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Le scénario de « I, Claudius » (Josef von Sternberg, 1937)

23 septembre 2016

Cet exemplaire conservé à la Cinémathèque est la première version du scénario de I, Claudius (1937), film inachevé de Josef von Sternberg qui s’interrompt brutalement après 5 semaines de tournage catastrophiques et une préparation non moins chaotique. Daté du 26 septembre 1936, le scénario en deux parties est largement annoté par Robert Graves, romancier et poète anglais auteur de l’œuvre originale. Et il ne lésine pas sur les commentaires assassins, pointant notamment les incohérences historiques de l’adaptation…

C’est la troisième production du producteur-réalisateur Alexander Korda avec Charles Laughton, qu’il a déjà dirigé dans The Private Life of Henry VIII (1933) et Rembrandt (1936). À l’époque, le projet s’appelle Claudius the God, comme le révèle le titre en couverture, et s’inscrit dans la lignée de ces grandes biographies historiques à succès de la London Film, fondée en 1932 par Korda.

Scénario de I, Claudius (Claudius The God)

En février 1935, Alexander Korda décide d’adapter les mémoires imaginaires de l’empereur romain Claude, écrites par Robert Graves sous la forme de deux romans : I, Claudius et Claudius the God and His Wife Messalina. Le premier, publié en 1934, parcourant près d’un siècle, de l’assassinat de César en 44 avant Jésus-Christ à celui de Caligula en 41 après Jésus-Christ. Le second, sorti huit mois plus tard, retraçant l’ascension de Claudius jusqu’à sa mort en 54.

D’avril à mai 1935, Robert Graves s’attèle à la version condensée de ses deux volumes, trop copieux pour être adaptés sur grand écran. Sur une idée de Korda, Graves rédige donc ce « livre du film » destiné à être publié en même temps que la sortie du long métrage, et à servir de base à l’écriture du scénario. Un scénario qui doit se concentrer sur l’ascension d’un empereur romain imbécile, bègue et boiteux, et sur son mariage arrangé par Caligula avec l’infidèle Messaline en passant par sa conquête de l’Angleterre, jusqu’à sa mort et sa déification par le Sénat.

Pour rédiger le scénario, Korda sollicite Carl Zuckmayer, poète et dramaturge allemand accompli, ami de Bertolt Brecht et scénariste de L’Ange bleu (Josef von Sternberg, 1930) qui vient de signer le script de son Rembrandt (1936). Le Hongrois Lajos Biró, principal scénariste de la London Film Productions, auteur d’une dizaine de films réalisés par Alexander Korda, est également de la partie mais tombe malade, laissant l’écriture du projet en suspens.

Une quinzaine de jours après l’achèvement de cette première version du scénario, Graves rencontre Carl Zuckmayer, dont il ignore tout, et June Head, la traductrice. Dès le lendemain, il décrit dans son journal et à son entourage le premier scénario de Claudius comme une suite de non-sens et d’absurdités historiques, terriblement bas de gamme. Engagé comme consultant, le Dr Ian Richmond – professeur d’archéologie expert de l’Empire romain qui accompagne Graves aux Denham Studios – ne peut que confirmer les anachronismes du script. Un morceau de sucre donné à un cheval, un dialogue avec Cymbeline d’Angleterre (mort depuis longtemps) et des soldats romains affublés de mouchoirs de poche, en vue de souligner le climat froid et humide britannique. Autant d’aberrations historiques dont le Péplum, de Londres à Hollywood, est coutumier. Graves met également en cause le mauvais anglais des expatriés qui entourent Korda. L’exemplaire du scénario relu par le romancier est truffé, de la première à la dernière page, de remarques formulées dans ce sens, avec une condescendance joviale. Et de nombreux commentaires incriminent directement Zuckmayer, désigné par un grand Z…

Extrait du scénario de I, Claudius (page 21)

Graves persuade Korda que le script doit être complètement révisé, ce qu’il s’évertue à faire en quelques jours, dans la foulée de sa relecture. Une deuxième étape jugée utile par Korda qui n’empêche pas l’écriture de s’éterniser.

En janvier 1937, le script est au point mort : June Head n’en est qu’à la moitié de la traduction du scénario, quand elle doit finalement passer à la version de Josef von Sternberg, engagé en novembre 1936 à la place de William Cameron Menzies, initialement choisi par Korda. À son arrivée sur le projet, Sternberg reprend le scénario avec Carl Zuckmayer et Lester Cohen, romancier américain venu renforcer l’équipe.

Graves rapporte également avoir rédigé anonymement, avec l’aide de sa compagne Laura Riding, poète et écrivain américaine, un scénario de réserve pour Korda, qui ne sera finalement pas utilisé. « Le scénario de Claudius est une grande plaisanterie. Je ne m’en soucie pas personnellement, Josef von Sternberg l’a en mains maintenant » écrit encore Graves à l’époque. Et le cinéaste de confirmer dans ses Souvenirs d’un montreur d’ombres : « Un autre manuscrit fut rédigé en vue d’extraire la quintessence des livres et de pouvoir la régurgiter dans le celluloïd. »


  • Type d'objet : Scénario
  • Auteur : Carl Zuckmayer et Lajos Biró, annotations de Robert Graves
  • Année : 1936
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Crédits : Droits réservés