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AKIRA KUROSAWA

Du 23 juin au 1er août 2010
Dans son oeuvre alternent aventures épiques, drames policiers, drames, chroniques sociales. Son art de la mise en scène, son perfectionnisme et son sens du mouvement et du spectaculaire en ont fait un grand maître admiré et parfois imité.
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Akira Kurosawa ou le sens de l’action

Rashômon, le 11e film d’Akira Kurosawa, couronné d’un Lion d’Or à Venise en 1951, puis d’un Oscar du meilleur film étranger l’année suivante, a fait connaître le cinéma japonais en Occident. On y découvre un acteur étonnant, Toshiro Mifune, deux vedettes vite familières (Machiko Kyo et Masayuki Mori), un très grand chef-opérateur Kazuo Miyagawa, au générique des Mizoguchi des années 50, un nom important de la musique de film, Fumio Hayasaka, fidèle collaborateur de Kurosawa et de Mizoguchi, le cinéma japonais ayant toujours été riche en compositeurs talentueux. Avec Rashômon, on prend la mesure de ce dont le cinéma japonais est capable sur le plan de la maîtrise, du savoir-faire, et de l’équation si importante entre industrie (la politique des studios), genres et auteurs. Tout ce que la cinéphilie française a cherché et trouvé dans le cinéma américain des années 50 (les studios, les genres, les auteurs, un cinéma populaire destiné au grand public), y compris la politique des auteurs née de cette triangulation, le cinéma japonais l’offrait déjà de façon unique et exceptionnelle, et a continué de le proposer pendant plusieurs années.

Depuis Rashômon, soixante ans se sont écoulés. Ces années ont permis de connaître à la fois le déroulement de la carrière et de l’oeuvre de Kurosawa. En particulier, l’après Toho, suite à Barberousse en 1965 et la rupture avec Mifune, au cheminement difficile, avant la consécration internationale (Kagemusha, Ran). Ce qu’il a fait avant aussi, pendant les années de guerre et de propagande, de La Légende du grand judo (1943) à Les hommes qui marchent sur la queue du tigre (1945). Ce qu’il a fait ensuite, après la défaite du Japon, sous le contrôle des autorités américaines, de Je ne regrette pas ma jeunesse en 1945, film méconnu sur un scénario de Eijaro Hisaita, important auteur dramatique des années 30, du théâtre de gauche (Mizoguchi l’engagera pour écrire Les Femmes de la nuit en 1948) à Scandale (1950), avec Toshiro Mifune, où tous les éléments de l’oeuvre sont posés (le peintre intègre et l’avocat corrompu, la fange morale et la rédemption). De nos jours, la connaissance du cinéma japonais s’est considérablement amplifiée. Quelle place accorder aujourd’hui à l’oeuvre de Kurosawa au sein du cinéma japonais et du cinéma mondial ?

Finalement, ce qu’on lui a reproché très tôt, son occidentalisation supposée (ses films noirs expressionnistes, comme L’Ange ivre et Chien enragé, ses adaptations de Dostoïevski, Shakespeare, Gorki), est au fond ce qui a permis à l’oeuvre de s’exprimer dans sa profondeur et sa diversité. Car si elle est d’une grande cohérence interne, d’un bout à l’autre, portraits de femmes compris, elle est d’une grande disparité en apparence, selon les genres et les registres des films, de la grande fresque picturale historique (Ran) à la chronique intimiste (Madadayo, 1993). De même, les films contemporains ne se limitent pas à une obligation de circonstance (la période 1945-1950) mais à un goût personnel qu’il imposera contre la volonté du studio (Je vis dans la peur, Les salauds dorment en paix, Entre ciel et terre, tous les trois avec Toshiro Mifune, injustement sous-estimés), créant pour cela sa société de production adossée à la Toho.

L’oeuvre de Kurosawa, composée de multiples facettes, se situe à l’intersection de différents courants de goûts. Ceux qui voient en lui un humaniste (André Bazin notamment) privilégient Vivre, et se retrouveront autour de Barberousse, Dersou Ouzala, Dodes’ Caden, tout en tenant pour divertissement mineur Yojimbo, La Forteresse cachée, Sanjuro. Ceux qui aiment les films de samouraïs et de sabre pourront trouver un peu solennelles les grandes fresques historiques comme Le Château de l’araignée, Kagemusha ou Ran. Il existe plusieurs entrées, plusieurs parcours, plusieurs communautés cinéphiles disparates à se reconnaître au sein de l’oeuvre de Kurosawa, dont certaines peuvent fusionner et d’autres continuer de s’ignorer.

