ANDRZEJ WAJDA ALBERTO MORAVIA TOURNAGES : PARIS-BERLIN-HOLLYWOOD JULIEN DUVIVIER METIN ERKSAN POLA NEGRI ROBERT SIODMAK MARCEL HANOUN
Cinema paris, revues de presse
Histoire permanente du cinéma Voir-revoir le cinéma contemporain Cinéma d'avant-garde Cinéma bis Séances jeune public Fenêtre sur le court métrage contemporain / Art du CM Histoire inattendue du cinéma français Ciné-club Douchet La Cinémathèque de la danse

ROBERT ALDRICH

Du 26 août au 5 octobre 2009
L'une des références de la cinéphilie française des années 1950. Robert Aldrich, auteur de En quatrième vitesse ou le Grand couteau, représente le spectaculaire renouvellement du cinéma hollywoodien de l'après-guerre.
Afficher : Toutes les séances | Les séances à venir

Le dernier des récalcitrants

Il n'est pas difficile d'imaginer le choc que fut pour les cinéphiles français (et peut-être pour les autres aussi !) la découverte, en l'espace de quelques mois, de Apache (Bronco Apache) en 1954, Vera Cruz la même année, et Kiss Me Deadly (En quatrième vitesse) en 1955. Soudain, le cinéma hollywoodien était apparu plus libre, plus brutal, plus fou peut-être. Ces trois films étaient signés Robert Aldrich, un nom qui allait, avec quelques autres, incarner une formidable promesse de renouvellement du cinéma américain de l'après-guerre.

Robert Aldrich est né le 9 août 1918 à Cranston, Rhode Island. Il vient d'un milieu familial aisé, fortement implanté dans la finance et la politique. Son oncle est le riche industriel John D. Rockefeller, son cousin Nelson Rockefeller fut gouverneur de l'Etat de New York et vice-président des Etats-Unis. Pourtant, ni la finance ni la politique n'intéressent le jeune Robert Aldrich qui est attiré par le sport (il joue dans l'équipe de football de son lycée) et le spectacle (il dirige un club scolaire qui lui permet d'embaucher quelques grands orchestres de jazz.) Il débarque à Hollywood en 1941 et obtient, grâce aux relations de son oncle, un poste à la RKO. Commence alors une carrière cinématographique qui débute au bas de l'échelle. Il est garçon de course, chauffeur, avant de devenir troisième, second puis premier assistant. Il côtoie les milieux progressistes de Hollywood et travaille avec des cinéastes comme Jean Renoir, Joseph Losey, Abraham Polonski, Charles Chaplin, Lewis Milestone et d'autres. Il est particulièrement apprécié par ceux-ci. En 1952, il lui est proposé de regagner New York pour réaliser des dramatiques télévisées dans les séries The Doctor, China Smith ou Four Stars Playhouse. Le scénariste Herbert Baker convainc, l'année suivante, la MGM d'embaucher Robert Aldrich pour réaliser un petit film sur le base-ball. Ce sera Big Leager.

En 1953, avec l'équipe de la série China Smith, il tourne World for Ransom (Alerte à Singapour) qui contient en germe un certain nombre de qualités qui s'épanouiront dans les titres suivants. C'est Burt Lancaster, associé avec le producteur Harold Hecht, qui lui propose de tourner Apache. Ce n'est certes pas le premier western exaltant la figure de l'Indien révolté (il y eut, en 1950, The Devil's Doorway-La Porte du Diable d'Anthony Mann), mais celle-ci se marie ici avec un sens magnifique de la nature et la description originale de ce qu'est toute relation amoureuse : un brutal rapport de force. Vera Cruz, la même année, pour les mêmes producteurs, et Kiss Me Deadly l'année suivante, vont faire éclater les conventions de leur genre de référence : le premier par son rapport cynique et désinvolte à l'aventure et à l'éthique du western, le second par sa manière, pour le coup littérale, de faire exploser les structures et l'esprit du film noir. Les deux films peuvent pourtant être vus, aussi, comme la description d'un émouvant itinéraire moral, celui de leur personnage principal, respectivement incarné par Gary Cooper et Ralph Meeker. François Truffaut écrira de Kiss Me Deadly : "on ne pourra qu'admirer l'extraordinaire liberté dont a bénéficié [ce film] que l'on se surprend à maintes reprises à comparer au Sang d'un poète de Jean Cocteau". Claude Chabrol louera quant à lui "une imagerie puissante" et une mise en scène "à la truelle".

