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Les revues de presse de la Bibliothèque du film permettent de dresser un panorama synthétique de l'accueil fait à chaque film au moment de sa première sortie, mais aussi d'en proposer une sélection de citations marquantes.
Trafic (1971)
Après l'échec commercial de PlayTime (1964), la presse accueille assez favorablement le cinquième film de Jacques Tati, Trafic. Si, dans les colonnes du Canard enchaîné, Michel Duran se montre « satisfait par » ces nouvelles aventures de M. Hulot, Louis Chauvet retrouve avec plaisir, pour Le Figaro, une « atmosphère poétique (...) un peu hors du monde ».
Méticuleuse, perfectionniste, la critique rivalise d'adjectifs pour qualifier la mise en scène. « Dire qu'on lui reproche de traîner trop longtemps sur ses films » s'étonne Claude Sarraute dans Le Monde, « on a l'air d'oublier que ce n'est pas de l'usage, c'est de l'artisanat, de l'ébénisterie ». Signant une critique en demi-teinte, Guy Silva reconnaît toutefois, dans L'Humanité, le « souci du détail » et la grande « minutie » du cinéaste. Si Tati « travaille si lentement », explique l'actrice Maria Kimberly à Marie Casson de Télérama, c'est qu'il « procède comme un peintre, par petites touches ». La bande-son et la photographie sont particulièrement appréciées. Dans Le Figaro littéraire, « la parole humaine (...) enregistrée au même titre que les autres bruits ou les autres musiques, sans être privilégiée » suscite l'admiration de Claude Mauriac. Henry Chapier, qui décèle « de la beauté dans les spectacles des voitures défilant sur une autoroute », célèbre dans Combat une image « superbe ».
Une fois de plus avec Tati, le rire est au rendez-vous. « C'est très drôle », note Monique Fleury qui promet aux lecteurs de France Soir « un vrai jour de fête ». « A propos de PlayTime et de Trafic » rappelle Guy Teisseire pour L'Aurore, « Tati a parlé d'une démocratisation du gag. Jamais expression ne fut plus heureuse. Car si Trafic fait rire, ce n'est pas le fait d'Hulot mais bien celui des autres : (...) vous et moi, qui sommes des gagmen sans le savoir ». Et Jean de Baroncelli de dénombrer, dans Le Monde, une profusion de « gags (...) parfois si discrets, que certains risquent de passer inaperçus ».
La distribution intrigue la critique. Si pour Jean Rochereau de La Croix, la silhouette de M. Hulot semble perdre en épaisseur au profit d' « interprètes amateurs », Henry Chapier se plaît à découvrir la compagne d'Hulot, jouée par une Maria Kimberly « irrésistible », offrant à Trafic une « interprétation », une « voix » et un « accent (...) inimitables ». « Et l'homme. Où est le M. Hulot de jadis ? » s'interroge Jacques Flurer dans Paris Jour avant de répondre : « Il est encore là, mais a un peu perdu de sa fraîcheur d'âme ».
Le principal grief porte essentiellement sur le rythme, « vers le dernier tiers, l'inspiration du film s'essouffle » note Etienne Fuzellier dans L'Education. Comparant Trafic à Week-end de Jean-Luc Godard (1967), certains critiques égratignent sévèrement le message de Tati. « De film en film » note François Gault pour Le Coopérateur de France, « l'humour de Tati ne s'est jamais révélé corrosif. Cette fois, il ne s'attaque pas à la civilisation de l'automobile, comme Jean-Luc Godard, par exemple, l'avait fait avec le sanglant Week-end. Il ne manquera pas de censeurs pour lui reprocher de ne pas livrer assaut, de ne pas vilipender, de ne pas dénoncer ». De fait, Michel Capdenac des Lettres françaises se montre irrité par un « chaos automobile vu par Tati » qui « paraît d'une gentillesse (...) à l'eau de rose ». « Encore un Tati qui va foirer » prédit Jean-Francis Held. « Au lieu d'exécuter l'autodrogue », vitupère le journaliste du Nouvel Observateur, « le rire consacre sa rédemption. Au bout du compte, la vague morale qui se dégage de la tôle est si fadasse qu'on a envie de se payer une douzaine d'autos neuves ».

