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Accueil critique des films de Tati
 


Les revues de presse de la Bibliothèque du film permettent de dresser un panorama synthétique de l'accueil fait à chaque film au moment de sa première sortie, mais aussi d'en proposer une sélection de citations marquantes.

Les vacances de Monsieur Hulot (1953)

A sa sortie en salles, Monsieur Hulot suscite quelques divergences entre une critique conquise et une autre plus sceptique, voire déçue. De fait, c'est un peu comme si les critiques se retrouvaient face à un tableau brossé par petites touches, admirant chaque trait de pinceau - d'humour, ici - mais ne recevant pas l'œuvre de la même manière au moment de prendre du recul pour l'observer dans son ensemble. « On ne peut pas ne pas penser à un impressionnisme cinématographique », note ainsi Education Nationale, rejoint par Arts qui évoque « une étude de mœurs pointilliste ».

Jean Queval dans Radio Cinéma Télévision donne le ton : « plusieurs malentendus risquent bien de peser sur le sort de ce film ». Combat avance une première explication : « pour tout dire, nous avons trop attendu Tati à son second examen pour ne pas être déçus ». Fort du succès de Jour de Fête, Tati a eu toute liberté pour préparer Monsieur Hulot, « il ne s'est pas pressé et il a pu tourner à loisir son second film », précise Paris Comoedia. « Certains l'attendaient au tournant, Monsieur Jacques Tati. Un succès comme celui de Jour de Fête, cela va bien une fois. Mais on s'arrange pour vous le faire payer », ironise Max Favalelli dans Paris-Presse. Beaucoup succombent à la comparaison : ici, « son personnage est moins typé, plus timide, plus artificiel aussi (...), on ne retrouve pas cette envolée comique, ce souffle quasi épique de Jour de Fête », déplore Franc-Tireur. Le Journal du Dimanche s'interroge de son côté : « d'où vient la curieuse impression d'inachevé qui nous reste ? (...) De la quasi absence de dialogues ? ». C'est essentiellement « l'absence totale de scénario » mentionnée par Claude Mauriac dans Le Figaro Littéraire qui déroute. Libération reproche ainsi à Tati d'être « passé à côté du très grand film (...) parce qu'il a négligé l'intrigue ».

« Non, il n'y a pas d'intrigue » rétorque Paris-Presse, « il n'y a rien si ce n'est mille trouvailles fondées sur la plus fine observation ». Arts coupe court au débat : « Un film n'a pas besoin de sujet si c'est la vie le sujet ». Tati se pose en véritable anthropologue, feuilletant un savoureux carnet de croquis. Monsieur Hulot est un film d'atmosphère, « l'œil de la caméra est à la disposition du spectateur qui doit se raconter s'il le veut son histoire, comme s'il avait son appareil de prises de vues en main », explique le réalisateur dans Arts. « Il y a là comme une insolite discrétion et comme une pudeur » analyse Le Figaro Littéraire.

La vis comica des Vacances, c'est la légèreté des gags, leur subtilité et leur fréquence, les jeux visuels et sonores, mais aussi et surtout le personnage d'Hulot. Tati « crée un héros lunaire, d'une grande humilité, savoure L'Ecole Libératrice. L'Education Nationale émet « des compliments sans réserve pour Monsieur Hulot, ce grand personnage dégingandé, gêné par sa taille, rendu maladroit par sa peur de l'être ». Georges Sadoul dans Les Lettres Françaises se réjouit de la même façon : « Tati se surpasse et se transforme (...). Un chapeau de toile, une pipe jamais allumée, et ce grand corps penché en avant suffisent à caractériser un type fondé sur la maladresse, la timidité, l'humour et une parfaite pudeur dans chacun de ses gestes ».