 

Une période de nomadisme


Le succès commercial de Vera Cruz permet à Aldrich de créer sa compagnie de production, Associates and Aldrich. Il s'intéresse depuis longtemps à la pièce de Clifford Odets, The Big Knife (Le Grand Couteau), qui dépeint les turpitudes d'Hollywood et la dictature des producteurs, ainsi qu'à celle de Norman Brooks, Fragile Fox, qui deviendra Attack ! (Attaque !) au cinéma. La relative lourdeur psychologique du matériau théâtral d'origine a accru paradoxalement la bonne opinion de la critique, moins à cause du "message", qu'en raison de la façon dont la mise en scène injectait une forme d'énergie violente dans un univers un peu figé et artificiel. En ce temps-là, le style c'est l'auteur. Entre les deux films, Aldrich signe pour la Columbia Autumn Leaves (Feuilles d'automne) avec Joan Crawford, un mélo (Women's Picture) longtemps sous-estimé parce qu'il s'agissait d'une commande. Après son éviction par Harry Cohn, patron des studios Columbia, du tournage de The Garment Jungle (Racket dans la couture) en 1957, commence pour le cinéaste une période de nomadisme. En 1959 il tourne en Allemagne pour la compagnie de production anglaise Hammer films, Ten Seconds to Hell (Tout près de Satan), en Grèce The Angry Hills (Trahison à Athènes) également en 1959, au Mexique, en 1961, The Last Sunset (El Perdido) sur un scénario de l'auteur autrefois "blacklisté" Dalton Trumbo, et enfin, un péplum biblique à Cinecittà, Sodom and Gomorrah (Sodome et Gomorrhe) en 1963.

 

Retour à Hollywood


Son retour à Hollywood se fait avec What Ever Happened to Baby Jane? (Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?), duel néo expressionniste d'anciennes stars ( Bette Davis et Joan Crawford) transformées en figures grotesques et cruelles. C'est un nouveau succès commercial et le départ d'un malentendu avec la majeure partie de la critique qui lui reproche sa vulgarité, l'accuse d'avoir perdu son âme et son talent et d'être "idéologiquement suspect", comme on disait à cette époque. Après le succès commercial de The Dirty Dozen (Les Douze Salopards) en 1967, Aldrich rentre dans la deuxième phase de sa carrière, composée presque essentiellement de réussites. The Dirty Dozen sera à tort reçu comme un film belliciste alors qu'il s'agit d'une réjouissante mais amère méditation sur l'individualisme et le groupe, inaugurant le goût du cinéaste pour des personnages rebelles. À partir de ce moment, Aldrich va en remontrer à la cette génération émergente de cinéastes américains composant ce que l'on a appelé le Nouvel Hollywood. L'auteur de Kiss Me Deadly réussit à intensifier une partie des composantes de son oeuvre en forçant souvent le trait et en mélangeant les genres, exercice particulièrement difficile qu'il accomplit avec éclat. Le filmage "à la truelle" prend de plus en plus son sens dans sa manière d'alterner les gros plans de visages avec des choix de cadres inattendus (plongées ou contre-plongées).

Des effets de dissonance (plastique, sonore) interviennent sporadiquement. Le grotesque menace toujours de pervertir les émotions violentes. Aldrich filme des situations extrêmes qu'il désamorce parfois par son humour trivial. Tout ceci confère une dynamique unique à ce que le réalisateur aime par dessus tout : des récits d'affrontements. Ceux-ci, dans leur essence la plus pure, peuvent être de véritables chocs de civilisation, comme dans Ulzana's Raid (Fureur Apache), chef-d'oeuvre du western en 1974, dans lequel il constate une altérité radicale des Indiens attestée par ce que les Blancs considèrent comme de la cruauté.

Aldrich aime les monstres engendrés par les groupes masculins, soldats en guerre dans The Dirty Dozen ou Too Late, the Heroes (Trop tard pour les héros) en 1970, gangsters tarés dans The Grissom Gang (Pas d'orchidées pour Miss Blandish) en 1971, détenus et gardiens de prison composant une équipe de football dans The Longest Yard (Plein la gueule) en 1974, trimardeurs dans Emperor of The North Pole (L'Empereur du Nord) en 1973, flics dans The Choirboys (Bande de flics) en 1977. Il est fasciné également par les personnages féminins excessifs, starlettes hollywoodiennes paumées dans The Legend of Lylah Clare (Le Démon des femmes) en 1969, actrices de télévision alcooliques et lesbiennes dans The Killing of Sister George (Faut-il tuer Sister George ?) en 1969, catcheuses dans ...All the Marbles (Deux Filles au tapis) en 1981.

