
Sacha Guitry aura été, de son vivant, adulé et admiré, puis jalousé et décrié, calomnié. Il connut une traversée du désert, avant d'être réhabilité au milieu des années 50 par un jeune critique, François Truffaut. Avec la Bibliothèque nationale de France, la Cinémathèque organise une grande exposition consacrée à Guitry, dont Noëlle Giret et Noël Herpe sont les commissaires. Ecrivain, auteur de pièces et d'opérettes, comédien, photographe et dessinateur, publicitaire de talent, cinéaste bien sûr, collectionneur, admirateur, Guitry sera revisité, de part en part, sous les facettes multiples de son personnage. Cette exposition - « Sacha Guitry, Une vie d'artiste » - fera revivre une des figures artistiques parmi les plus singulières du XXe siècle.
Serge Toubiana


Dans les années 1890 - 1919, le jeune Guitry est au coeur du cénacle politique, artistique et littéraire le plus brillant. Son premier cercle tutélaire est celui des « monstres sacrés » de la Belle Epoque : cercle dominé par les figures mythiques de Lucien Guitry, père de Sacha, et de Sarah Bernhardt, sa mère spirituelle. Si Lucien est unanimement admiré par les deux pôles du monde théâtral, c'est Renée de Pontry, son épouse et mère de Sacha, qui paraît sur les théâtres d'Art. Face à cette « grande famille », voici le cercle des auteurs - essentiellement dramatiques, dans une avant-guerre de 1914 où le théâtre est le premier des arts. Lucien interprète des auteurs de Boulevard qui ont nom Edmond Rostand ou Henry Bernstein... Mais il fréquente aussi les intellectuels du Mercure de France et de la Revue blanche, foyer d'un dreyfusisme auquel il adhère. Formant avec Jules Renard, Tristan Bernard et Alfred Capus un groupe de quatre « mousquetaires », il offre à son fils, coincé pour l'éternité en classe de sixième, les plus prestigieux professeurs. Grâce aux galeristes Josse et Gaston Bernheim, les Guitry fréquentent peintres et sculpteurs, de Claude Monet à Auguste Rodin... Grâce à sa première femme et Pygmalion Charlotte Lysès, Sacha se rapproche de sa génération, fréquentant Jean Cocteau ou Colette. Mais durant ces années, c'est surtout de ses grands aînés qu'il fixe la mémoire, par la photographie et le dessin - avant d'en faire les héros de son premier film Ceux de chez nous.



À la ville comme à la scène, les Guitry sont toujours en représentation. Cette mise en scène de l'intime passe par le costume. En digne fils de Lucien, Sacha se compose un look très étudié, mariage de décontraction moderne et de distinction XVIIIe ; il pose au Voltaire en veston de velours auprès de ses épouses, véritables icônes de l'élégance parisienne. Les Guitry se ruinent par leur goût commun des belles voitures, des villégiatures et des bonnes tables. En tournée en Angleterre et aux États-Unis, ils sont les ambassadeurs du bon goût français.


Tout au long de sa carrière, Guitry n'a pas cessé de collectionner les « hommes illustres » ? et ce fétichisme s'étend à un réseau d'amitiés politiques qui va de Georges Clemenceau ou Léon Blum à Philippe Pétain. Il est en effet moins sensible aux aléas de l'Histoire qu'à l'aura de telle ou telle figure... Pour lui, le grand homme est toujours plus ou moins un artiste, et cet artiste est toujours plus ou moins un acteur. De Ceux de chez nous à Si Paris nous était conté..., il fait défiler les gloires de la France comme autant de comédiens qu'il serait chargé de remettre en scène.
Dans sa défense et illustration d'une continuité française, Guitry transforme son hôtel particulier de l'avenue Élisée-Reclus en une véritable « arche de Noé » ? recueillant tous les vestiges et les prestiges des siècles passés pour les intégrer à sa galerie personnelle. Ainsi, le cercle inaugural des acteurs, famille d'élection dont il n'est jamais tout à fait sorti, se voit in fine sublimé parmi les « grandes figures » dont il a rempli son musée imaginaire. La boucle est alors bouclée : ce musée où s'est replié Sacha Guitry renvoie à la généalogie spectaculaire de sa jeunesse, à sa vision du monde comme théâtre jamais fini.
Noëlle Giret et Noël Herpe
Commissaires de l'exposition Sacha Guitry, une vie d'artiste
Dimanche 14 Mars 2010
| 11h00 | Revoir le cinéma contemporain BELLAMY CLAUDE CHABROL | GF |
| 14h30 | Cycle Tournages LA SIRENE DES TROPIQUES HENRI ETIEVANT, JOSEF VON STERNBERG, MARIO NALPAS | GF |
| 15h00 | PHILIDOR ET LES LANTERNES MAGIQUES COMPLET. Une séance supplémentaire a été rajoutée le 18 avril. | HL |
| 17h30 | Andrzej Wajda KATYN ANDRZEJ WAJDA | HL |
| 19h30 | Alberto Moravia, l'anticonformiste LA FRECCIA NEL FIANCO ALBERTO LATTUADA | GF |
| 20h00 | Andrzej Wajda L'HOMME DE FER ANDRZEJ WAJDA | HL |
| 20h30 | LE JOUR DU VIN ET DES ROSES BLAKE EDWARDS | JE |
| 21h30 | Alberto Moravia, l'anticonformiste LES INDIFFERENTS (LES DEUX RIVALES/ DESIRS PERVERS) FRANCESCO MASELLI | GF |
Lundi 15 Mars 2010
| 14h30 | Cycle Tournages NANA (RENOIR) JEAN RENOIR | HL |
| 17h00 | Andrzej Wajda PAYSAGE APRES LA BATAILLE ANDRZEJ WAJDA | GF |
| 19h30 | THE VAN STEPHEN FREARS | HL |
| 20h30 | EN RADE ALBERTO CAVALCANTI | JE |