Une vraie poésie, une vraie tendresse pour ses personnages définissent le style de Tati, « fait de discrétion dans l'invention perpétuelle » pour Arts, « toujours noble et généreux » pour Les Lettres Françaises, proche de la « sympathie humaine » pour Radio Cinéma Télévision. « Jacques Tati est un cas : il est à peu près le seul burlesque français », déclare L'Aurore. Que l'on ne s'étonne donc pas que la critique convoque à maintes reprises les maîtres du genre, de Chaplin à Mack Sennett, d'Harold Lloyd à Max Linder. « Tati est en train de prendre une place de premier plan parmi les poètes de l'écran », affirme L'Ecole Libératrice. Il « offre une orientation nouvelle au cinéma comique français », décrète Le Figaro. Et Radio Cinéma Télévision se montre catégorique : « Vous devez rencontrer Monsieur Hulot. C'est probablement le meilleur film français depuis plusieurs mois, et Tati est le seul bon auteur comique de notre cinéma ».

Le Journal du Dimanche
« Vous avez ri ? Oui. J'ai ri souvent. Que demandez-vous de plus ? De sourire, parfois ».
Michel Aubriant, 18/02/1953

Combat
« Tati allonge désespérément ses séquences, provoque fréquemment le rire, souvent le fou rire, mais ne sait jamais s'arrêter à temps, sombre dans la monotonie ou l'exploitation de l'effet ».
R.-M. Arlaud, 02/03/1953

L'Aurore
« Ce film montre un aspect assez inattendu en 1953 du cinéma français, car il y a longtemps que le vrai comique d'image a été oublié chez nous ».
Claude L.-Garson, 03/03/1953

Le Figaro
« Ce n'est pas un film comme les autres. On le trouve souvent drôle, parfois charmant, sans trop savoir comment le définir ».
Louis Chauvet, 03/03/1953

Franc-Tireur
« Si nous n'avions pas vu Jour de Fête, nous nous divertirions probablement avec plus de laisser-aller aux Vacances de Monsieur Hulot ».
Jean Néry, 03/03/1953

Libération
« Les Vacances de Monsieur Hulot est un film à voir, un vrai film comique renouant avec la tradition, perdue, Max Linder-Mack Sennet-Harry Langdon ».
[S.N.], 03/03/1953

Le Figaro Littéraire
« L'auteur des Vacances de Monsieur Hulot a renoncé à son premier personnage pour en créer un autre, dont la drôlerie, beaucoup plus subtile, apparaît d'abord déconcertante ».
Claude Mauriac, 05/03/1953

Les Lettres Françaises
« Le mérite de Tati est immense parce qu'il évoque Linder sans jamais l'imiter ou le démarquer ».
Georges Sadoul, 05/03/1953

France Soir
« On est à la fois très content et assez déçu ».
André Lang, 06/03/1953

Paris Comoedia
« C'est un tour de force assez extravagant que de faire rire avec de simples remarques, des croquis et des notes ».
Jean Fayard, 10/03/1953

Paris Presse
« Très supérieur à Jour de Fête, Les Vacances de Monsieur Hulot est une manière de chef-d'œuvre ».
Max Favalelli, 11/03/1953

Arts
« Allez donc voir Monsieur Hulot : c'est merveilleux et c'est un film ».
Etienne Lalou, 13/03/1953

La Croix
« Le film est vide comme une saison aux bains de mer : mais quelle richesse d'observation, quelle finesse du trait, quel sens de l'humour... »
Pierre-Jean Guyo, 13/03/1953

Radio Cinéma Télévision
« Le burlesque, la plupart du temps, cède la place à l'observation ».
Jean Queval, 15/03/1953

L'Ecole Libératrice
« Jacques Tati a fait un film qui est, dans les limites qu'il s'est imposées, un grand film ».
Henri Pevel, 24/04/1953

Education Nationale
« Escogriffe ingénu, vêtu de toile blanche et de pudeur candide, Hulot exprime ses chagrins en immobilisant son encombrante carcasse ; et l'on voit alors qu'il descend de Gilles, tel que l'a peint Watteau ».
Henri Michel, 14/05/1953

Toutes les références de la revue de presse sont consultables à cette adresse