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Accueil critique des films de Tati
 


Les revues de presse de la Bibliothèque du film permettent de dresser un panorama synthétique de l'accueil fait à chaque film au moment de sa première sortie, mais aussi d'en proposer une sélection de citations marquantes.

Mon Oncle (1958)

Sorti simultanément en salle et au festival de Cannes 1958 (Prix spécial du Jury), Mon Oncle, troisième long-métrage de Jacques Tati, reçoit un accueil triomphal. Dans L'Humanité, Jaques Deltour annonce sans ambages la naissance du « plus grand film comique français qui ait jamais été réalisé ». Tout aussi élogieux, Henry Magnan salue dans Combat un « film foisonnant de trouvailles et de richesse d'invention ». L'admiration de la critique se porte aussi sur Jacques Tati, qui apparaît, selon France Soir, comme un « metteur en scène comique d'un talent exceptionnel ».

Avec Mon Oncle, la critique s'empresse d'inscrire Jacques Tati au panthéon du 7ème art. Si son nom se trouve à plusieurs reprises accolé à ceux de Charles Chaplin et René Clair, François Truffaut préfère lui associer celui de Robert Bresson, lui aussi adepte de la « politique du contrôle absolu ». Et le critique de poursuivre dans la revue Arts : « Une œuvre de Bresson ou de Tati est forcément géniale a priori simplement par l'autorité rarissime avec laquelle s'impose de la première image jusqu'au mot fin une volonté unique et absolue, celle qui en principe ordonne, ou devrait ordonner, n'importe quelle œuvre à prétention artistique ».

Le nom de Tati s'immisce aussi dans la littérature. Dans les pages de Carrefour, non content de côtoyer Kafka et Proust, l'auteur de Mon Oncle se voit surnommer par Jean Dutourd « le La Fontaine des salles obscures ». Enfin, dans Le Monde, Roger Régent fait de Tati l'unique représentant du « comique cinématographique » d'un pays qui a vu naître Molière, Labiche, Feydeau et Courteline. André Bazin nuance les propos de ses confrères saluant, dans Le Parisien, la profonde originalité de Tati, ambassadeur d'un « cinéma d'une autre planète, celle de la poésie ».

Autre atout de Mon Oncle : ses prouesses photographiques et sonores. Ravi par tant de minutie, Georges Sadoul rappelle dans Les Lettres françaises qu'« aucun film ne coûta tant de peine et de soins » à son auteur. Avec ce film, Tati fait preuve d'un « sens des valeurs des plans colorés qui sont, en général, l'apanage des peintres », constate Claude Garson dans L'Aurore. Mon Oncle, « c'est du pointillisme », déclare Michel Duran, avant de poursuivre dans le Canard enchaîné : « Jacques Tati s'est servi de la couleur avec un goût rare, et avec une grande ironie aussi ». « Le son », rappelle Georges Charensol dans les Nouvelles littéraires « joue, dans Mon Oncle, un rôle capital ; il forme avec l'image un contrepoint d'une étonnante justesse. Mais ce qui est particulièrement éloquent, ce sont les bruits mécaniques, les bruits de pas », comme ceux de la secrétaire de Mr Arpel, véritable funambule en équilibre sur ses talons aiguilles. Signée Barcellini, Glanzberg et Romans, la musique contribue elle aussi, selon Paule Sengissen de Radio Télévision Cinéma, « à créer le climat poétique du film ».

Mais Mon Oncle triomphe surtout par ses gags : « Pendant deux heures j'ai ri comme un fou », titre Max Favalelli dans Paris Presse. Appréciation similaire dans Libération qui prédit à ses lecteurs un rire continu pendant « dix jours », voire même « un mois ». Et Louis Chauvet, dans les colonnes du Figaro, de porter aux nues des « gags qui se succèdent avec un délicieux génie dans l'exécution comme dans l'orchestration ». Enfin, dans La Croix, Jean Rochereau attribue l'origine de ses éclats de rire à la seule présence de Mr Hulot, « ce mime génial que nous admirons depuis sa première apparition sur l'écran ».

