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RETROSPECTIVE ANDRE TECHINE

Du 18 mars au 12 avril 2009
Venu de la critique et de la cinéphilie, André Téchiné est l'auteur aujourd'hui de plus d'une vingtaine de films romanesques, où la psychologie est au service de la peinture de caractères singuliers plongés dans des contextes précis. L'intégralité de son oeuvre sera présentée par la Cinémathèque à l'occasion de la sortie de son nouveau film, La Fille du RER.
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Le Lieu du crime, 1986, André Téchiné, coll CF, ©T.Films

Venu de la critique et de la cinéphilie, André Téchiné est l'auteur aujourd'hui de plus d'une vingtaine de films romanesques, où la psychologie est au service de la peinture de caractères singuliers plongés dans des contextes précis.

C'est l'été 1993. André Téchiné a 50 ans et déjà plusieurs vies, plusieurs vies de cinéaste. Il est en train d'en inventer une nouvelle, en racontant sa propre histoire, en la réinventant dans les lumières et tremblements du romanesque, en changeant de vitesse et d'échelle. Comme il a toujours fait, c'est-à-dire à chaque fois d'une manière différente. Cela portera deux noms, Le Chêne et le roseau, version courte pour la télévision et Les Roseaux sauvages, version longue pour le cinéma. On dira à ce moment qu'il s'agit d'une renaissance, et ce sera vrai. Mais la renaissance est son histoire même : celle d'une croyance de feu dans les puissances du cinéma, où il n'est d'autre hypothèse que de se brûler, et de mourir, pour renaître - puisque qui dit plusieurs vies dit aussi plusieurs morts, et le personnage dont on parle ici, André T., est mort plus d'une fois. L'épigraphe d'un autre de ses films renaissances, Rendez-vous, le disait explicitement : "Si le grain ne meurt...".

Les premiers films, de Paulina s'en va à Barocco

André T. est bien en effet un personnage romanesque, d'un roman qui tiendrait à la fois de Balzac et de Cocteau. Il est un héros du roman vrai du cinéma. Sa première vie de cinéaste commence à Paris, lorsqu'il y "monte" de son sud-ouest natal, comme débarquent dans la capitale tant de personnages de roman. Il vient à Paris pour le cinéma, pour préparer le concours de l'Idhec, rate le concours mais pas le cinéma, puisqu'au même moment il réussit l'entrée dans les pages des Cahiers du cinéma en prenant la défense du nouveau film de Truffaut d'alors, La Peau douce. Comme Truffaut et tant d'autres, il commencera à faire des films en écrivant aux Cahiers, continuera en suivant le même chemin d'exploration, avec son premier long-métrage. Paulina s'en va, réalisé en 1969 avec Bulle Ogier et présenté la même année au Festival de Venise, est une étude de visage et d'angoisse de vivre, et un pari sur les puissances narratives et sensorielles que recèlerait le fait de savoir bien filmer une actrice - ou un acteur, mais surtout une actrice. Le film n'est pas bien accueilli, il ne sortira que six ans plus tard, entre-temps se sera produite la première renaissance d'André Téchiné.

Elle s'intitule Souvenirs d'en France (1975), si l'ombre de Jean Renoir y rôde, la renaissance se fait surtout sous influences extra cinématographiques, celles de Bertolt Brecht et de Roland Barthes, donc de questions de récits et de représentation. Les influences sont théoriques, le résultat est joyeux et vivant, grâce à la première interférence réussie entre autobiographie - il y a plus d'une similitude entre l'entreprise que possède la famille de Téchiné et celle que dirige Jeanne Moreau - et rencontre féconde avec des interprètes : mademoiselle Moreau donc, et ô combien, mais aussi Marie-France Pisier, Orane Demazis, Hélène Surgère, Michèle Moretti, Françoise Lebrun (casting qui est à lui seul une déclaration d'amour à une certaine histoire du cinéma). Téchiné pense avec audace les manières de mettre en scène, et en même temps ressent et affronte le mystère des acteurs - et en particulier de ceux chez qui vibre cette flamme particulière qui fait qu'on les appelle des stars. Il invente un cinéma aux confins de cette recherche savante et de ce saut dans l'abîme, qui se continue avec Barocco (1976) où Isabelle Adjani et Gérard Depardieu (au carré) sont eux-mêmes le territoire fantastique qu'explore le film.

Ma saison préférée, 1992, André Téchiné, coll CF, © Isabelle WeingartenRester fidèle en se renouvelant

Sur quoi, André Téchiné réalise son premier chef-d'oeuvre, violemment rejeté par une époque aussi crétine et aveugle que la nôtre : Les Soeurs Brontë (1979) invente avec trois immenses actrices (Huppert, Adjani, Pisier) un cérémonial pervers au centre duquel se trouve la création et la mort, au centre duquel se trouve celui vers qui toutes les forces convergent et qui en mourra, Branwell (Pascal Greggory), le frère parmi les soeurs, le garçon entre les femmes artistes elles-mêmes encerclées par la société puritaine de leur temps. Puisse la rétrospective de la Cinémathèque rendre aujourd'hui sa juste place à cette oeuvre cruelle et étrange, digne d'Ophuls...

