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Les revues de presse de la Bibliothèque du film permettent de dresser un panorama synthétique de l'accueil fait à chaque film au moment de sa première sortie, mais aussi d'en proposer une sélection de citations marquantes.
Playtime (1967)
Dix ans après le succès triomphal de Mon Oncle, le quatrième long métrage de Jacques Tati PlayTime, une production digne des grands studios hollywoodiens tant par l'argent investi que le temps passé, divise la critique.
« Chef-d'œuvre du rire » (France Soir), « chef-d'œuvre d'ironie souriante » (Le Populaire), « L'esprit de finesse » (Le Nouvel Observateur) : autant de titres évocateurs d'une admiration certaine. Louant « le génie à l'état pur », Claude Mauriac célèbre dans Le Figaro littéraire la « réussite ... complète » d'un film gagné par « la beauté, l'humour » et « la poésie ». « Une fois de plus, son film fait rire » se félicite François Gault dans les colonnes du Coopérateur de France. Avec PlayTime, les tatiphiles sont ici comblés. « Si le comique kafkaïen restait à créer, c'est chose faite » assure Louis Chauvet dans les pages du Figaro. « Cauchemar rose mijoté par Jacques Tati à l'intention de ses contemporains », PlayTime « ne passe pas loin du chef-d'œuvre » signale Samuel Lachize dans L'Humanité. « Admirable », le film apparaît à Paule Sengissen de Télérama, tel un « chef-d'œuvre sans précédent qui oblige chaque spectateur à être son propre psychiatre et à réinventer à son tour le comique : rire de sa situation ». Soucieux de ses lecteurs, Jean-Louis Bory, critique au Nouvel Observateur, les incite à ne négliger ni « l'œil », ni « l'oreille », ni « l'intelligence », ni « le cœur », pour profiter pleinement cette œuvre exigeante. « Le comique de Tati est un comique de flânerie. Pour l'apprécier », précise Michel Aubriant dans Candide, « il faut avoir gardé l'esprit badaud ». Atteint de rires compulsifs lors de la projection, Jean Rochereau remercie, pour La Croix, la fougue comique d'un Tati qualifié pour l'occasion de « maître du désordre ». Mais les gags se ne sont pas les seuls vecteurs d'engouement. Et Jean de Baroncelli de saluer, pour Le Monde, une « grande beauté plastique (beauté qui doit beaucoup au talent de l'opérateur Jean Badal, dont on ne cesse d'admirer les images lumineuses) » et une « architecture moderne » qui n'était jamais apparue « sous un jour aussi noble ».
Toutefois, PlayTime n'est pas exempte de reproches. Sous le titre « PlayTime : ambitieux et décevant », Pierre Marcabru fait part de son incompréhension à l'égard d'un film dont le « gigantisme va à l'encontre du naturel de l'auteur ». « Face à cet immense décor », poursuit le critique du Nouveau journal, « il fallait un comique de force, dense et serré, et » non ce « comique de charme, jamais dévastateur, jamais contestant ». À la suite d'Annie Coppermann, qui ne peut cacher sa déception dans Les Echos, devant un PlayTime ennuyeux et bien trop long, Georges Charensol regrette à son tour, dans Les Nouvelles littéraires, « une chute de tension » suscitée par un « manque de rythme » et une « absence d'une composition stricte ». Acerbe, Michel Duran fustige dans Le Canard enchaîné un « film prodigieusement emmerdant », au « rythme » trop « long », trop « lent », où les quelques gags à répétition « auraient leur place accessoirement dans un film où il se passerait quelque chose ». Tout aussi sévère, le chroniqueur de Combat Henri Chapier s'élève contre un Tati « démagogique », unique responsable de cette « allégorie prétentieuse sotte et guère drôle ».

Combat « A quoi bon prendre des gants, s'attendrir sur le souvenir des Vacances de M. Hulot, et ne pas dire à ce faux monument national qu'est M. Jacques Tati que PlayTime est un navet monstrueux ? Dépenser plus d'un milliard pour reconstruire une réalité qui crève les yeux, perdre deux ans de sa vie pour exprimer laborieusement ce que Louis Malle dans Zazie dans le métro ou Godard dans Alphaville font comprendre en cinq ou six plans rapides, c'est non seulement inadmissible, mais encore scandaleux. » Henry Chapier, 18/12/1967
Le Figaro « Le film m'a beaucoup fait rire, m'a ravi par la justesse malicieuse des traits, et m'a beaucoup touché, car Tati n'est pas un amuseur quelconque : il enrobe de poésie les trouvailles burlesques, il feutre la charge (...). L'absurdité du monde que nous vivons, Jacques Tati la démontre mieux que l'ont fait les philosophes de l'absurde. Et c'est tellement plus drôle, en sa compagnie... » Louis Chauvet, 18/12/1967
France Soir « Aboutissement de toute l'œuvre de Tati, PlayTime est surtout l'un des sommets de la création comique au cinéma, Max Linder. Charlot et Buster Keaton compris. C'est, dans l'immédiat, une merveilleuse récréation qu'il ne faut pas manquer. C'est dans l'Histoire du cinéma l'un de ces moments privilégiés qui redonnent au spectateur bonne humeur et confiance. » [S.N.], 19/12/1967
