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mercredi 8 février 2017, 21h45

Salle Jean Epstein

21h45 → 23h25 (99 min)

Peng Tao
Chine / 2007 / 99 min / Numérique / VOSTF

Avec Hong Qifa, Han Dequn, Zhao Huihui.

Dans le Hubei, un couple de mendiants professionnels achète une petite fille de onze ans, paralysée, pour les aider dans leur « travail ». Filmé caméra sur l'épaule et interprété par des non-acteurs, un regard aigu sur le monde des marginaux.

La Môme Xiao a reçu le prix NETPAC (Festival de Locarno).


Dans le Hubei, un couple de mendiants professionnels achète une petite fille de onze ans, paralysée, pour les aider dans leur « travail ». Filmé caméra sur l’épaule et interprété par des non-acteurs, un regard aigu sur le monde des marginaux. « J’ai trouvé une gamine pour toi, » dit l’Oncle (Gao Yuanbing) à son neveu Luo Jiang (Hong Qifa). « Elle a onze ans, et elle ne peut pas marcher. » Il l’a acheté pour 1000 yuans (environ 100 euros), dans une famille de paysans trop désespérément pauvres pour s’occuper d’elle et de la maladie qui risque de la priver de ses jambes – afin que Luo et sa femme Guibua (Han Dequn) puissent l’utiliser pour mendier dans la rue. Une petite fille infirme, cela éveille la sympathie. Pour la famille artificielle formée par Luo, Guibua et Xiao Erzi (la « Petite Mouche » du titre international du film, jouée par Zhao Huihui), la mendicité, c’est un boulot, avec ses règles, ses territoires, ses rackets, sa mafia, ses concurrents déloyaux et parfois menaçants.

Peng Tao adapta le roman de Bai Tianguang, Xue Chan, et passa des semaines dans les régions montagneuses de la province du Hubei pour rencontrer et choisir des acteurs non-professionnels. Sa mise en scène suggère au lieu de montrer, et révèle la complexité de ses personnages sous leur abord tant soit peu rude – comme par exemple l’évolution des sentiments de Guibua par rapport à « Petite Mouche ». Ils ne parlent guère, mais communiquent dans un échange de gestes quotidiens (faire la cuisine, prendre des repas ou boire des pots ensemble, retaper leurs misérables logements autant que faire se peut) que Peng filme de façon quasi-ethnographique. Si les mendiants professionnels sont des marginaux, les enfants qu’ils exploitent sont au plus bas de l’échelle sociale, et c’est le point de vue de ces très jeunes sujets que la caméra sur épaule, toujours mobile pour coller à l’action, ne cesse d’épouser. Le spectateur se retrouve à communier avec le regard d’un jeune garçon qui comprend qu’on ne veut plus de lui. Ou à partager l’angoisse muette d’une petite fille fixant le vide du hors-champ. La Môme Xiao est une histoire d’adultes, la dénonciation d’une pauvreté abjecte, mais la présence lumineuse de ces enfants en fait un film touché par la grâce.

Bérénice Reynaud


Né en 1974, Peng Tao reçoit son diplôme de l’Institut du cinéma de Pékin en 2004. Ses courts métrages d’étudiant, Story in the Winter et Goodbye Childhood, avaient reçu des prix dans des festivals. Il réalise son premier long métrage, Red Snow, en 2006, puis, en 2007, La Môme Xiao, qui est montré dans de nombreux festivals internationaux et a eu une sortie commerciale en France. Il est l’auteur de Floating in Memory (2009), de The Cremator (2012) et vient de terminer Leaving with Love. Tous ses films sont des productions indépendantes.