 

Une complète indépendance artistique

L'identité sexuelle est au centre d'une oeuvre qui passe en revue différentes formes d'hystérie masculine transformées en manifestations d'hypervirilité et une féminité parfois étonnement agressive. L'affrontement entre les sexes, enfin, prend la forme de contradictions parfois brutales notamment lorsqu'il filme les histoires d'amour d'une vieille fille mûrissante avec un jeune schizophrène dans Autumn Leaves, d'une adolescente héritière de bonne famille avec un truand attardé mental dans The Grissom Gang, d'un policier de Los Angeles et d'une call-girl dans Hustle (La Cité des dangers). Ce dernier film, chef-d'oeuvre inconnu de l'oeuvre d'Aldrich, réalisé en 1975 avec Burt Reynolds et Catherine Deneuve, semble contenir l'intégralité des obsessions et préoccupations du cinéaste : la recherche de la meilleure action morale possible, une nostalgie avouée, un individualisme forcené qui peut s'affirmer au-dessus des lois, la constatation surtout de l'existence d'une barrière infranchissable entre les sexes.

Par ailleurs, tout au long d'une carrière ponctuée de divers conflits avec le système hollywoodien, Robert Aldrich ne cessera de tenter de parvenir à une complète indépendance artistique, en créant sa propre compagnie de production, en s'entourant d'une troupe de collaborateurs fidèles (Joseph Biroc à la photographie, Frank DeVol à la musique), en achetant ses propres studios en 1967, en s'impliquant enfin dans la Director's Guild. Attitude cohérente pour un artiste qui n'a cessé, dans ses films, d'exalter les individualités les plus récalcitrantes.

Jean-François Rauger



ACHAT EN LIGNE FERME
EN QUATRIEME VITESSE - ROBERT ALDRICH
Etats-Unis - 1955 - 105' - SALLE HENRI LANGLOIS - VOSTF - 35mm
Ouverture de la rétrospective Robert Aldrich. Avant-première de la ressortie du film
ACHAT EN LIGNE FERME
LE DEMON DES FEMMES - ROBERT ALDRICH
Etats-Unis - 1968 - 130' - SALLE HENRI LANGLOIS - VOSTF - 35mm
Avant-première de la ressortie du film

A Nous Paris LibérationA Nous ParisA Nous ParisA Nous Paris   A Nous Paris

Remerciements

Park Circus, Columbia, Hollywood Classics, MGM–UA, Warner, Cinémathèque suisse, Universal, Paramount Pictures, Action – Théâtre du Temple, Cooper films, Tamasa, Swashbuckler, Flash Pictures, UCLA, Rui Nogueira, Pretty Pictures, Fox TV, Four Stars


Télécharger le dossier de presse

Qui êtes-vous Robert Aldrich ?

Une conférence de Jean-François Rauger - Jeudi 3 Septembre 2009

Au lendemain de l'ouverture du cycle Robert Aldrich, il s'agissait de proposer au public une introduction didactique - ce qui n'empêche pas le parti pris - à l'œuvre programmée et à la vie du cinéaste : repères biographiques, films clés, contexte de production, thèmes et motifs privilégiés, extraits de films...

Durée : 74mn




 

Programmation et calendrier

Mercredi 17 Mars 2010

14h30LE BALLON ROUGE ET AUTRES HISTOIRESHL
15h00Cycle Tournages
ROBIN DES BOIS
ALLAN DWAN, DOUGLAS FAIRBANKS
GF
17h00KAIRO
KIYOCHI KUROSAWA
HL
19h30Alberto Moravia, l'anticonformiste
PLAISIRS DE FEMMES
GIOVANNI SOLDATI
GF
20h00Cycle Julien Duvivier
LA BANDERA
JULIEN DUVIVIER
HL
20h30FINIS TERRAE
JEAN EPSTEIN
JE
21h30Andrzej Wajda
NUIT DE JUIN
ANDRZEJ WAJDA
GF

Jeudi 18 Mars 2010

14h30Cycle Tournages
MONTE-CARLO
ERNST LUBITSCH
HL
17h00Cycle Julien Duvivier
AU ROYAUME DES CIEUX
JULIEN DUVIVIER
En remplacement du film initialement prévu dont la projection est annulée.
HL
19h00Cycle Julien Duvivier
QUI ETES-VOUS JULIEN DUVIVIER ?
HL
19h30Alberto Moravia, l'anticonformiste
UMANO NON UMANO
MARIO SCHIFANO
GF
20h30PROGRAMME 140: QUARTIER DES HALLESJE
21h00Cycle Julien Duvivier
PANIQUE
JULIEN DUVIVIER
HL
21h30Andrzej Wajda
CHRONIQUE DES EVENEMENTS AMOUREUX
ANDRZEJ WAJDA
GF
Votre programmation personnelle
Téléchargez le programme
Mars - mai 2010