 

L'Aurore
« Il serait utile de situer ce même Jacques Tati dans l'histoire du cinéma. Jacques Tati a, avec Mon Oncle, trois films à son actif. Les deux premiers, Jour de fête et Les Vacances de M. Hulot, connurent un succès mondial et placèrent Jacques Tati parmi les plus grands auteurs de films. Après la vision de Mon Oncle, on peut encore aller plus loin dans l'importance que l'on peut attribuer à M. Jacques Tati. Il est, après Chaplin, le seul cinéaste complet et personnel. »
Claude Garson, 10/05/1958

Le Figaro
« Nous venons de voir Mon Oncle. Le meilleur, le plus suavement spirituel des films de Jacques Tati. Quel rare plaisir il nous offre ! Comme ses trouvailles humoristiques y sont agencées d'une main subtile ! Encore Mon Oncle n'est-il pas seulement un film gai. On y trouve mieux et plus que d'innombrables occasions de rire. On y goûte sans cesse une poésie comique dont l'auteur a véritablement inventé la formule, qui rappelle à la fois Chaplin et Zavattini mais porte la marque d'une irrécusable, d'une infaillible originalité. »
Louis Chauvet, 10/05/1958

France Soir
« Il y a un ton Tati, un style Tati presque indescriptibles. Cela ne ressemble à aucun film comique, sinon peut-être aux bandes muettes de Mack Sennett, mais le son, la parole, la couleur y sont très importants. »
[S.N.], 10/05/1958

L'Humanité
« L'image est calme, simple, sans recherche technique apparente. Et le comique se déroule d'un bout à l'autre comme un immense gag qui ne se terminerait pas. C'est un rire sain qui nous a secoué tout à l'heure, le rire provoqué par la fantaisie que fait naître la maladresse et la poésie... C'est mieux que parfait, et je ne crois pas qu'une seule image du film de Tati soit de trop, qu'un seul gag puisse être qualifié de superflu. »
Jacques Deltour, 10/05/1958

Le Parisien
« Lorsque M. Hulot paraît le monde change imperceptiblement. Quelque subtile efficacité en révèle tout à coup, comme par la même réaction chimique, les ridicules et la poésie, écrits jusqu'alors à l'encre sympathique. Littéralement, nous voyons ce qui, sans lui, nous serait demeuré caché dans l'uniformité des habitudes. Voilà le grand secret de M. Hulot. »
André Bazin, 10/05/1958

Le Monde
« Il est étrange de penser que depuis les débuts de René Clair, qui remontent, ne l'oublions pas, à 1923, aucun autre grand auteur comique ne s'est révélé à l'écran jusqu'à Jacques Tati. Avec le réalisateur de Mon Oncle, nous avons un style, et un style proprement cinématographique. Cela est trop précieux pour que nous ne marquions pas l'apparition de chacun de ses nouveaux films d'un caillou blanc. »
Roger Régent, 11/05/1958

Paris Presse
« C'est bien vrai que j'ai ri comme un fou pendant deux heures, comme je n'avais pas ri depuis ma naissance. Mais Mon Oncle n'est pas seulement un chapelet de gags. C'est bien autre chose. C'est un film qui va beaucoup plus loin. C'est la satire la plus aiguë, la plus incisive que l'on ait faite de notre temps. »
Max Favalelli, 11/05/1958

Combat
« Ce film lentement conçu et réalisé et interprété par un seul homme et dont nous n'avons sans doute pu inventorier en une seule vision les incroyables richesses. Et encore une fois d'en remercier indistinctement tous les auteurs, les techniciens et l'acteur et auteur principal : Jacques Tati qui, c'est le plus beau compliment que je lui puisse faire, me semble assurer, par des cheminements différents (plus sociologiques que psychologiques) la relève de Charlie Chaplin. »
Henry Magnan, 12/05/1958

Libération
« Mon Oncle est un film si gai que dix jours, un mois après l'avoir vu, vous rirez encore, à part vous, du poisson jet d'eau métallique, de la porte de garage électronique, des allées et venues désordonnées des petites gens (...). Parce que, dernier détail, Mon Oncle est sûrement le chef-d'œuvre comique de l'après-guerre. Un chef-d'œuvre quoi ! Comme La Ruée vers l'or. »
[S.N.], 12/05/1958

