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GEORGES ROUQUIER

Du 18 au 30 novembre
Auteur de plusieurs documentaires et de quelques fictions, Georges Rouquier est un précurseur du cinéma direct, auteur des célèbres Farrebique (1947) et Biquefarre (1983), chroniques d’une famille paysanne.
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FARREBIQUE - GEORGES ROUQUIER
France - 1946 - 90' - SALLE HENRI LANGLOIS - 35mm
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LOURDES ET SES MIRACLES - GEORGES ROUQUIER
France - 1955 - 85' - SALLE JEAN EPSTEIN - 35mm
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JEFF - JEAN HERMAN
France - 1968 - 92' - SALLE JEAN EPSTEIN - 35mm
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France - 97' - SALLE GEORGES FRANJU - 35mm
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BIQUEFARRE - GEORGES ROUQUIER
France - 1983 - 90' - SALLE GEORGES FRANJU - 35mm

Le cinéaste de la proximité

 

Né en 1909, Georges Rouquier aurait cent ans. Disparu en 1989, auteur d’une poignée de longs métrages parmi lesquels Farrebique et Biquefarre, il s’est affirmé comme un précurseur du cinéma direct. Cette rétrospective dans le cadre du Mois du Film Documentaire est l’occasion de revisiter son oeuvre intégrale.

Au début de Lettre de Sibérie de Chris Marker, la voix profonde de Georges Rouquier énonce : « Je vous écris d’un pays lointain. » Rien n’était plus paradoxal que ces mots dans la bouche de celui qui fut, par excellence, le cinéaste de la proximité. Qu’il s’agisse d’un charron ou d’un pèlerin de Lourdes, d’un manadier de Camargue ou d’un fermier aveyronnais, d’Arthur Honegger ou d’un maréchal-ferrant, Rouquier ne fait jamais un film « sur », mais avec quelqu’un.

Cette proximité, qu’on peut appeler connivence ou empathie, passe par la chaleur singulière du timbre de sa voix, qui accompagne son oeuvre dite « documentaire », depuis Le Tonnelier jusqu’au Maréchal-ferrant. Une proximité qui n’est pas seulement off. Présence d’abord discrète, dans Le Sel de la terre, en journaliste enquêtant sur l’assainissement de la Camargue ; puis synchrone, comme interlocuteur d’Arthur Honegger ; et dans Lourdes et ses miracles, où Rouquier joue le rôle d’un véritable enquêteur.

 

« Farrebique » ou le blason de Rouquier

Le no446 de Je me souviens de Georges Perec annonce : « Je me souviens de Farrebique ». L’écrivain avait dix ans lorsque le film, d’abord refusé puis présenté hors compétition au premier Festival de Cannes en 1946, y reçut le prix de la critique internationale, prélude à une tempête que d’aucuns qualifièrent de « nouvelle bataille d’Hernani ». « C’est toi, Rouquier ? T’as fait un chef-d’oeuvre ! » lui lance Jacques Prévert en sortant d’une projection, tandis que Henri Jeanson éructe : « Démagogie et bouse de vache… Sous prétexte de réalisme, M. Rouquier exhibe une troupe paysanne dans de lamentables exercices de photogénisse… Des critiques décrétèrent que le cinéma pur, c’est ça : de la crotte de Farrebique. » Marcel Carné estime que « Farrebique rend aujourd’hui le même son neuf que rendaient à leur apparition Zéro de conduite et L’Atalante. » Pour Jacques Becker, « le véritable film d’avant-garde de ces dernières années n’est pas Citizen Kane, c’est Farrebique. »

D’avant-garde, Farrebique l’était à plusieurs niveaux. Avant même que Le Silence de la mer (1947) n’apparaisse comme le film-pionnier d’une production hors normes, Rouquier tournait avec une équipe de quatre personnes la vie quotidienne d’une famille de paysans. Commencé en même temps que Rome ville ouverte, Farrebique, deux ans avant La Terre tremble, ouvre la perspective d’un néo-réalisme français et apparaît comme prémonitoire du « cinéma-vérité » qu’illustreront des cinéastes canadiens comme Michel Brault et Pierre Perrault, pour qui Farrebique demeurera un modèle.

En dépit du succès de Farrebique, Rouquier devra attendre six ans (1953) avant de pouvoir tourner un second long métrage, Sang et lumière, coproduction franco-espagnole qui lui convenait peu : son habituelle connivence avec des acteurs non professionnels le prédisposait mal à se mesurer avec des vedettes comme Zsa Zsa Gabor et Daniel Gélin, sur des dialogues de Michel Audiard. Pourtant, avec l’admirable et méconnu S.O.S. Noronha, il prouvera sa faculté à tirer d’une « star » le meilleur d’elle-même, en l’occurrence Jean Marais.

