Comment s'est faite l'acquisition du décor réalisé par Hermann Warm pour le Cabinet du Dr Caligari ?
L.M. et M.d.F. : En 1952, Lotte Eisner retrouve Hermann Warm, le plus important chef décorateur de l'expressionnisme. C'est lui qui a signé d'extraordinaires décors pour Caligari (1919) de Wiene, Les Trois lumières (1921) de Lang, Un amour de Jeanne Ney (1927) de Pabst, La Passion de Jeanne d'Arc (1928) et Vampyr (1932) de Dreyer ; il s'est exilé en Suisse durant la Seconde Guerre mondiale puis, revenu dans son pays, il a continué à travailler à des films. Il est à Munich lorsque Lotte Eisner lui écrit pour lui demander de donner quelques-unes de ses maquettes originales à la Cinémathèque. Les premières nouvelles sont affligeantes : Warm aurait tout perdu, semble-t-il, pendant la guerre. Mais l'espoir renaît : le décorateur se souvient que certaines de ses maquettes sont entreposées à l'est de l'Oder (territoire polonais depuis 1945). Les premiers magnifiques dessins de Caligari, retrouvés par Warm, arrivent (souvent par le courrier diplomatique) à Paris en décembre 1952. Lotte Eisner et Langlois les découvrent, éblouis, et les exposent avenue de Messine.
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En 1955, l'exposition de la Cinémathèque au musée d'Art moderne, 60 ans de cinéma, remporte un grand succès. Beaucoup de dessins allemands y sont exposés. Elle est transférée à Londres en 1956, puis en 1957 à Berlin-Est et en 1958 à Munich. Lotte Eisner supervise les travaux. A Berlin-Est comme à Munich, est exposée la première reconstitution du décor de Caligari (« la place du marché ») construite spécialement par le décorateur original du film, Hermann Warm. Robert Herlth exécute aussi, en réduction, une maquette en volume de la ville du Faust de Murnau. Pour le musée du Cinéma du palais de Chaillot, la Cinémathèque passe de nouveau commande à Hermann Warm, le 18 avril 1970, d'une nouvelle reconstitution du décor de Caligari. Mais l'architecte se montre très réticent. En 1957, à Berlin-Est, pour reconstituer avec ses ouvriers la place du marché de Caligari et son décor tourmenté, il a eu tellement de « grandes difficultés avec les paiements du côté de la Cinémathèque », qu'il n'a vraiment pas envie de recommencer. Lotte Eisner finit pourtant par le convaincre. Warm accepte de recréer « la place du marché avec au premier plan l'entrée de l'hôtel de ville, avec la rue de gauche et de droite, et la maison de Francis », sur une hauteur de trois mètres et sur une surface de 130 m2. Il s'agit donc d'une réduction, puisque le décor original, en 1919, mesurait jusqu'à 5,50 m de hauteur environ.

Le Cabinet du Docteur Caligari, de R. Wiene
Fabriqués en une dizaine de jours durant le mois de novembre 1970, les éléments du décor de Caligari sont expédiés ensuite à Paris et remontés par Warm et son équipe sur le plateau H des studios de Boulogne. La presse est conviée à le voir le 12 décembre 1970. Langlois prévoit de faire passer le public à l'intérieur du décor, afin que le visiteur pénètre au coeur même du dispositif architectural expressionniste. L'idée sera abandonnée lors du montage dans la galerie du palais de Chaillot. En 1997, lors de l'incendie de la toiture du palais de Chaillot, le décor de Caligari est heureusement sauvé (le musée du Cinéma a été entièrement inondé). Démonté et abrité dans les studios de la SFP à Bry-sur-Marne, il a été restauré. C'est la première fois qu'on le remonte depuis 1997.


