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vendredi 13 janvier 2017, 20h00

Salle Jean Epstein

20h00 → 21h50 (110 min)
Séance présentée par Bérénice Reynaud

Oxhide
Niu pi
Liu Jiayin
Chine / 2005 / 110 min / Numérique / VOSTF

Avec Liu Zaiping, Jia Huifen, Liu Jiayin.

À 23 ans, avec 23 plans sans contre-champ, tournés en Cinémascope dans un petit appartement pékinois, une étudiante adaptait le Kammerspiel à la famille enfant unique, en se mettant en scène ainsi que ses propres parents. Une brillante fiction-docu.

Liu Jiayin tourna Oxhide en quarante jours dans les 50 mètres carrés de l’appartement familial avec une petite caméra numérique (néanmoins équipée d’une lentille anamorphique) alors qu’elle était encore étudiante dans le département « scénario » de l’Institut du Cinéma de Pékin. Ce premier film est aussi un tour de force extraordinaire, qui remet en cause le clivage entre fiction et vérité, narration et documentaire, tout en plongeant dans les eaux troubles de l’amour entre parents et enfants dans la Chine moderne, urbaine et postsocialiste.

Oxhide témoigne d’une grande rigueur au niveau de l’écriture et de la conception. Bien qu’inspirés de situations réelles, les dialogues ne doivent rien à l’improvisation ; la réalisatrice a dessiné ses 23 plans fixes à l’avance, tenant ou posant sa caméra dans une proximité claustrophobe avec ses sujets (Papa-Maman-Moi), ne montrant souvent qu’une partie de leur corps, rejetant le reste dans le hors-champ. Oxhide est un film sur le cadrage : l’appartement taille un petit espace dans la ville (on entend le bruit des trains qui passent), la caméra découpe l’espace de l’appartement.

Liu Jiayin montre une famille en crise. Sa mère (Jia Huifen) travaille en usine ; son père (Liu Zaiping) a bénéficié de la nouvelle économie de marché, et ouvert un commerce pour fabriquer et vendre des sacs de cuir (d’où le titre, qui veut dire peau de bœuf), mais son affaire est en train de péricliter. Ni l’un ni l’autre ne comprennent vraiment cette garçonne à petite taille et aux cheveux courts qui fait des études supérieures de cinéma. Ils ne cessent de s’apostropher, de se quereller, et pourtant une véritable tendresse – mal communiquée, et peut-être mal vécue – apparaît en filigrane. Ayant invité le film au Festival de Vancouver (où il remporta le Prix Dragons and Tigers), Tony Rayns écrivait : « La tension entre ‘réalité’ et artifice pousse le film dans des zones plus sombres et plus troublantes que le cinéma-vérité ait jamais atteintes : Liu donne une dimension nouvelle au ‘réalisme’ cinématographique. »

Oxhide a reçu le prix FIPRESCI (Festival de Berlin).


Née en 1981 à Pékin, Liu Jiayin obtint une maîtrise de l’Académie de Cinéma de Pékin en 2006. En 2005, son film d’étudiante, Oxhide, avait été montré au Festival de Berlin – où il obtint deux prix et fut acheté par MK2 qui le gonfla en 35mm pour l’exploiter en salle. Il remporta aussi des prix au Festival de Hong Kong (Golden DV Award for Best Digital Work) et de Vancouver (Dragons and Tigers Award). Dès l’obtention de son diplôme, Liu fut embauchée pour enseigner l’écriture de scénario dans son alma mater. En 2009, elle fut invitée à Cannes avec Oxhide II, un film en neuf plans montrant sa famille en train de préparer des raviolis après la faillite de l’entreprise de son père. En 2010, elle réalisa un court métrage, 607 (toujours avec les trois mêmes acteurs/personnages). Liu continue d’enseigner à l’Académie de Cinéma – où elle vient d’obtenir son doctorat – écrit des scénarios pour la télévision et prépare Oxhide III et Oxhide IV.

Bérénice Reynaud