Hommage à Georges Franju

Heureux Henri Langlois, qui, à l’occasion du vingtième anniversaire de la Cinémathèque française, avait pu programmer en trois séances l’intégralité des courts métrages de son ami Georges Franju. C’était le 7 mars 1957 dans la salle de la rue d’Ulm. En cette année 2012, Franju aurait eu 100 ans. Nous aurions voulu commémorer cet anniversaire en programmant une intégrale de ses courts et longs métrages, non seulement pour rendre hommage au co-fondateur de la Cinémathèque, mais aussi, et peut être surtout, pour rendre hommage au grand cinéaste qu’il fut et qu’il demeure. Nous aurions voulu, et cela eut été justice. Mais d’obscures raisons juridiques nous ont obligés à différer ce projet, certains films importants (Thérèse Desqueyroux, Thomas l’Imposteur) ne pouvant être actuellement projetés.
Nous avons néanmoins tenu à marquer ce centenaire par une journée d’hommage, le 16 avril 2012 (Franju était né le 12 avril 1912). Grâce au concours de Gaumont et à celui de Jacques Champreux, nous serons en mesure de projeter plusieurs films en copie neuve (Judex, Mon Chien, Hôtel des Invalides) ou version restaurée (Les Yeux sans visage). Nous présenterons par ailleurs le beau documentaire d’André S. Labarthe (Georges Franju, le visionnaire) qui sera l’occasion d’introduire une table ronde réunissant le réalisateur et plusieurs artistes ayant collaboré avec Franju (parmi lesquels Edith Scob, Jean-Pierre Mocky, Francine Bergé).
Un « Zoom » sur Judex sera mis en ligne sur le site de la Cinémathèque française courant avril. Il permettra d’explorer l’univers fantastique de Georges Franju qui, en 1963 adapte Judex en se souvenant de la magie du cinéma muet. Le visiteur sera convié à la découverte de ce film et du monde insolite du cinéaste, grâce à des extraits de films, dessins, photographies, archives, costumes et surtout les étonnants masques d’oiseaux de la scène du bal qui sont conservés dans nos collections.
A l’occasion de l’hommage rendu à Franju en 1957, Langlois écrivait à son propos :
« Son œil est vierge.
C’est cette ingénuité de l’œil, jointe à une honnêteté totale qui fait la force de FRANJU.
Il lui suffit de regarder et de capter ce qu’il voit.
Tous les cinéastes interprètent, lui, se contente de déshabiller l’objet, de le décrasser du vernis de l’habitude et de nous le révéler.
C’est ainsi que, révolutionnaire malgré lui, pamphlétaire sans le savoir, d’une réalité qu’il s’efforce, en toute naïveté, à restituer dans son objectivité, Georges FRANJU se promène avec la grandeur du garnement du Conte d’Andersen qui voyait bien que le Roi était nu, et ne se gênait pas pour le dire.
C’est pourquoi il est le seul réalisateur insolite de ce temps. »
« Réalisateur insolite », « révolutionnaire malgré lui », tel demeure Georges Franju aux yeux de la postérité. C’est pourquoi nous continuerons d’œuvrer pour rendre enfin possible la rétrospective intégrale qui, seule, lui rendra pleinement justice.
Joël Daire
• En savoir plus sur la Journée Franju du 16 avril 2012
Les collections de la Cinémathèque française
L’institution créée en 1936 par Henri Langlois avait pour particularité, dès sa naissance, d’accorder autant d’importance au « non-film » (archives, livres, appareils, costumes, affiches, maquettes, etc.) qu’aux films. C’était là, outre la programmation de films, l’originalité de la Cinémathèque française par rapport aux institutions alors existantes. Grâce à cet esprit visionnaire, la Cinémathèque a collecté au fil des ans une importante collection de films, d’archives et d’appareils ; elle a su, par la même occasion, et grâce à ses fonds, influencer d’une façon majeure la muséographie et l’historiographie du cinéma.
La Cinémathèque française se trouve à la tête de l’une des plus belles collections au monde. Nous vous proposons de suivre l'actualité de ces collections, et notamment des enrichissements.
