Galerie des donateurs

Depuis 1936, année de sa création, la Cinémathèque française a pour mission de sauver la mémoire du septième art. Producteurs, réalisateurs, acteurs, techniciens, collectionneurs ou simples amateurs n’ont ainsi cessé de lui confier leurs films et documents de toute nature. C’est grâce à la grande générosité de ces donateurs que la Cinémathèque peut s’enorgueillir aujourd’hui de conserver des pièces prestigieuses venant du monde entier, des origines à nos jours.

Aujourd’hui, avec la création d’une Galerie des donateurs, la Cinémathèque française rend hommage à ces mécènes, donateurs et déposants, en exposant ses collections sans cesse renouvelées.

Et pour rendre accessibles à distance ces richesses dans leur diversité, la Cinémathèque crée aussi une Galerie des donateurs en ligne. Les internautes ont ainsi accès à une sélection des objets retenus dans la Galerie des donateurs, un choix en forme « d’aperçu » suggestif, documenté et voué à une initiation aux enjeux historiques, techniques et esthétiques qui font le cinéma.

Une Galerie en ligne qui permet aussi au visiteur de préparer ou de prolonger d’une façon originale sa visite in situ.

Galerie des donateurs Marcel Carné

Grâce à l’achat en 2009 de la collection Marcel Carné de la French Library de Boston (États-Unis), la Cinémathèque française possède aujourd’hui un fonds exceptionnel : plus de 5000 photographies, de nombreux scénarios, ouvrages, lettres et objets. La collection contient également les archives de l’acteur Roland Lesaffre, l’ami fidèle. Cette acquisition a pu être réalisée grâce à des mécènes privés et publics et grâce au soutien du ministère de la Culture et de la Communication.

Une partie de ce fonds est montrée, du 24 octobre 2012 au 27 janvier 2013, dans l’exposition temporaire « Les Enfants du Paradis » et, surtout, dans la nouvelle Galerie des donateurs installée au sein du Musée de la Cinémathèque. La Galerie des donateurs en ligne met en lumière à son tour quelques-uns de ces documents et objets exposés qui composent un « portrait » du cinéaste de Drôle de drame, d’Hôtel du Nord, du Jour se lève

Un choix effectué, ordonné et commenté par Noël Herpe, historien du cinéma français. 

Noël Herpe est maître de conférences à l’université de Paris 8. Auteur de plusieurs ouvrages sur Éric Rohmer, René Clair, Max Ophuls, il a été cocommissaire d’exposition à la Cinémathèque française : « Sacha Guitry, une vie d’artiste » (octobre 2007 - février 2008). Il a aussi publié deux textes autobiographiques : Journal d’un cinéphile (Aléas, 2009) et Journal en ruines (L’Arbalète/Gallimard, 2011).

Marcel Carné ou le Ciné-fils

Avec Jacques Prévert

Le réalisme poétique

Le goût du fantastique

Les Enfants du Paradis

Un cinéaste naturaliste ?

L'île des projets perdus

 

Le temps de Marcel Carné, ce sont par excellence les années 1930. Une période où l'Europe sombre dans la violence, malgré l'utopie fragile que cherche à préserver le Front populaire. Un certain âge d'or du cinéma parlant, mais que hante la pureté perdue de l'art muet. Fin connaisseur de l'art en question (il a écrit des textes lyriques sur Murnau, sur Lang ou sur Sternberg), le jeune Carné arrive à point nommé, pour faire la synthèse de ces aspirations contradictoires. Avec Le Quai des brumes, Le Jour se lève ou Hôtel du Nord, il enferme le désespoir de ses contemporains dans une forme cinématographique déjà vue (et perfectionnée par ses soins) : le Kammerspiel venu d'Allemagne, le populisme issu de Jacques Feyder et de René Clair. Comme si les menaces de l'Histoire ne pouvaient être évoquées que dans un étrange rétroviseur.

Dans les films des années 1940, la mémoire prendra d'autres formes, liées à la tradition médiévale (Les Visiteurs du soir), à l'histoire du théâtre (Les Enfants du paradis) ou même à l'actualité récente (Les Portes de la nuit). Mais Carné restera obstinément fidèle à sa logique muséale, qui consiste à faire du cinéma un mausolée peuplé de regrets. D'où l'intérêt de ses archives professionnelles, conservées aujourd'hui à la Cinémathèque française, après avoir été accueillies par la ville de Boston. Elles renseignent sur les influences qu'il a subies, elles le montrent au travail, ne cessant d'élaborer de nouveaux projets et d'apporter sa touche personnelle aux scénarios écrits par d'autres (même lorsqu'il s'agit de Jacques Prévert). Elles font la part belle aux maquettes de décors, souvent signées Alexandre Trauner et qui constituent l'élément crucial de ses films : parce qu'elles lui permettent de recréer des quartiers entiers, où ses personnages trouvent à la fois un refuge et une prison. On a beaucoup parlé du rôle du Destin chez Carné, de ses différentes apparences et significations. Et s'il n'était jamais qu'un effet de mise en scène, cultivée comme une fin en soi en dehors de tout enjeu politique ou métaphysique ? C'est l'une des hypothèses avancées ici, qui prend appui sur ces archives et leur richesse inédite.


La Cinémathèque française - Générique & crédits