 

Deux autres oeuvres-clé

Entre ces deux longs métrages, deux oeuvres-clé de la « méthode Rouquier » : Arthur Honegger (1954 — 55) et Lourdes et ses miracles (1955). Quand il rencontre Arthur Honegger, le 1er juillet 1954, le compositeur lutte depuis plusieurs années contre la maladie. Un an plus tard, le tournage se déroulera dans son atelier du boulevard de Clichy, quatre mois avant son décès. On ne peut qu’admirer avec quel tact, quelle délicatesse Rouquier mène cet entretien avec un artiste au seuil de la mort, sans jamais dévier de son principe de mise en scène : « Au cinéma on ne surprend pas la vérité, on la recrée. » Avec Lourdes et ses miracles, Rouquier relève le défi de montrer sans parti pris un phénomène socio-religieux d’envergure mondiale, de démêler l’écheveau de l’aveuglement et de la foi, du commerce et de la crédulité, de l’espoir et du scepticisme. Il n’élude rien : le labeur exténuant des brancardiers comme l’étalage des bondieuseries, l’effrayante noria des corps plongés dans les piscines comme le défilé des civières, la prospérité hôtelière et les interminables processions avec leurs chapelets de cantiques.

Si, en digne héritier du muet, son langage est d’abord de construction d’images (« chaque image est un mot »), le son revêt chez lui une importance majeure. « La ligne sonore d’un film, c’est une sorte d’harmonie », m’avait-il dit. Le deuxième volet de Lourdes, « Pèlerinage » (40 minutes sans un mot de commentaire), en est une éclatante démonstration, avec son orchestration de l’enchaînement obsessionnel des cantiques et litanies, graduée par les Ave Maria du carillon de la basilique.

En 1950, au moment de l’apparition de la bande magnétique, Rouquier avait déjà offert un superbe exemple de montage orchestral avec l’ouverture en sons naturels du Sel de la terre, évident hommage au Louisiana story de son maître Flaherty. 8 minutes (1/3 du film) de cris d’oiseaux, galops de chevaux et taureaux, appels de manadiers, bruits d’eau et sifflements de vent, avant d’entendre le raclement d’une pelleteuse qui va amorcer le propos « commandité » (le réaménagement de la Camargue) et introduire la symphonie mécanique.

François Porcile



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FARREBIQUE - GEORGES ROUQUIER
France - 1946 - 90' - SALLE HENRI LANGLOIS - 35mm
Ouverture du Cycle

A lire sur le site de la Bibliothèque du film :

"Le printemps... ça revient toujours !"
Genèse de Farrebique de Georges Rouquier
Par Bernard Bastide
www.bifi.fr/public/ap/article.php?id=324

Compte-rendu : Autour de Farrebique de Georges Rouquier
Dominique Auzel / Séguier , 2009
www.bifi.fr/public/ap/compte_rendu.php?id=411&typ=0

Compte-rendu : Georges Rouquier. Entretien avec François Porcile
Images documentaires, N° 64, 2008
www.bifi.fr/public/ap/compte_rendu.php?id=412&typ=0

 

Programmation et calendrier

Vendredi 30 Juillet 2010

14h30Cycle Tournages
LES RAPACES
ERICH VON STROHEIM
HL
17h00Riccardo Freda
SEPT EPEES POUR LE ROI
RICCARDO FREDA
HL
19h00Akira Kurosawa
LE CHÂTEAU DE L'ARAIGNEE
AKIRA KUROSAWA
HL
19h30Riccardo Freda
LE SPECTRE DU PROFESSEUR HICHCOCK
RICCARDO FREDA
GF
20h30SIRENE
KAREL STKELY
JE
21h15Akira Kurosawa
RASHOMON
AKIRA KUROSAWA
HL
21h30Riccardo Freda
L'OR DES CESARS
RICCARDO FREDA, SABATINO CIUFFINI
GF

Samedi 31 Juillet 2010

14h30Cycle Tournages
SYLVIA SCARLETT
GEORGE CUKOR
GF
15h00Akira Kurosawa
SANJURO
AKIRA KUROSAWA
HL
17h00Riccardo Freda
LA CHARGE DES COSAQUES
RICCARDO FREDA
GF
19h00Riccardo Freda
ROGER LA HONTE
RICCARDO FREDA
HL
19h30Akira Kurosawa
LA SOURCE (BERGMAN) - LA SOURCE
INGMAR BERGMAN
GF
20h30JARDIN DE PIERRE
PARVIZ KIMIAVI
JE
21h00Akira Kurosawa
LA FORTERESSE CACHEE
AKIRA KUROSAWA
HL
21h30Riccardo Freda
TOUTE LA VILLE CHANTE
RICCARDO FREDA
GF
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Juin-juillet 2010