« A Romantic identifies with injustice »
Peter Lorrimer Whitehead, cinéaste anglais, est aussi romancier, éleveur de faucons, éditeur, traducteur des scénarios de Jean-Luc Godard, intime de Syd Barrett, Mick Jagger, Nico ou Nikki de Saint Phalle, et pionnier de la cyber-culture. Son oeuvre brillante et pleine d'une énergie incomparable pulvérise les fausses partitions entre recherche formelle, enregistrement documentaire, cinéma psychédélique, cinéma engagé, cinéma pop, cinéma d'auteur. À l'instar de Jean Epstein et de son Pasteur (1922), Peter Whitehead commence son oeuvre avec un film sur l'histoire des sciences et plus particulièrement de la visibilité, The Perception of Life. Il y acquiert une vision hétéroscopique du réel, qui lui permet de déchaîner les ressources plastiques et rythmiques du cinéma, pour un rendu toujours amoureux, sensuel et musical des phénomènes. Wholly Communion documente une soirée de poésie avec Allen Ginsberg et la Beat Generation au grand complet, Charlie Is my Darling une tournée des Stones en Irlande, Benefit of the Doubt, une tournée militante de Peter Brook, Led Zeppelin un concert au Royal Albert Hall. Avec les chefs d'oeuvre enthousiasmants Pink Floyd London '66-'67, Tonite Let's All Make Love in London, The Fall, Peter Whitehead réalise certains des films les plus novateurs de son temps, l'un des plus riches pourtant en matière d'invention formelle et d'exigence politique. De l'abstraction plastique à l'enregistrement documentaire, de l'investigation psychique à l'affirmation pamphlétaire, de l'essai autobiographique à la démonstration sur les puissances du montage, du travail graphique et texturel à la revendication militante, l'oeuvre de Peter Whitehead accomplit une exceptionnelle synthèse ouverte des différentes dimensions du cinéma d'avant-garde, tendue vers l'explosion sensible et la fusion euphorique avec les phénomènes.
« Nous cherchons quelque chose qui soit si REEL pour nous que nous nous oubliions nous-mêmes et notre solitude, pour une seconde, pour une minute, peut-être pour des années... nous échappons à l'absurde en croyant fermement et délibérément à ces moments de communion avec le monde hors de nous. » (Peter Whitehead, « Je détruis donc je suis », 1967). Une telle quête ne s'entend pas sans sa contrepartie mélancolique, et l'on comprendra en découvrant cette ?uvre magnifique pourquoi Peter Whitehead constitue le modèle du personnage de David Hemmings dans le Blow Up d'Antonioni.