Cette hétérogénéité fondamentale entre la part noble (le peintre et le visionnaire, l’art et le chaos, l’humaniste, les grands écrivains adaptés) et la part populaire, grand public, triviale, carnavalesque, voire grotesque (Mifune en demeure la plus belle expression), continue de rendre son oeuvre vivante.
Cela dit, on peut décloisonner certains parcours, rapprocher par exemple Les salauds dorment en paix (1960) et Sanjuro (1962), critique commune de la corruption du pouvoir, traités sur deux modes et deux périodes différentes, au temps du shogunat (fin de la période féodale) et dans le monde des affaires du Japon contemporain. Il y a beaucoup d’ironie et de malice dans le regard que Kurosawa porte sur le groupe de jeunes de Sanjuro, drapés dans leurs certitudes et pressés de dénoncer les corrompus tout en se trompant sur toute la ligne, ce dont Eastwood se souviendra quand il réalisera Space Cowboys (2000). On peut voir, dans cette confrontation entre le vieux bourru solitaire (Mifune) et les hommes de cour bien nés conscients de leur supériorité, une mise en abîme entre deux générations de cinéastes, celle de la Nouvelle Vague japonaise (Nagisa Oshima et le groupe de Nuit et Brouillard au Japon, 1960) et celle de Kurosawa. Récit de vengeance, à la façon des Bas-fonds new-yorkais de Samuel Fuller, Les salauds dorment en paix dénonce la corruption du monde industriel et la façon dont les valeurs et le code d’honneur des samouraïs (le bushido), qui a irrigué la société civile, est à son tour dévoyé, puisque les fautifs, corrompus, au lieu de se laver de leur honte en se suicidant, exigent de leurs subalternes qu’ils le fassent pour continuer en toute impunité leurs crimes. Double pessimisme, par conséquent. Toute l’oeuvre de Kurosawa, sa personnalité de cinéaste, l’éducation qu’il a reçue de ses parents et maîtres (il faut lire son admirable et passionnante autobiographie) dit combien il a été la parfaite expression de l’ère Meiji (1868-1912) et de l’ère Taisho (1912-1989), avant la militarisation du régime. Au-delà de la rupture officielle avec le monde féodal, scellée par l’ère Meiji (fin du shogunat, restauration du pouvoir impérial), subsiste un profond attachement au monde des samouraïs et à leurs valeurs dont le cinéma de Kurosawa se fait l’écho, sans nostalgie ni fanatisme (rien à voir avec Mishima). Jeune, Kurosawa, grâce à son frère aîné, benshi, découvre le cinéma occidental et la littérature étrangère, fréquente les cercles de gauche, proches du parti communiste, avant, une fois engagé comme assistant à la Toho, d’avoir comme maître Kajiro Yamamoto, qui s’illustrera pendant la guerre dans la plus lourde propagande et sera, après la défaite, un peu convaincant chef du syndicat de la Toho, histoire de faire amende honorable. Kurosawa, conformément à la tradition japonaise, sera toujours fidèle et reconnaissant de ce qu’il lui a appris.

On peut distinguer deux types de comportement ou d’énergie à l’oeuvre chez Kurosawa : le tempérament fougueux, qui a besoin d’être canalisé ou domestiqué (le jeune héros de La Légende du grand judo, l’apprenti samouraï joué par Mifune dans Les Sept samouraïs) et le corps pétrifié, grabataire, avec le héros de Vivre, la figure de l’idiot, du fou, du sage, jusqu’au professeur de Madadayo, sur sa pente intérieure, à l’écart des soubresauts de la guerre. Parfois, Kurosawa inverse la donne, avec le maître fou et l’élève trop sage, converti à son audace (Barberousse), ou le visionnaire intempestif (Je vis dans la peur) qui veut conformer sa famille et le monde à sa seule vision, de façon tyrannique. Le cinéma de Kurosawa aime le sens de l’action et sa valeur (le monde des samouraïs en exprime la teneur) et fait de l’exercice d’un métier (médecin, avocat, professeur) le révélateur moral de la signification de l’existence et l’enjeu de sa perpétuation, la transmission étant heureuse (La Légende du grand judo, Barberousse) ou catastrophique (Ran). C’est dans le monde des arts martiaux que le critique politique se fait plus explicite car ailleurs, la figure du chaos, du cataclysme (bombe atomique comprise), reste une entité abstraite, sauf dans le cadre des guerres de clans qui ont précédé l’ère Edo (Château de l’araignée, Kagemusha, Ran), Kurosawa étant obsédé par l’autodestruction (les guerres civiles), la façon dont le code d’honneur guerrier peut conduire au suicide collectif d’une nation. La Légende du grand judo (1943), en pleine guerre, oppose les adeptes du jiu-jutsu, décrits comme brutaux et sauvages, aux fondateurs du judo, montrés comme sophistiqués et nobles (calligraphie, bouddhisme zen). Préconiser cette orientation, issue des premiers traités d’arts martiaux écrits au Japon début du 17e siècle en période de paix et influencés par la tradition chinoise, et la proposer dans une époque où les valeurs du bushido sont instrumentalisées à des fins brutales et guerrières ne manque pas de sel ni d’audace. Dans Les Sept samouraïs, outre des ronins (samouraïs errants, sans maîtres) qui mettent le talent de leur fonction au service de paysans, ouverture sociale qui ouvrira la voie au film de sabre contestataire (Les Trois samouraïs hors la loi et Goyokin d’Hideo Gosha), Kurosawa montre un combat fratricide contre des semblables, d’autres ronins, pilleurs de villages, indignes des valeurs qu’ils sont supposés transmettre. Ce combat pour des valeurs, Kurosawa l’estime nécessaire, tout en sachant qu’il peut mener au désastre et entraîner l’humanité dans la spirale de sa perte. Ce mélange de confiance et de doute, de vitalisme et de suspension pétrifiée devant le pire entrevu, colore secrètement son oeuvre, lui donne son rythme, sa tonalité singulière. Pour s’être tenu des deux côtés, avoir filmé des deux bords, le cinéma de Kurosawa a regardé ce que peu de cinéastes ont vu.

