Au fil du temps

dimanche 11 mars 2018, 14h30

14h30 17h25 (173 min)

Au fil du temps Im Lauf der Zeit
Wim Wenders
République fédérale d'Allemagne / 1975 / 173 min / DCP / VOSTF

Avec Rüdiger Vogler, Lisa Kreuzer.

Pour son travail de réparateur de matériel cinématographique, Bruno fait l'aller-retour entre l'Allemagne de l'Ouest et la RDA. Au cours de l'un de ces trajets, il rencontre Robert, un voyageur avec qui il se lie d'amitié.

Restauration 4K à partir du négatif original 35mm, menée par la Fondation Wim Wenders.
Ressortie en salles le 14 mars 2018. Distribution Les Acacias pour Le Pacte.


Au fil du temps apparaît aujourd’hui comme une pièce maîtresse de la filmographie de Wim Wenders, une œuvre-somme qui ne se propose rien moins que de récapituler en elle-même toute l’histoire du cinéma (de Fritz Lang à Nicholas Ray), avant une probable extinction des feux. Car en ce milieu des années 1970, le parc cinématographique allemand affiche un état désastreux hérité de l’après-guerre : quelques salles délabrées ne projetant guère plus que des bandes d’exploitation érotico-potaches. C’est ce réseau sinistré que sillonne Bruno Winter, projectionniste itinérant, au volant d’un grand camion chargé de tout le matériel adéquat, comme le dernier refuge motorisé d’un art réduit au nomadisme. Sur le chemin, il recueille Robert Lander, un autre naufragé de l’existence, qui l’accompagne dans son parcours de petites villes perdues. Au long de leur périple, l’Allemagne se déroule comme le reflet inversé d’une Amérique fantasmée, continent symétrique dont les motifs dédoublés refluent de partout : de la musique folk-rock en bande son, de la route avalée, des grands espaces traversés, de la frontière longée ‒ celle de l’Allemagne de l’Est, soulignée par le cours miroitant de l’Elbe. C’est leur Amérique intérieure que cherchent les personnages errants, jusqu’à se confronter à la génération des pères ayant frayé avec le nazisme.
Wenders donne au temps le rythme d’une respiration olympienne, au crible des contrastes éclatants sculptés par la photographie en noir et blanc de Robby Müller. La route comme la pellicule sont les deux plus beaux des rubans de mémoire.

Mathieu Macheret