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jeudi 2 mars 2017, 22h00

Cinéma Christine 21 Hors les murs

22h00 → 23h40 (99 min)

Wes Anderson
Etats-Unis / 2013 / 99 min / DCP / VOSTF

Avec Ralph Fiennes, F. Murray Abraham, Mathieu Amalric, Willem Dafoe, Bill Murray.

Un vieil écrivain se souvient de son entrevue avec le propriétaire du fameux hôtel Grand Budapest.

« En réalité, le gourmet, comme l’artiste, est l’une des créatures les plus malheureuses sur terre. Son mal vient de ce qu’il recherche constamment et trouve si peu : la perfection. » (Ludwig Bemelmans)

On nomme manie, en psychiatrie, un état d’excitation intellectuelle et physique avec exaltation de l’humeur et euphorie anormale. Ainsi, The Grand Budapest Hotel est une comédie maniaque à saturation ébouriffante : casting en avalanche de stars funambules hollywoodiennes et européennes, récit à tiroirs façon matriochka (télescopage de trois époques différentes avec son jeu de trois formats d’image distincts), dialogues mitraillettes et mille idées formelles à la minute récompensées ici et là (décors, costumes et accessoires, séquences en stopmotion et en silhouette), photographie tout en symétrie signée par le désormais attitré Robert D. Yeoman, sans oublier l’orchestre Ossipov et ses trente-cinq joueurs de balalaïkas, cors des alpes, orgue, cloches ou autre cymbalum (Oscar de la meilleure musique pour Randall Poster et Alexandre Desplat, déjà présent sur Fantastic Mr. Fox*emphasized text* et Moonrise Kingdom). Le film a été tourné principalement à Görlitz (zone interrogeant la frontière, entre Allemagne, Pologne et République tchèque), mais pour les nombreux plans larges du palace (inspiration mélangée du Palais Bristol, Grandhotel Pupp et du Gellért à Budapest), une maquette de trois mètres de haut a été réalisée, maison de poupée monumentale entièrement décorée à la main, objet de musée immédiat. Pour raconter les tribulations d’une Mitteleuropa qui court à sa perte, Wes Anderson s’est clairement inspiré des écrits de Stefan Zweig, de l’imaginaire de Ludwig Bemelmans et du cinéma d’Ernst Lubitsch. Un bel ensemble obsessionnel et joyeux, tiré à quatre épingles et parfaitement remonté comme un coucou sophistiqué de la Forêt noire perfectionné au Japon, qui donne vie à un drôle de mélange entre fougue (travelling en longue prise et effet domino, signatures du cinéaste) et mélancolie, à ce tropisme délicat pour le monde perdu en photochrome et résistance pudique à la nuit de l’humanité des années 1940.

Émilie Cauquy