Par Matthieu Orléan, commissaire avec Frédéric Strauss de l'exposition
Après une exposition consacrée à la famille Renoir, pensée dans un jeu de confrontation entre la peinture et le cinéma, la Cinémathèque poursuit sa politique innovante en imaginant une exposition (sur/autour/avec) Pedro Almodóvar. Conçue avec la complicité du réalisateur de Tout sur ma mère, à partir d'éléments plastiques (peintures, dessins, affiches, photographies, costumes) et cinématographiques, cette exhibition occupe durant près de quatre mois les 650 m2 du niveau 5 du bâtiment.



Construite comme un labyrinthe sensoriel faite de salles et d'alcôves thématiques, l'exposition a été pensée et scénographiée en vue de véhiculer une impression mêlée d'agitation et de calme. D'un côté, la saturation baroque, la débauche multicolore et musicale. De l'autre, l'univers mental et secret du réalisateur, son goût croissant pour l'épure et le dépouillement émotionnel. Un parcours qui mènera le visiteur de ses idoles exhibées (Marisa Paredes avec ses gants de diva, Victoria Abril serrée dans son costume SM fantastique, Penélope Cruz au visage angélique, Carmen Maura en larmes au téléphone, Antonio Banderas torse nu ou encore le travesti Fabio Mc Namara et ses concerts délirants) à ses idoles cachées (l'honneur de pouvoir présenter, disséminées, des ?uvres d'Henri Matisse, Robert Mapplethorpe, Bruce Weber, Gilbert and Geroge, Joan Miró, Mario Giacomelli, Jean Cocteau, Francis Bacon, revendiqués comme des modèles fondateurs par Almodóvar lui-même). Un parcours en compagnie de sa famille (des dizaines d'inédits liés à son enfance seront montrés pour la première fois : albums, carnets de notes, premiers collages...) au sein d'un pays et d'une ville, Madrid que le metteur en scène ne cesse de photographier. « Je vis avec mon coin de rue. Je descends le prendre en photo tous les jours, parfois inspiré par la lumière, parfois parce que je suis anxieux et presque toujours sans aucune raison apparente. Cette activité occupe mes loisirs, me distrait et me détend. Elle m'inquiète aussi. J'ai l'impression de me trouver au seuil d'une découverte. Mais là n'est pas la raison de mon obsession. Il est vrai que lorsqu'on observe profondément les zones les plus neutres d'une image, on y distingue quantité de mystères invisibles à première vue. », comme l'explique le cinéaste. Son visage dans un miroir ou une vitrine le captive, et l'entraîne à réaliser des clichés où le trouble naît de l'impudeur à se regarder droit dans les yeux : Pedro Almodóvar vu par lui-même, au sein d'une métropole, qui oscille, à cause des cadrages insolites choisis, entre ville réelle et ville fantasmée. Ce dont rend explicitement compte la scénographie. Des trompe-l'?il représentant la capitale espagnole se déploient devant les visiteurs qui découvrent alors une ville géante, stylisée comme un décor.
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Cette exposition sera l'occasion de découvrir l'envers de la Factory madrilène qui entoure l'artiste. Car plus qu'à n'importe qui, c'est à Andy Warhol qu'on a souvent envie de comparer le cinéaste madrilène : tous deux adeptes de la transgression, créateurs d'anti-stars et penseurs aigus de leur temps. On y verra Pedro Almodóvar entouré de ses équipes artistiques, parmi lesquels les célèbres Juan Gatti (qui travaille sur l'univers graphique de ses films depuis La Loi du désir), Jean-Paul Gaultier ou le peintre Dis Berlin qui donnent ses formes excentriques au monde rêvé et piloté par Pedro Almodóvar. Les plasticiens sont ses plus fidèles alliés. Pour le cinéaste devenu aujourd'hui un véritable collectionneur aux choix hors norme, l'esthétique de bazar n'a pas de mal à s'entendre avec l'esthétique surréaliste ou pop : un goût paradoxal pour l'exotisme, les figures religieuses, mais aussi pour des images plus minimales, voire franchement abstraites. Un feu d'artifice de formes et de couleurs qui se prolonge dans les affiches de ses films. L'exposition sera le règne de cette débauche, organisée certes, mais risquée. Un terrain de trafics d'images ultra-contemporaines, qui croiseront sur leur chemin des objets, comme autant de repères forts dans le parcours : une carte de l'Espagne sérigraphiée au sol, un grand lit fait selon le désir du cinéaste, une cabine téléphonique (pour la sensualité de la voix, la douleur de la séparation, sans oublier la référence à la Telefónica où Pedro Almodóvar travailla plusieurs années), un canapé king size pour venir se lover, une machine à écrire sacralisée sur son pilier, des postes de télévision où le public peut s'amuser à zapper, sans oublier d'immenses fauteuils en carton créés par Franck O. Gehry et qui apparaissent au détour d'une scène dans Attache-moi !.
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Au final, l'exposition propose d'aller encore plus profond dans la connaissance du sujet en permettant au visiteur de découvrir des micro-films où Pedro Almodóvar parle de son travail et s'exprime/s'explique sur quelques sujets capitaux (à la fois sur un mode personnel et esthétique). Ces clips vidéo de courte durée, au format épuré (représentant son visage en gros plan) scandent la visite de l'exposition en venant s'inviter, à rythme régulier, sur tous les écrans de l'exposition. Ces entretiens, tels des cartels en 3D, guident le visiteur dans son parcours, et lui donnent des clefs pour appréhender l'?uvre multéïforme du réalisateur. Ni Big Brother. Ni paternaliste. Un mélange de don et d'auto-dérision, de poésie et d'anecdotes, autour de quelques mots clefs ou motifs qui font de cette exposition un labyrinthe en devenir. Et comme le dit le titre du dernier film d'Almodóvar présenté, sous forme d'extrait, à la toute fin de l'exposition : Volver. Revenir.
Le catalogue de l'exposition
¡ Almodóvar : Exhibition !
Juan Gatti, Catherine Millet, Matthieu Orléan, Frédéric Strauss, Antonio Tabucchi, Serge Toubiana
Ce livre d'artiste, fait en étroite collaboration avec Pedro Almodóvar lui-même, se veut l'équivalent esthétique des films de l'enfant terrible du cinéma ibérique : provocant, iconoclaste, nostalgique, flamboyant.
Editions du Panama / La Cinémathèque française150 pages - Prix : 59 €
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Du 19 octobre 2011 au 29 janvier 2012
L’exposition sur Metropolis de Fritz Lang , l’un des films les plus célèbres de l’histoire du cinéma , a été conçue en 2009 par la Deutsche Kinemathek de Berlin. Kristina Jaspers et Peter Mänz en sont les commissaires . La version proposée par La Cinémathèque française est enrichie de quelques pièces inédites provenant de ses collections.








