
Se surprenant « à bailler » lors de la projection, Jean de Baroncelli ouvre, le premier, les hostilités à l’encontre d’un Lola Montès qui « a sombré dans la monotonie » (Le Monde). « Ébloui, captivé, fasciné, pantois d’admiration », Jacques Doniol-Valcroze en est l’ardent défenseur (France-Observateur). Dans Le Figaro, un groupe de sept réalisateurs - Jean Cocteau, Roberto Rossellini, Jacques Becker, Christian-Jaque, Jacques Tati, Pierre Kast et Alexandre Astruc – publient un manifeste : « Ce film n’est pas un divertissement. Il donne à réfléchir ».
La critique se déchire. A la suite de Baroncelli, Simone Dubreuilh signe une violente diatribe : « Lola Montès est qu’on le veuille ou non un échec retentissant » (Libération). Claude Mauriac qui salue « le brio de [la] réalisation » (Le Figaro Littéraire) et Jacques Nobecourt éblouie (Radio-Cinéma) se joignent à Doniol-Valcroze.
Partagé, le public l’est aussi : sifflets et huées se mêlent aux applaudissements. La critique s’essaye alors de comprendre les raisons de cet échec.
Distillant « audace » et « avant-garde » dans un grand film populaire, Max Ophuls déconcerte un public qui ne reconnaît « pas ses pâturages coutumiers » (Claude Mauriac). Quand Simone Dubreuilh fustige l’esthétisme baroque, François Gault incrimine « une technique qui désoriente », les « mouvements de caméra » (Le Coopérateur de France). Certains critiques avancent un film dépourvu de tout sex-appeal, atmosphère chère à Martine Carol . En lieu et place de « Lucrèce Borgia », le public « découvre un tout autre cocktail, qui ne fait guère de place à cet érotisme, style Vie parisienne » note Gilles Martain (Rivarol). Ophuls, qui refuse de sombrer dans la facilité, teint la pin-up en brun et coupe au montage l’unique strip-tease, pourtant « prévu » (Claude Mauriac).
D’autres, au contraire, voient dans la distribution l’un des principaux atouts du film. « Strictement contrôlée », Martine Carol devient « une grande artiste » (Jacques Nobecourt). Personnage poétique, Peter Ustinov gagne en « épaisseur romanesque » (Claude Mauriac). La distribution technique n’est pas en reste. Jacques Nobecourt salue « l’expressionnisme pictural » de Christian Matras ainsi que le « dépaysement surréaliste » de Jean d’Eaubonne.
Si les détracteurs jugent sévèrement une construction en sketchs, des dialogues peu compréhensibles, la direction d’acteurs les irrite. Considérés comme de simples accessoires, Ophuls refuse à ses personnages toute psychologie. Ainsi, « les acteurs sont des objets semblables aux lustres et aux statues de plâtre qu’il affectionne tant. Il les surcharge eux aussi avec tout son goût pour le rococo germanique » (R.M. Arlaud).
Albert Caraco ne se soucie guère de cette nouvelle bataille d'Hernani. Pour son producteur, seul compte le public. Deux mois après sa sortie, Lola Montès remonté ressort sans le consentement d’Ophuls. La première affaire Lola Montès prend fin. Les affres esthétiques font place à la défense, unanime cette fois, de l’artiste et de son oeuvre.
Combat
" En dépit de ses surcharges [Max Ophuls] n'a pas osé aller jusqu'au bout, jusqu'à cette outrance qui aurait crevé le mur de la monstruosité pour atteindre le divin. Son mérite, toutefois, c'est de nous livrer une oeuvre assez incomplète et assez touffue pour que chacun puisse à son aise s'y vautrer et lui prêter n'importe qu'elle intention, fût-ce même de la philosophie (...). Lola Montès, c'est une gigantesque parade, c'est une de ces pièces montées qui font défiler une ville entière devant la façade d'un pâtissier. On admire peut-être, mais si l'on rentre c'est pour manger une tartelette. "
R.M. Arlaud, 02/01/1956
Le Coopérateur de France
" Prouvant au public que le langage cinématographique ne s'arrête pas aux travellings, aux champs-contre-champs, aux plongées et aux contre-plongées, mais au contraire qu'il est inépuisable et fonction du génie du réalisateur, Lola Montès se présente comme une curieuse révolution. La technique cesse d'être technique et devient état d'âme (...). Le film de Max Ophuls (...) est une date cinématographique en ce sens que sa technique cinématographique sera reprise, imitée, galvaudée. C'est ainsi, diable, que ce forge le cinéma ! "