L'Aurore « Jacques Tati est un de ces créateurs privilégiés dont la vocation semble être d'apporter dans un monde froid et cruel la gentillesse du sourire et, par-delà ce sourire, une certaine lueur de l'esprit par quoi il s'affirme un des grands cinéastes de ce temps (...). Quand on a vu Trafic, on ne peut plus descendre dans la rue et regarder avec les mêmes yeux l'embouteillage au coin de la rue. Tout à coup, on s'esclaffe : on a reçu la grâce ! » Guy Teisseire, 17/04/1971
Combat « On reprochera peut-être à Trafic une certaine lenteur de rythme et un désenchantement qui ternit souvent l'efficacité de gags artistement façonnés. Mais c'est bien mal connaître Monsieur Hulot, que de ne pas savoir qu'il préfère cette œuvre sincère et démunie, à une charge de dynamite démagogique. » Henry Chapier, 17/04/1971
Le Coopérateur de France « L'essentiel c'est le rire. Et l'on rit d'un bout à l'autre de Trafic. Sans que jamais Tati ne frôle la vulgarité ou ne cède aux modes. On rit de la façon la plus claire, la plus saine, la plus intelligente qui soit. Chaque séquence est source de dix ou vingt gags. Chaque image même en contient trois ou quatre (...). Et lorsque la comédie s'achève, Tati colle encore ici ou là cent gags pétris d'humour. » François Gault, 08/05/1971
La Croix « Cher Tati ! Que ce soit sur une plage engourdie (Les Vacances), dans une maison (Mon oncle), ou dans une ville (Playtime) super-modernes, sur la route même, à perte de vue macadamisée, il cherche obstinément et trouve cette pâquerette tenace qui témoigne de l'immortelle poésie. » Henry Rabine, 15/04/1971
Le Figaro « L'adepte inconditionnel de M. Hulot est surtout sensible à l'extraordinaire enjouement créé par l'univers de Jacques Tati, à cette gaieté douce, naturelle, ininterrompue, qu'inspire une fine conjonction de traits secondaires, auxquels le gag, lorsqu'il intervient, ne fait qu'ajouter un coup d'éclat. » Louis Chauvet, 16/04/1971
Le Figaro Littéraire « Mais de quel autre terme disposons-nous pour exprimer cette joie secrète, cette exaltation contenue, qui explosent soudain à la surface d'un monde jusque-là fermé sur ses secrets et ignorants des nôtres ? Poésie, drôlerie. Mais aussi satire. En quoi encore Jacques Tati rejoint les plus grands, les ridicules ne sont pas dénoncés. Ils nous sont seulement découverts, et de façon telle que nous nous sentons d'autant moins sévères à leur égard que la démonstration est plus évidente. » Claude Mauriac, 09/07/1971
France Soir « Chaque gag, c'est vous qui en êtes le héros. Et l'on sait que les Français adorent rire d'eux-mêmes. Comme dans tous les films de Jacques Tati, ce sont les détails qui sont merveilleux. Avez-vous déjà regardé la tête des autres conducteurs dans les embouteillages ? Lui, oui. Il nous les montre. » Monique Fleury, 17/04/1971
Le Monde « Le comique de Jacques Tati est fait d'un mélange subtil d'observations narquoises et de trouvailles poétiques. L'auteur avance, un pied dans la réalité et l'autre dans un monde imaginaire qui n'est d'ailleurs que la transposition magique de cette réalité. Ainsi, dans Trafic, glissons-nous constamment de la notation cocasse (...) au délire humoristique (...) et au pur poème visuel. » Jean de Baroncelli, 20/04/1971
Le Canard Enchaîné « Un festival de sourires et des jolies idées, par exemple cette symphonie des lignes tracées sur les routes. Rien à voir avec le Week-end massacreur de Godard, Tati n'est ni méchant ni redresseur de torts. Il note, il sourit. Nous aussi. » Michel Duran, 28/04/1971
L'Education « M. Hulot, après Buster Keaton, Charlot, René Clair et le Godard de Week-end, vient de verser au dossier de L'Homme victime des machines un réquisitoire souriant dont les parts les plus caustiques sont, bien sûr, très supérieures aux notations idylliques qui voudraient les faire ressortir. » Etienne Fuzellier, 06/05/1971
Les Lettres françaises « Au-delà de ces attendrissements mélancoliques, de cette gentillesse désarmée, de cette philosophie de quatre sous qui finalement s'accommode du monde en ne lui opposant que des refus sans agressivité, on aura reconnu l'art raffiné d'un cinéaste qui a le pouvoir, plus que jamais, de nous enchanter par le rire. » Michel Capdenac, 28/04/1971
Paris Jour « Après avoir vu Trafic, on se demande si M. Hulot n'est pas devenu un automate que seul un sens prodigieux du comique anime ? Quoi qu'il en soit, Jacques Tati a réussi un film qui deviendra sans doute un classique du cinéma. » Jacques Flurer, 20/04/1971
Télérama « Trafic est une méditation par le gag sur les rapports de l'homme et de sa voiture, du temps et de l'espace (...). M. Hulot sur les routes, c'est un peu le Petit Prince lâché sur la terre. » Claude-Marie Tremois, 11/04/1971
L'Express « Les Temps modernes de Chaplin affrontaient de plein fouet les problèmes de l'homme dans la société industrielle. Tati, lui, reste l'aimable comptable des petites nostalgies de Monsieur Jadis courant après son temps sans jamais le rattraper. Entêté dans ses convictions, il l'est davantage encore dans ses partis pris esthétiques : c'est le Bresson du cinéma comique. Il refuse, pour ses films, la continuité dramatique, le dialogue, les personnages, la psychologie, les sentiments. Rien d'étonnant qu'ils y perdent du relief, de l'émotion, de la crédibilité. » Pierre Billard, 19/04/1971
L'Humanité « Il faut avouer que l'œuvre est particulièrement réussie techniquement et qu'elle nous vaut quelques instants de franche hilarité - au moins si l'on s'en tient aux apparences. A déguster, mais non à approfondir. » François Maurin, 27/04/1971
Le Nouvel Observateur « C'est drôle, dont acte. Mais au lieu d'exécuter l'autodrogue, merveilleux jouet détourné de ses fins, le rire consacre sa rédemption. Au bout du compte, la vague morale qui se dégage de la tôle est si fadasse qu'on a envie de se payer une douzaine d'autos neuves (...). Si par hasard Trafic se révèle un film à succès, il ne le devra sûrement pas à son pouvoir critique, qui est fort mou. » Jean-Francis Held, 19/04/1971
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