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samedi 11 février 2017, 19h30

Salle Jean Epstein

19h30 → 21h00 (90 min)

Cai Shangjun
Chine / 2011 / 90 min / DCP / VOSTF

Avec Chen Jianbin, Tao Hong, Wu Xiubo.

Effectuant un périple dantesque du nord au sud de la Chine (avec sa descente aux enfers dans une mine), un ouvrier des carrières traque l'assassin de son frère, par vengeance et par désir de toucher la prime, et retrouve son ex-femme à Chongqing.

« Inspiré d’un fait divers, le film de Cai Shangjun assume sa dimension de fable poussée au noir, résolue sur un tableau d’Apocalypse. Une démesure à la mesure de la multitude sacrifiée à la nouvelle prospérité. Ainsi peut se comprendre l’idiotisme qui donne son titre au film, ces “gens-montagne, gens-océan” qui sont l’image-même de la multitude. Il fallait toutefois trouver une résolution esthétique à cette équation : comment figurer la multitude à travers le destin d’un héros solitaire ? Cai Shangjun y répond en multipliant Emile Zola par Michelangelo Antonioni. L’audacieuse étrangeté de ce choix est à son honneur, et le place illico dans le groupe de tête du nouveau cinéma chinois, quelque part entre Wang Bing (A l’ouest des rails ou le spectre du monde ouvrier) et Jia Zhang-ke (A Touch of Sin, ou l’appel à rétablir violemment l’honneur bafoué). »
– Jacques Mandelbaum, Le Monde

Extrait d’un entretien entre Cai Shangjung et Jean-François Rauger, publié dans Le Monde :
J’ai tourné ce film en 2010. A cette époque-là, un certain nombre de contradictions s’étaient effectivement intensifiées dans la société chinoise. L’écart entre les riches et les pauvres est devenu plus important. La Chine, qui est encore un pays rural, subit une mutation brutale. Le nombre d’usines explose. Par ailleurs, à la campagne, de nombreux paysans sont victimes d’accidents, voient leur environnement détruit ou se font voler leur terre. Mais, ce qui est important aussi, c’est que désormais les informations circulent mieux et plus vite. Le gouvernement ne peut plus les contrôler comme il y a dix ans. On ne peut plus cacher, comme avant, les faits divers ou les accidents dus au développement économique sauvage… Avec mon directeur de la photo, nous avons cherché à atteindre, avec des plans longs et larges, une forme d’objectivité qui permette au spectateur de comprendre ce qui se passe sans céder à l’émotion. Je me méfie de celle-ci. Lorsque j’étudiais le théâtre, j’avais été influencé fortement par les théories de Brecht sur la nécessité d’éviter l’émotion immédiate. Les plans larges permettent par ailleurs d’intégrer mes personnages dans leur environnement, de montrer comment ces gens vivent dans ces paysages, de donner à la silhouette humaine sa véritable place, perdue au milieu de quelque chose qui la dépasse. C’est la meilleure manière de montrer une forme d’aliénation… J’essaie de montrer une action puis plus tard, éventuellement, d’en donner la raison. Je voudrais éviter au public d’être en condition d’émettre un jugement trop vite. Je considère par ailleurs que les paysages sont aussi des acteurs de mon film. Je veux que l’émotion, s’il en faut une, provienne des choses elles-mêmes.

People Mountain People Sea a reçu le Lion d’argent de la mise en scène (Festival de Venise).


Né en 1967 à Pékin, Cai Shangjun est diplômé de l’Académie d’art dramatique de Pékin, et a commencé comme metteur en scène de théâtre. En 1997, il bifurque vers le cinéma, et écrit trois scenarios (Spicy Love Soup, Shower et Sunflower) pour le réalisateur Zhang Yang (dont nous passons Quitting dans ce cycle). Il passe lui-même derrière la caméra avec Les Moissons pourpres, en 2007, avant de signer People Mountain People Sea, qui lui vaut un Lion d’argent à la Mostra de Venise. En 2017, Il vient de terminer son dernier projet, The Conformist.