François Gault, 21/01/1956
Le Figaro
" Nous sommes tombés d'accord pour admettre que Lola Montès constitue une entreprise neuve, audacieuse et nécessaire, un film très important et qui arrive au moment où le cinéma a le plus urgent besoin de changer d'air (...). Défendre Lola Montès c'est défendre le cinéma en général, puisque toute sérieuse tentative de renouvellement est un bien pour le cinéma et pour le public. "
Jean Cocteau, Roberto Rossellini, Jacques Becker, Christian Jaque,
Jacques Tati, Pierre Kast et Alexandre Astruc, 05/01/1956
Le Figaro Littéraire
" Max Ophuls a courageusement joué sa carrière. Il arrive heureusement, même au cinéma, que l'audace paie. Son premier désarroi passé, la foule va peut-être se reprendre et comprendre. Comprendre que ce vieux monsieur vient de lui offrir un des chefs d'oeuvres les plus jeunes de l'écran. Le brio de sa réalisation n'a d'égal que l'originalité de son inspiration. Ces images délirantes sont orchestrées avec une maîtrise qui ne se dément pas. Ce film n'aura pas coûté trop cher s'il a réveillé le public, arrachant ainsi le cinéma à grand spectacle de son ornière. "
Claude Mauriac, 07/01/1956
Libération
" Lola Montés est, qu'on le veuille ou non, un échec retentissant. Qu'on ne s'y trompe pas : l'avant-garde n'est pour rien dans cette aventure, ni l'audace, ni le génie, mais la prétention, le mauvais goût et ce qu'on pourrait appeler la démence des ors et le vertige des escaliers, la volupté de la vision indirecte, l'obsession de vitrail, de la plante verte, de la colonne. Psychologiquement, c'est le triomphe de la platitude, du galimatias et de l'ennui. Artistiquement, c'est nul. Cela revient, confusément, à une conception germanique symboliste de l'univers, avec les défauts du Songe d'une nuit d'été vu par Reinhardt. "
Simone Dubreuilh, 04/01/1956
Le Monde
" C'est sans conteste faire la part belle au paradoxe que de parler du goût de Max Ophuls même indirectement. Six cent quarante huit millions dépensés, des kilomètres de tissus, de rubans et de pellicule, ne feront jamais que ce film nous émeuve, malgré le concours des meilleurs techniciens et beaucoup d'autres appuis. "
H. M., 06/01/1956
Radio-Cinéma
" Qu'on aime le cinéma comme art ou qu'on y cherche le divertissement, il n'est pas possible de se refuser à subir les prestiges d'une si éblouissante maîtrise. Éblouissement ? Oui, nos yeux en papillotent encore et notre esprit ne s'arrache pas au plus singuliers des ravissements. "
Jacques Nobecourt, 07/01/1956
Rivarol
" Lola Montès s'est trompée de public, c'était une oeuvre qui réclamait les amateurs de Fellini, espérons qu'ils ne l'ignoreront pas. Le film est audacieux, il mérite d'être soutenu malgré quelques défauts, car les défauts attachants sont devenus rares aussi : quant aux qualités... ce sont elles qui ruinent cette production insolite ! "
Gilles Martain, 01/1956
Vendredi 3 Septembre 2010
| 14h30 | QUAND LES TAMBOURS S'ARRÊTERONT HUGO FREGONESE | HL |
| 17h00 | Cycle Ernst Lubitsch JE NE VOUDRAIS PAS ETRE UN HOMME / LA JOYEUSE PRISON ERNST LUBITSCH | HL |
| 19h00 | Cycle Ernst Lubitsch MONTE-CARLO ERNST LUBITSCH | HL |
| 20h00 | CINEMA BIS: EXPLOITATION COREENNE | GF |
| 20h30 | L'AVOCAT GASTON RAVEL | JE |
| 21h00 | Cycle Ernst Lubitsch PARADE D'AMOUR ERNST LUBITSCH | HL |
Samedi 4 Septembre 2010
| 14h30 | Cycle Ernst Lubitsch UNE HEURE PRES DE TOI ERNST LUBITSCH, GEORGE CUKOR | HL |
| 17h00 | Cycle Ernst Lubitsch LES YEUX DE LA MOMIE MA ERNST LUBITSCH | HL |
| 19h00 | Cycle Ernst Lubitsch LECTURE: AMITIE - LA DERNIERE RETOUCHE D'ERNST LUBITSCH | GF |
| 19h00 | Cycle Ernst Lubitsch BILLET COUPLE LECTURE "AMITIE..." ET PROJECTION "HAUTE PEGRE" | GF |
| 19h15 | Cycle Catherine Breillat ROMANCE X CATHERINE BREILLAT | HL |
| 20h30 | ARSENAL ALEXANDRE DOVJENKO | JE |
| 21h15 | Cycle Ernst Lubitsch HAUTE PEGRE ERNST LUBITSCH | HL |
| 21h30 | Cycle Catherine Breillat UNE VIEILLE MAITRESSE CATHERINE BREILLAT | GF |