Découvrir la bibliographie sélective et commentée autour de Akira Kurosawa (PDF, 276 Ko)

Découvrir l'accueil critique des films d'Akira Kurosawa à leur sortie.

Découvrir une sélection d'affiches de films d'Akira Kuroosawa, issues des collections de la Cinémathèque française

 

6 films d'Akira Kurosawa

 

A l'occasion du cycle qui lui est consacré du 23 juin au 1er août 2010, découvrez une présentation du réalisateur Akira Kurosawa, ainsi qu'une sélection de six de ses films par Jean-François Rauger, directeur de la programmation à la Cinémathèque française.

 

Chaque film est présenté sous forme de vidéo d'une à cinq minutes. Il vous suffit de cliquer sur chacune des affiches pour accéder à la vidéo.

Vous retrouverez toutes les vidéos sur la chaine DailyMotion de la Cinémathèque.


Chien enragé

Rashomon

Vivre

Les sept samouraïs

Le château de l'araignée

Ente le ciel et l'enfer

 

 

Dans le cadre du festival Paris Cinéma

En partenariat avec

Remerciements : British Film Institut, Japan Film Foundation, La Cinémathèque de Toulouse, Japan Film Foundation, Kawakita Film Memorial, Academy Film Archive, Maison du Japon Paris, Théatre du Temple, Wild Side, Opening Distribution, Tamasa, Arkeion, Toho, Films sans Frontières, MK2, Warner, Carlotta, Japan Film Foundation, Opening Distribution, Pathé Distribution, Fabrice Arduini, Julie Pierce, Waltraud Loges.


Télécharger le dossier de presse

Présentation du cycle Akira Kurosawa

par Jean-François Rauger - Mardi 27 Juillet 2010


Presentation de la rétrospective consacrée à Akira Kurosawa
envoyé par lacinematheque. - Les dernières bandes annonces en ligne.

A l'occasion de la rétrospective qui lui est consacrée du 23 juin au 1er août 2010, découvrez une introduction à l'œuvre de Akira Kurosawa et une sélection de 5 films du réalisateur par Jean-François Rauger, Directeur de la programmation à la Cinémathèque française.

Durée : 3mn




 

Programmation et calendrier

Vendredi 3 Septembre 2010

14h30QUAND LES TAMBOURS S'ARRÊTERONT
HUGO FREGONESE
HL
17h00Cycle Ernst Lubitsch
JE NE VOUDRAIS PAS ETRE UN HOMME / LA JOYEUSE PRISON
ERNST LUBITSCH
HL
19h00Cycle Ernst Lubitsch
MONTE-CARLO
ERNST LUBITSCH
HL
20h00CINEMA BIS: EXPLOITATION COREENNEGF
20h30L'AVOCAT
GASTON RAVEL
JE
21h00Cycle Ernst Lubitsch
PARADE D'AMOUR
ERNST LUBITSCH
HL

Samedi 4 Septembre 2010

14h30Cycle Ernst Lubitsch
UNE HEURE PRES DE TOI
ERNST LUBITSCH, GEORGE CUKOR
HL
17h00Cycle Ernst Lubitsch
LES YEUX DE LA MOMIE MA
ERNST LUBITSCH
HL
19h00Cycle Ernst Lubitsch
LECTURE: AMITIE - LA DERNIERE RETOUCHE D'ERNST LUBITSCH
GF
19h00Cycle Ernst Lubitsch
BILLET COUPLE LECTURE "AMITIE..." ET PROJECTION "HAUTE PEGRE"
GF
19h15Cycle Catherine Breillat
ROMANCE X
CATHERINE BREILLAT
HL
20h30ARSENAL
ALEXANDRE DOVJENKO
JE
21h15Cycle Ernst Lubitsch
HAUTE PEGRE
ERNST LUBITSCH
HL
21h30Cycle Catherine Breillat
UNE VIEILLE MAITRESSE
CATHERINE BREILLAT
GF
Votre programmation personnelle
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Septembre - novembre 2010