La Croix
« Les qualités de Mon Oncle sont grandissimes. Tati, observateur minutieux des ridicules contemporains, a fait merveille. On rit beaucoup, on sourit plus souvent encore, on réfléchit - si l'on veut - sur la mélancolie sous-jacente de tant d'inventions burlesques toutes empruntées à la réalité ; on médite, même, sur ce qu'il convient d'appeler le progrès... Tout comme les plus grands auteurs comiques, Tati suscite un rire où perce l'amertume. »
Jean Rochereau, 13/05/1958

Arts
« Je serai désolé que l'on puisse voir de la mesquinerie dans mon propos ; mon exigence est à la mesure de l'admiration que je porte à Tati et à Mon Oncle. C'est parce que son art est si grand que notre adhésion se voudrait totale et c'est au fond parce que son film est trop réussi que nous sommes glacés d'effroi devant ce documentaire de demain. Tati, comme Bresson, invente le cinéma en tournant ; il refuse la structure de tous les autres. »
François Truffaut, 14/05/1958

Le Canard enchaîné
« Il y a des longueurs bien sûr, et l'interprétation n'est pas parfaite, mais cela a peu d'importance. Ce qui est important, c'est que Jacques Tati est le grand homme du cinéma contemporain. »
Michel Duran, 14/05/1958

Carrefour
« Mon Oncle est un film d'une telle richesse qu'il décourage presque le résumé. Quant à critiquer, en ce qui me concerne, j'en suis incapable. J'ai trouvé Mon Oncle admirable de bout en bout, je trouve que c'est la perfection même. Tout m'y a enchanté, de la première image à la dernière. L'art en est si juste que le moindre bruit, le moindre borborygme, le geste le plus fugitif arrachent le rire ou l'admiration. »
Jean Dutourd, 14/05/1958

L'Express
« Succès incontestable et aussi succès mérité, car Mon Oncle est un des films les plus soigneusement et les plus intelligemment fabriqués qu'on ait faits en France depuis longtemps. Un film d'un comique absolument original et qui porte à tout coup. »
Sauvé par les C.R.S., 15/05/1958

France Observateur
« Mon Oncle (...), un film qui a sûrement moins de points communs avec n'importe quelle autre œuvre sur pellicule qu'un opéra chinois avec un vaudeville français. Cela est aussi radicalement original qu'un film martien. Cette étrangeté a une raison d'être : c'est que Mon Oncle est une œuvre aussi individualiste et autonome qu'un roman un poème ou un tableau. »
André Bazin, 15/05/1958

Les Lettres françaises
« Qu'importe ! Ce film n'a besoin ni de brevets ni de décorations. Mais courez très vite le voir et rire... Ce film est fait pour vous, braves gens, hommes de la rue, qui n'avez pas, comme les autres, un frigidaire (un vrai) à la place du cœur, et qui sans mépriser les objets en matière plastique, préférez à la courbe d'un ballon en plexiglass, le frémissement d'un sein sous la parure modeste d'un corsage... »
Georges Sadoul, 15/05/1958

Le Coopérateur de France
« Une chronique deux fois plus longue serait insuffisante pour détailler toutes les richesses de ce chef-d'œuvre à propos duquel la seule réserve valable peut être de présenter une ou deux longueurs. Allez voir Mon Oncle. Pour rire sur-le-champ, et pour rire encore deux ou trois mois après. »
François Gault, 19/05/1958

Les Nouvelles littéraires
« Que Mon Oncle soit un événement considérable, nul, je pense, n'en doute. Il nous confirme que Jacques Tati est capable de nous imposer de la vie sa vision personnelle. On sort de la projection à la fois ravi et inquiet. On a beaucoup ri. Pourtant on se demande si on a eu raison de rire. »
Georges Charensol, 22/05/1958

Radio Cinéma Télévision
« Chef-d'œuvre d'humour, de poésie, de délicatesse, de pudeur, Mon Oncle est, sans conteste, le film le plus achevé de Jacques Tati. Chaque gag en soi est un enchantement. Le montage est proprement génial. »
Paule Sengissen, 25/05/1958