L'Humanité « PlayTime est beaucoup plus grand, plus fort que ces trois films réunis (encore pourtant je garde la nostalgie des Vacances), uniquement parce qu'il est plus complet, plus mûri, plus chaud dans son cynisme. Riez. Mais occupez-vous du reste !... » Samuel Lachize, 20/12/1967
Les Nouvelles littéraires « [Un] film singulier, séduisant, déconcertant et qui, souhaitant dénoncer sans aigreur les excès de l'architecture moderne, nous en révèle souvent la grande beauté. Et ce n'est pas un des moindres paradoxes de PlayTime que de rester essentiellement dans notre mémoire comme un large poème visuel à la gloire des bâtisseurs du Paris de demain. » Georges Charensol, 21/12/1967
Le Monde « Le rire d'abord. PlayTime est un vivier de gags. C'est un film d'une prodigieuse richesse d'inventions et qu'il faudrait revoir plusieurs fois avant d'en déceler tous les trésors. Cela, on ne peut l'oublier, quelles que soient les réserves formulées par la suite. » Jean de Baroncelli, 22/12/1967
Le Nouveau journal « Je crois que c'était faire trop confiance à la faculté d'attention d'un public qui, dans un tel décor, et sur une durée de deux heures trente, a besoin d'être secoué, et non point pris dans l'entrelacement de notations fugitives qu'il a le plus grand mal à coordonner. » Pierre Marcabru, 23/12/1967
Le Populaire « On sort de PlayTime plus léger, plus humain, même si le moraliste Tati montre parfois le bout de l'oreille. Mais dans le désert comique français, où seul règne le cocu du boulevard, cette réussite majeure est éminemment sympathique. Merci, Tati, mais essayez de ne pas attendre cinq ans pour le prochain ! » Guy Daussois, 24/12/1967
Candide « Nous sommes pourtant loin des Marx ou de Jerry Lewis, de leur humour agressif et dévastateur. A travers ses démolitions en chaîne, Tati conserve une sorte de bonhomie, et jamais l'amertume n'affleure. C'est dans la lignée de Buster Keaton et des primitifs du burlesque qu'il se situe. Il en a retrouvé la grâce et le bonheur d'expression. » Michel Aubriant, 25/12/1967
La Croix « Comme si Tati, à force de scruter le gigantisme américain, avait fini par céder au vertige, à la contagion du mimétisme. Par sa longueur (2h33), son format (70 mm) et ses insistances pachydermiques sur des gags qui auraient dû fuser comme des bulles, filer comme des fléchettes, sans la moindre retombée carnavalesque, PlayTime est, horreur, un super film très américain. Et l'on s'irrite d'autant plus de ce manque à gagner qu'à une heure près, c'était le triomphe ! Car l'entrée reste bonne et les entrées désopilantes. » Jean Rochereau, 25/12/1967
L'Express « Ce devait être le film le plus drôle de l'année. » Pierre Billard, 25/12/1967
Le Canard enchaîné « Pendant deux heures ce n'est qu'onomatopées, balbutiements, bredouillages, borborygmes et M. Hulot, échassier muet, promène sa tristesse au milieu de cette molle agitation. Oui, réduit à 1500 m, en sauvant ce qu'il ya de bon, ça ferait un petit film acceptable. » Michel Duran, 27/12/1967
Le Nouvel Observateur « Pour rire au film de Jacques Tati, il faut de l'œil, de l'oreille, de l'intelligence et du cœur. Peut-être est-ce beaucoup demander (...). On ne rigole pas avec Tati, on ne se claque pas les cuisses, Tati commet l'impardonnable erreur (toujours aux yeux des grandvadrouillâtres) de ne pas prendre son public pour un conglomérat d'imbéciles. Tati est fin. » Jean-Louis Bory, 27/12/1967
Les Echos « Pour quelques belles images, pour quelques gags d'autant plus drôles qu'ils ne font qu'observer de petits faits vrais, que de longueurs, que de répétitions. L'ensemble dure 2h30. On annonce des coupures. On les voudrait sévères. » Annie Coppermann, 29/12/1967
Télérama « Le génie de Tati - car PlayTime est un film génial - réside en ceci : par touches successives, Jacques Tati décrit le monde dans lequel nous vivons comme atroce ; plus la peinture est désespérée et désespérante, plus nous avançons dans les simagrées d'une fête, symbole d'une civilisation de consommation sans recours et irrémédiablement perdue, plus le film est drôle. Jamais film comique ne m'a donné, avec autant d'intensité, ce sentiment : plus je riais, plus je me rendais compte que je devais pleurer. » Paule Sengissen, 31/12/1967
Le Figaro littéraire « L'image (de Jean Badal) est superbe. Si nette qu'on ne perdrait rien de ce qui a été cadré sur l'immense écran si précisément il n'était trop vaste. Aucun détail n'a été laissé par Tati au hasard. » Claude Mauriac, 01/01/1968
Le Coopérateur de France « C'est bien toute la clé de l'œuvre. Refuser l'ère des robots est une position d'autant plus stérile que cette époque est aussi celle d'extraordinaires découvertes pour l'être humain. L'important consiste à y trouver sa place et à respecter quelques règles du jeu qui font de l'homme un homme (...). Dans cinquante ans, on parlera encore du quatrième film de Jacques Tati, comme on parle encore de ceux de Buster Keaton ou de Charlie Chaplin. Rappelez-vous Les Temps modernes. » François Gault, 06/01/1968
Toutes les références de la revue de presse sont consultables à cette adresse
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