Conseil d'administration

Entretien avec Costa-Gavras,
Président de la Cinémathèque française

 

Quels sont vos souvenirs de découverte de la Cinémathèque ?

J'ai découvert le cinéma à la Cinémathèque.

Je venais de Grèce où la censure était alors très violente et où on pouvait ne voir essentiellement que des films d'actions et d'aventures : Randolph Scott et Esther Williams.

En arrivant à Paris je m'étais inscrit à la Sorbonne pour faire une Licence de lettres. Grâce à des amis, j'ai découvert la Cinémathèque de la rue d'Ulm. C'était une petite salle aux sièges en bois qui claquaient lorsqu'on se levait. L'ambiance était jeune, enthousiaste et passionnante. On voyait des films qui n'étaient projetés nulle part ailleurs. Parfois des films russes avec des sous-titres finlandais. Ou encore des films suédois avec des sous-titres japonais.

Pour Henri Langlois l'important c'était de voir les films. Et le plaisir n'était que plus créatif. Le premier film que j'ai vu c'était Les Rapaces d'Erich Von Stroheim. Cela a été pour moi une découverte. Film long, sans happy end, une tragédie comme les grandes tragédies du théâtre antique ou moderne. Cela voulait dire que l'on pouvait faire au cinéma autre chose que ce que je connaissais.

Happé par le plaisir de ce cinéma, je me suis inscrit aussi au cours de filmologie à la Sorbonne. Puis j'ai découvert l'existence de l'IDHEC, école où on apprenait comment faire des films. Je m'y suis précipité.

 

Comment êtes-vous devenu une première fois Président de la Cinémathèque en 1982 ?

Quelques temps après la mort d'Henri Langlois en 1977, on m'avait proposé d'entrer au conseil d'administration de la Cinémathèque, qui était en crise et on cherchait à faire entrer des « jeunes ». J'avais accepté mais le tournage des films aux Etats-Unis avait réduit beaucoup ma participation.

Au début des années 80, Jack Lang, ministre de la Culture, à qui j'avais dit que les pouvoirs publics devaient se ré-intéresser à la Cinémathèque car elle dépérissait et avec elle les films, m'avait proposé de « prendre » la présidence en me promettant toute l'aide nécessaire.

Après hésitation, j'avais accepté.

La situation était mauvaise. L'aide du gouvernement fut massive, mais sous la condition que des représentants de l'Etat supervisent l'économie de la Cinémathèque. Cela avait été accepté sous condition qu'ils n'interviennent pas aux choix du C.A. L'idée d'agrandir la Cinémathèque en multipliant ses fonctions est née. Son déménagement devenait alors indispensable. J'avais proposé Le Louvre où l'architecte Pei construisait le Nouveau Louvre et la Pyramide. Le coût était beaucoup trop élevé et le projet abandonné. Puis j'avais proposé le Palais de Tokyo, que le Ministère avait accepté. Trois salles de projections avaient été construites.

De nombreuses aventures ont suivi après mon départ de la présidence, et le projet du Palais de Tokyo abandonné. Finalement la Cinémathèque a trouvé sa solution à Bercy et on peut s'enorgueillir de ce qui est accompli pendant ces deux premières années.

 

Comment êtes-vous redevenu président de la Cinémathèque ?

Serge Toubiana m'a appelé pour me dire que le Bureau du Conseil d'Administration puis le Conseil unanimement me proposaient la Présidence. J'ai accepté après avoir consulté Claude Berri, vieil ami et producteur de mon film Amen. Claude m'a fortement encouragé. J'ai demandé aussi à Serge de s'assurer que le ministère de la culture ne s'y opposait pas. Je pense que le Président de la Cinémathèque doit pouvoir avoir l'accès au Ministère de la tutelle sans difficulté.

 

Quels sont pour vous aujourd'hui les enjeux de la Cinémathèque ?

La Cinémathèque française est née en 1936 d'une passion. Elle ne peut exister et poursuivre sa raison d'être qu'en y travaillant avec passion. Sa création était une idée généreuse moderne et exemplaire. Tout cela continue de l'être.

Le XXIème siècle commence pour le cinéma avec une révolution dont nous ne pouvons encore qu'entrevoir les bouleversements qu'elle causera. Le rôle de la Cinémathèque est d'être novateur et exemplaire. Les bases pour cela sont jetées depuis son déménagement à Bercy. Ses missions - acquérir, restaurer, conserver tout ce qui concerne le cinéma pour montrer, enseigner, réfléchir, faire réfléchir sur le cinéma sur son passé et son avenir - sont en marche. Le projet est de les amplifier, de les approfondir aussi.

Langlois avait dès la création confondu les notions de cinémathèque et musée. La finalité de la Cinémathèque est de devenir un grand musée du cinéma, la maison des cinéastes et des cinéphiles. La cinéphilie, phénomène en France et répandue dans le monde, doit rester un but à amplifier. Mais nous devons aller plus loin, beaucoup plus loin, nous ouvrir à d'autres publics et surtout aux plus jeunes qui sont aujourd'hui envahis par des images. La Cinémathèque doit être le lieu où l'on apprend à choisir par la découverte du cinéma, par l'apprentissage du cinéma, par le plaisir du cinéma.

 


Programmation et calendrier

Vendredi 3 Septembre 2010

14h30QUAND LES TAMBOURS S'ARRÊTERONT
HUGO FREGONESE
HL
17h00Cycle Ernst Lubitsch
JE NE VOUDRAIS PAS ETRE UN HOMME / LA JOYEUSE PRISON
ERNST LUBITSCH
HL
19h00Cycle Ernst Lubitsch
MONTE-CARLO
ERNST LUBITSCH
HL
20h00CINEMA BIS: EXPLOITATION COREENNEGF
20h30L'AVOCAT
GASTON RAVEL
JE
21h00Cycle Ernst Lubitsch
PARADE D'AMOUR
ERNST LUBITSCH
HL

Samedi 4 Septembre 2010

14h30Cycle Ernst Lubitsch
UNE HEURE PRES DE TOI
ERNST LUBITSCH, GEORGE CUKOR
HL
17h00Cycle Ernst Lubitsch
LES YEUX DE LA MOMIE MA
ERNST LUBITSCH
HL
19h00Cycle Ernst Lubitsch
LECTURE: AMITIE - LA DERNIERE RETOUCHE D'ERNST LUBITSCH
GF
19h00Cycle Ernst Lubitsch
BILLET COUPLE LECTURE "AMITIE..." ET PROJECTION "HAUTE PEGRE"
GF
19h15Cycle Catherine Breillat
ROMANCE X
CATHERINE BREILLAT
HL
20h30ARSENAL
ALEXANDRE DOVJENKO
JE
21h15Cycle Ernst Lubitsch
HAUTE PEGRE
ERNST LUBITSCH
HL
21h30Cycle Catherine Breillat
UNE VIEILLE MAITRESSE
CATHERINE BREILLAT
GF
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Septembre - novembre 2010