lang, modèle de dépouillement abstrait. À l’instar de nombreux personnages chabroliens, Albin est un spectateur, un voyeur qui se veut démiurge et que le réel prendra au piège. De purs plans documentaires, notamment de la fête de la bière à Munich à l’intérieur de laquelle déambulent les protagonistes, rappellent cette obsession chabrolienne d’une quête du réalisme. Vouloir être l’autre, ici en possédant la femme de celui-ci, se heurte à la fois à l’idiotie du monde (l’identité pure) et à la persistance fatale d’un sentiment romantique.

Jean-François Rauger