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jeudi 19 janvier 2017, 21h45

Salle Georges Franju

21h45 → 23h15 (89 min)
Séance présentée par Bérénice Reynaud

Letter from an Unknown Woman
Yi ge mo sheng nu ren de lai xin
Xu Jinglei
Chine / 2004 / 89 min / DCP / VOSTF / Film inédit en France.

Avec Xu Jinglei, Jiang Wen, Lin Yuan.

Évitant un remake du film d'Ophuls, l'actrice-réalisatrice Xu Jinglei, idole de la nouvelle génération urbaine, adapta la nouvelle originelle de Stefan Zweig à la Chine des années 30 : l'amoureuse transie devient courtisane de luxe.

Letter from an Unknown Woman marque la rencontre de deux types de modernité : celle incarnée par la jeunesse urbaine chinoise des années 1990-2000, dont Xu Jinglei était devenue l’élégante icône, et celle que Stefan Zweig avait interprétée comme l’âge d’or puis la faillite de la civilisation européenne. Contrairement à Ophüls qui avait dû se plier aux contraintes du Code Hays pour son film de 1948 (qu’elle n’avait pas vu avant de tourner son propre film), Xu Jinglei s’est sentie libre d’adapter plus fidèlement la nouvelle originale. Au troisième acte, l’héroïne n’est pas une femme mariée timide et convenable, mais une courtisane comme chez Zweig. Xu traduit l’ébullition sociale et culturelle de l’Europe des années 20 dans celle que la Chine républicaine avait pu connaître entre 1930 et 1948. Dans un cas comme dans l’autre, les fourvoiements amoureux des personnages sont les signes que le monde qu’ils connaissent est sur le point de s’écrouler. Ce sera la montée du nazisme pour Zweig, la révolution communiste de 1949 pour les protagonistes du film de Xu Jinglei. Mais cette fin n’est pas montrée : c’est « avant la catastrophe » que les personnages seront engloutis par l’échec de leur vie intime.
Interprétant elle-même l’héroïne, Xu Jinglei projette le feu longtemps couvé d’une violence internalisée, et met en scène les délices et les tourments du « masochisme féminin » avec brio, intelligence, et un brin d’insolence. Oui, elle veut souffrir, mais ne veut-elle pas que Xu Ai You, l’écrivain dandy inconscient de la passion qu’il inspire, souffre encore plus ? Xu fait de Jiang Wen (dont nous montrons le travail de réalisateur dans ce cycle) l’objet du désir de sa Mademoiselle Jiang, et transforme la rencontre toujours manquée, toujours inopportune, toujours noyée dans le malentendu, de ces amants mal doués pour l’amour, en un combat entre monstres sacrés.


Film inédit en France. Letter from an Unknown Woman a reçu la Coquille d’argent de la mise en scène (Festival de San Sebastián).

Encore adolescente, Xu Jinglei faisait partie de la nouvelle scène artistique qui renaissait dans les décombres du mouvement du printemps 1989, et, alors qu’elle n’avait pas 20 ans, joua un petit rôle dans Les Bâtards de Pékin (1993) de Zhang Yuan. Après avoir obtenu une maîtrise en cinématographie de l’université de Pékin en 1997, elle fait une apparition marquée dans Spicy Love Soup (1997) de Zhang Yuan sur un scénario auquel ont contribué les futurs cinéastes Cai Shangjun et Diao Yi’nan (dont nous montrons le travail dans ce cycle) ainsi que Liu Fendou (Green Hat, 2004) et l’Américain Peter Loehr (dont la petite compagnie indépendante, Imar, basée à Pékin, devait produire plusieurs films de Zhang Yang, comme Quitting, montré dans ce cycle.) Spicy Love Soup annonce l’arrivée de ce que l’on a appelé « la nouvelle génération urbaine » dans le cinéma chinois. Xu Jinglei devient vite célèbre pour ses rôles de jeune femme moderne dans des séries télé, telles que Cherish Our Love Together (1998) ou d’autres films indépendants tels que Spring Subway (2002) de Zhang Yibai et I Love You (2002) de Zhang Yan. Elle est une des quatre stars (« les quatre petites fleurs ») les plus notées de sa génération, avec Zhang Ziyi, Zhou Sun (révélée par La Rivière Suzhou, montré dans ce cycle) et Zhao Wei. Elle passe à la réalisation en 2003 avec My Father and I, montré à Toronto, puis Letter from an Unknown Woman (2004), primé à San Sebastian. Parallèlement, elle édite un magazine et tient le blog le plus visité de la Chine populaire. Après avoir réalisé un film-portrait au ton intimiste, Dreams May Come (2006), elle s’inspire d’un roman publié sur l’internet, qui raconte les déboires professionnels et sentimentaux d’une jeune employée, pour tourner Go, Lala, Go (2010), et devient la première réalisatrice chinoise à dépasser la barre du million de spectateurs. Ses deux derniers films, Dear Enemy (2011) et Somewhere Only We Know (2015) sont des comédies romantiques, tournées entre la Chine et plusieurs pays étrangers.