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dimanche 19 février 2017, 19h00

Salle Jean Epstein

19h00 → 20h55 (114 min)

Zhu Rikun
Chine / 2013 / 20 min / DCP / VOSTF

Avec une caméra invisible, le cinéaste enregistre sa confrontation avec des policiers dans sa chambre d'hôtel.

Ce film, qui n’a pas été produit par Jia Zhangke, a été programmé avec Uniform pour montrer différents avatars de l’uniforme de policier.

« Le 4 juillet 2012, je me suis rendu à Xinyu, dans la province du Jiangxi, pour remonter le moral de Liu Ping et de deux autres militants des droits civiques. Nous avons vite réalisé que nous étions pris en filature. À minuit, des policiers sont venus dans notre chambre d’hôtel et se sont livrés à une inspection des lieux. Au moment où ils ont frappé à la porte, j’ai mis en marche un petit caméscope que j’avais préparé à l’avance. Ce court-métrage est le document de notre confrontation. »

Zhu Rikun

Tourné dans des circonstances exceptionnelles, le film montre un échange tendu entre le Pouvoir – la police – et l’Individu – la réalisateur, qui est dans sa chambre, au milieu de la nuit. Comme dans un jeu d’échecs aux règles impénétrables, les joueurs avancent et reculent leurs pions sur l’échiquier du contrôle strict que la police chinoise impose aux non-résidents. Un film claustrophobe : un exemple de cinéma vérité qui plonge dans l’absurde kafkaïen.

Festival dei Popoli


Zhu Rikun est né dans la province du Guangdong, au sud de la Chine, en 1976. Il fait des études de commerce à l’Université de Pékin de 1996 à 2000. En 2001, il fonde Fanhall Films, une structure lui permettant de faire de la production et de la distribution de films indépendants, et d’organiser des festivals de cinéma. Pendant près de 10 ans, il dirige le festival de Cinéma Indépendant de Pékin, ainsi que le festival de Cinéma Documentaire de Songzhuang. Il joue un rôle majeur dans les milieux du cinéma indépendant chinois, et produit un grand nombre de documentaires ayant eu une belle carrière internationale, tels Timber Gang (2006) de Guangyi, Queer China, ‘Comrade’ China (2008) de Cui Zi’en, Karamay (2010) et Pathway (2011) de Xu Xin – ainsi que des films plus expérimentaux comme Winter Vacation (2010) de Li Hongqi (distribué en France par Capricci). Il siége au jury de plusieurs festivals (Locarno, Hong Kong, CinDi Seoul Digital Cinema) et sert de conseiller ou de co-programmateur pour plusieurs séries de cinéma chinois indépendant au festival de Rotterdam, à l’Université de New York, etc… The Questioning est son premier film. Il a depuis réalisé deux autres documentaires, The Dossier (2014) et Welcome (2016).


Uniform
Zhifu
Diao Yi'nan
Chine / 2003 / 94 min / Numérique / VOSTF / Film inédit en France.

Avec Liang Hongli, Zeng Xueqiong, Han Kai.

Dans une ville industrielle du Shaanxi, la vie d'un jeune homme fauché change quand il « emprunte » l'uniforme d'un policier. Cela lui donne de l'autorité, il peut même extorquer des pots-de-vin et faire la cour à une jolie vendeuse de CD piratés.

Film inédit en France. Uniform a reçu le Dragons and Tigers Award (Festival de Vancouver).


Produit par Hu Tong Communications, la compagnie créée à Hong Kong par Jia Zhangke, Chow Keung, Li Kit Min et Yu Lik-Wai, et bénéficiant du soutien artistique de ces quatre collaborateurs (Chow Keung monta le film, par exemple), Uniform marque le passage d’un jeune scénariste de talent, Diao Yi’nan, à la réalisation. Tournant avec peu de moyens, en numérique, dans sa province natale du Shaanxi, il suit la transformation d’un jeune homme désabusé et plus ou moins oisif, Wang Xiaojian, quand son père tombe malade. Les dépenses médicales sont un fardeau pour la famille, et Xiaojian, à contrecœur, doit faire des heures dans la blanchisserie familiale. Un jour, il apprend qu’un policier qui avait donné son uniforme à nettoyer a eu un accident et ne viendra pas le récupérer de sitôt. Xiaojian essaie l’uniforme, qui lui va comme un gant. L’habit fait le moine ou du moins le flic, et Xiaojian a vite fait de capitaliser sur les avantages, en particulier financiers, que lui donne son nouveau costume. Le film est une critique voilée des relations que la police chinoise entretient avec le reste de la population, mais va encore plus loin. Comme le découvre Xiaojian, il n’est pas le seul à être coupable de mensonge et d’imposture. Dans un pays en pleine transformation, les faux-semblants sont peut-être la seule réalité. Déjà, le futur réalisateur de Black Coal, Thin Ice savait combiner de fines analyses psychologiques avec un savant dosage de suspense, dégager la poésie rugueuse des espaces industriels et mettre en abîme le poids étouffant des inégalités économiques. Il n’est pas sans intérêt de signaler que, dans les deux cas, c’est dans une blanchisserie – ce lieu iconique du labeur chinois – que le personnage principal en a tellement assez de sa pauvreté et de son manque de pouvoir qu’il (ou elle) va passer à l’action et engendrer la fiction.

Bérénice Reynaud


Né en 1969 à Xi’an, dans le Shaanxi, Diao Yi’nan obtient son diplôme à l’Académie centrale d’art dramatique de Pékin en 1992. Il y encontre Zhang Yang et contribue aux scénarios de ses deux premiers films, Spicy Love Soup (1997) et Shower (1999). Il apparaît aussi comme acteur dans le second film réalisé par Yu Lik-Wai, All Tomorrow’s Parties (2003). Il passe à la réalisation avec Uniform. Son deuxième film, Train de nuit (2007), passe à Un Certain Regard. Son troisième film, Black Coal, Thin Ice (2014) lui vaudra un Ours d’or au Festival de Berlin.