Battu à plates coutures par les accusations absurdes qui accueillent le film, Téchiné renaît à nouveau grâce à la rencontre avec Catherine Deneuve, qui deviendra sa meilleure partenaire de création : Hôtel des Amériques (1981) est le premier des six films qu'ils feront ensemble au cours des quelque 30 ans qui viennent (sans compter nombre de projets inaboutis). Entre Téchiné et Deneuve, d'Hôtel des Amériques à La Fille du RER (2009), se joue une autre version de cette même histoire à l'oeuvre dans chaque film, cette invention d'un territoire entre un corps et un visage qui changent avec le temps et les explorations narratives d'un auteur qui se reste fidèle en se renouvelant. La dimension tragique de ce processus, celle de la mort au travail, est au centre du film de 1981, et comme soulignée par le fait que ce sera le dernier grand rôle de Patrick Dewaere.

Téchiné tente alors des projets qui n'aboutissent pas, expérimente du côté du théâtre (La Matiouette, 1983, L'Atelier, 1984), et retrouve un autre élan en inventant une histoire de fantômes qui est en même temps celle d'une naissance, à la vie et à l'art, et de fait la naissance d'une autre grande actrice, Juliette Binoche : Rendez-vous (1985). La renaissance au prix de l'imaginaire, les aventures extraordinaires d'un visage, le cinéma comme trace douloureuse et comme arme, les irruptions du fantastique dans le quotidien organisent ensuite Le Lieu du crime (1986), auquel fait pendant Les Innocents (1987), qui privilégie, lui, le tragique sur l'espoir, ce sont deux films solaires où le soleil n'aurait pas la même lumière, deux très beaux rôles de femme (Catherine Deneuve, Sandrine Bonnaire), chacune accompagnée d'un enfant, mais où l'une fraie la voie de son retour à la vie quand l'autre ne pourra être que la Némésis de jeunes hommes (Abdellatif Kechiche et Simon de La Brosse) marqués par un destin noir. A quoi fait encore écho, selon à nouveau une tonalité différente, J'embrasse pas, film urbain, nocturne, "nordique", histoire d'une nouvelle naissance, pour la première fois celle d'un garçon (interprété par Manuel Blanc) grâce à la rencontre non de fantômes mais d'une fée de la rue magnifiquement interprétée par Emmanuelle Béart, conte de la vie depuis le fond du morbide et de la tristesse.

Depuis Souvenirs d'en France, Téchiné se pose la question des articulations entre récits individuels et collectifs, ce sera le ressort de Ma saison préférée (1993), où l'appartenance de fait à une même famille engendre un lacis vivant de récits et d'interrogations dans lequel chaque personnage à sa place : le mort qui menace le vif est cette fois du côté de l'appartenance, du prédéfini plutôt que du passage du temps. Cette construction en réseau sera à nouveau le principe de ce film majeur que sera Les Voleurs (1996), agencement de trajectoires individuelles en fonction des exigences, admises ou refusées, de ce qui est sensé définir chacun - question centrale de la vie réelle, individuelle et collective, question de cinéma aussi, de définition des personnages et de la narration. Question posée par la mise en scène plus encore que par le scénario : pour mieux faire de ses films des espaces d'expérimentation autour de ces enjeux, Téchiné a par exemple inventé une méthode de tournage à deux caméras, qui construit un espace critique supplémentaire en même temps que de nouvelles conditions de jeu pour les acteurs.

Les Voleurs, 1996, André Téchiné, coll CF ©StudioCanalDes films "en réseau"

