Joe Hamman, précurseur du western en France
A près de 100 ans, Michèle Brabo, cinéaste, photographe, suffragette des années 20, joueuse de trombone et égérie de Jacques Tati et de Pierre Etaix, vient d’apporter à la Cinémathèque une cinquantaine de dessins de son ami Joe Hamman (1883-1974) acteur, réalisateur, dessinateur et illustrateur français.

Peu de gens savent que des westerns ont été tournés en France à la même époque que les américains, dans les années 10 en Camargue, et que Joe Hamman en fut le protagoniste. Il avait commencé en 1906 en tournant un petit film, Cow-Boy, qui eut un grand succès public. La compagnie Eclipse lui commande alors la série des Arizona Bill. Avec Jean Durand, Gaston Roudès, etc., il tourne de nombreux épisodes comme Les Diables rouges, La Conscience du cheval rouge, La Piste argentée, La Chevauchée infernale… Le succès rencontré est tel qu’il va tourner un nombre impressionnant de films (près de 200) sur ce sujet pour les firmes Lux, Eclipse, Eclair, Pathé.
Mais qui était Joe Hamman ?
Il nait à Paris en 1883, son père d’origine hollandaise est un des meilleurs experts en tableaux et sa grand-mère a été demoiselle de compagnie de l’impératrice Eugénie. Il côtoie dans son enfance de nombreux écrivains (Dumas fils, Maupassant, Feydeau). Il fait ses études à Londres et à Paris à l’Ecole des Beaux-arts. C’est ainsi qu’il deviendra un remarquable aquarelliste en illustrant notamment Balzac, Perrault, Edgar Poe, Le Satyricon, Les Contes de mille et une nuits…
A 21 ans, en voyage d’affaires avec son père aux Etats-Unis, il rencontre son idole William Frederic Cody alias Buffalo Bill. Il chevauche auprès de lui dans les plaines du Nebraska et rencontre les indiens et les cow-boys qui vont exercer sur lui une fascination sans borne. Il s’initie à l’équitation dans un ranch du Montana et durant ce long séjour, le jeune Joe s’introduit dans la réserve des Sioux de Pine Ridge dans le Dakota et rencontre le chef indien Nuage Rouge. Revenu en France, il commence à écrire des scénarios et à dessiner les personnages qui illustrent cet article. Il est à la fois réalisateur, scénariste, acteur, et cascadeur.
Nous ne citons ici que sa période « Far-West » mais il ne s’est pas arrêté là. En 1921, il créé « Les films Joe Hamman ». Sa carrière cinématographique continuera avec Henri Fescourt, Jean de Baroncelli, (Mireille), la série des Ciné-Romans (Rouletabille), etc. Ces dessins de Joe Hamman vont compléter un fond déjà riche en document sur la carrière de ce grand cinéaste. En effet, en 1946, Henri Langlois et Musidora le convient à la Cinémathèque française dans le cadre de la Commission de recherches historiques afin de recueillir ses souvenirs. Son témoignage est précieusement conservé dans les archives ainsi que des affiches, un costume de cow-boy, un scénario manuscrit et de nombreux films dont Pendaison à Jefferson City (1911), Calino veut être cow-boy (1911), Les Monts en flamme (1931), etc.
En 1962, il publie ses souvenirs dans un livre préfacé par Jean Cocteau, Du Far-West à Montmartre, édité par Les Editeurs français réunis. Ce livre, aujourd’hui épuisé, est consultable à la bibliothèque de la Cinémathèque.
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Depuis sa fondation en 1936, la Cinémathèque française a pour mission essentielle la collecte des films et des archives (manuscrits, photographies, affiches, mais aussi costumes, appareils, objets…). Cette chasse aux trésors repose essentiellement sur des dons et des dépôts de particuliers, collectionneurs, cinéastes, producteurs, distributeurs, acteurs, techniciens, etc. Grâce à eux, la Cinémathèque française est devenue l’une des plus grandes archives au monde.
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