Il est frappant de constater combien le cinéma d'André Téchiné, dans sa grande ambition, est comme sans cesse sommé d'afficher des signes de changement pour lui permettre de poursuivre. La "petite forme" des Roseaux sauvages est à vrai dire en parfaite cohérence avec des films plus amples tournés avant et après, ce signe extérieur de différence offre au cinéaste un nouveau soutien, qu'il investit dans le complexe Les Voleurs, qui reste mal compris, puis dans le très courageux Alice et Martin (1998), scénario admirable mais film qui connaît des vacillements dans sa réalisation et son interprétation. Son échec sera l'occasion d'un véritable règlement de comptes de l'industrie contre ce bizarre oiseau qui s'avisait de mener les plus audacieuses expérimentations artistiques avec les moyens du cinéma le plus grand public et le soutien des plus grandes vedettes. Il faudra, avec le soutien du producteur Saïd Ben Saïd, inventer le rebond - rebond dramaturgique, mais aussi stylistique, technique et économique - de Loin (2001), où Téchiné repart du Maroc pour reformuler son interrogation sur ce qui fonde une personnalité au sein du réseau des définitions "identitaires" (par l'origine territoriale ou culturelle, par la définition sexuelle ou sociale, etc.), puis pour reconstruire la possibilité des Egarés (2003), reconstitution historique élaborée autour d'une vedette (Emmanuelle Béart) qui remet en jeu le même questionnement. Retrouvant Tanger et Catherine Deneuve et, cette fois, Gérard Depardieu dans un de ses rares grands rôles des années 2000, Les temps qui changent (2004) renoue avec le film collectif, en croisant de manière très émouvante les enjeux dramatiques mobilisés par tous les films de la décennie qui précède, sous l'éclairage différent de l'écoulement du temps, de la mise en tension à la fois par l'actualité et par les mémoires individuelles qui continuent de hanter de leurs espoirs et de leur regrets cette actualité. Les Témoins (2007) est un autre film "en réseau", où la circulation des affects entre les cinq personnages principaux dessine dans le contexte historique de l'apparition du sida et des débuts de la lutte contre la maladie, une nouvelle arène pour le combat mythique de la vie et de la mort, combat avec lequel le cinéma, trace de la vie et suaire lumineux de l'inexorable passage du temps, a plus naturellement partie liée qu'aucun autre moyen d'expression. Ce combat qu'André Téchiné n'aura cessé de mettre en scène dans toute sa violence paradoxale, puisque les deux adversaires y sont aussi fondamentalement nécessaires l'un à l'autre qu'ennemis irréductibles.

Jean-Michel Frodon

 



ACHAT EN LIGNE FERME
France - 1985 - 84' - SALLE GEORGES FRANJU - Vidéo
En présence de Jacques Nolot, scénariste et acteur
ACHAT EN LIGNE FERME
LES ROSEAUX SAUVAGES - ANDRE TECHINE
France - 1994 - 110' - SALLE HENRI LANGLOIS - 35mm
En présence d’André Téchiné et de l’acteur Gaël Morel
ACHAT EN LIGNE FERME
LES VOLEURS - ANDRE TECHINE
France - 1996 - 117' - SALLE HENRI LANGLOIS - 35mm
En présence de Gilles Taurand, scénariste
ACHAT EN LIGNE FERME
LES SOEURS BRONTE - ANDRE TECHINE
France - 1979 - 115' - SALLE GEORGES FRANJU - 35mm
En présence de Pascal Bonitzer, scénariste
ACHAT EN LIGNE FERME
J'EMBRASSE PAS - ANDRE TECHINE
France, Italie - 1991 - 115' - SALLE GEORGES FRANJU - 35mm
ACHAT EN LIGNE FERME
France - 1985 - 84' - SALLE GEORGES FRANJU - Vidéo
En présence de Jacques Nolot, scénariste et acteur

Sur le site de la Cinémathèque

Télécharger le guide de la rétrospective
(PDF 532 Ko)
Biographie / filmographie / bibliographie d'André Téchiné
sur Cinéressources
Présentation de la rétrospective
sur le blog de Serge Toubiana
   

Sur le web

Présentation de la rétrospective André Téchiné
sur Critikat.com
 Interview vidéo d'André Téchiné
sur le site de Canal Plus
   
   

 

 

En partenariat avec France Culture, Télérama, Fluctuat.net, TéléObsParis

France Culture Télérama Fluctuat.net TéléObsParis

Remerciements :
UGC, Ina, StudioCanal, Gaumont, MK2, Tamasa, Gemini Films, Dovidis, Regina Schlagnitweit, Association Ad Kamera.

 


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Programmation et calendrier

Mercredi 10 Février 2010

14h30LE GARCON AUX CHEVEUX VERTS
JOSEPH LOSEY
HL
17h00Jim Carrey
LES DESASTREUSES AVENTURES DES ORPHELINS BAUDELAIRE
BRAD SIBERLING
HL
19h15Andrzej Wajda
CENDRES ET DIAMANT
ANDRZEJ WAJDA
HL
19h30L'ACROBATE
JEAN-DANIEL POLLET
GF
20h30LE GRAND ELAN
CHRISTIAN-JAQUE
JE
21h15Andrzej Wajda
GENERATION (UNE FILLE A PARLE)
ANDRZEJ WAJDA
HL
21h30Jim Carrey
YES MAN
PEYTON REED
GF

Jeudi 11 Février 2010

14h30Andrzej Wajda
PAYSAGE APRES LA BATAILLE
ANDRZEJ WAJDA
HL
17h00ESPIONS SUR LA TAMISE (LE MINISTERE DE LA PEUR)
FRITZ LANG
HL
19h00Andrzej Wajda
LE BOIS DE BOULEAUX
ANDRZEJ WAJDA
HL
19h30Jim Carrey
LA DERNIERE CIBLE
BUDDY VAN HORN
GF
20h30PROGRAMME 139: LES BONNES MANIERESJE
21h00Andrzej Wajda
LES DEMOISELLES DE WILKO
ANDRZEJ WAJDA
HL
21h30Jim Carrey
MENTEUR, MENTEUR
TOM SHADYAC
GF
Votre programmation personnelle
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Décembre 2009 - Février 2010