Accueil critique des films de Andrzej Wajda
Korczak / Korczak

L’Arche
« La démarche de Wajda est sincère et authentique. Mais il n’en reste pas moins que Korczak, le film, est une œuvre polonaise conçue par un Polonais pour des Polonais. D’où notre sentiment, en voyant ce film, de ne pas nous y retrouver, notre sentiment que chaque détail, là, est véridique mais que, dans le même temps, l’ensemble sonne archi-faux. C’est qu’on ne peut imaginer le ghetto de Varsovie. Comme on ne peut imaginer Auschwitz. Mettre ça en images. Il faudrait, pour ce faire, être à même de voir les choses du point de vue de morts. Cette idée, Claude Lanzmann l’a dite une fois pour toutes. »
Henry Raczymow, 01/02/1991
Le Canard enchaîné
« L’allégorie finale (…) est révoltante (…). Elle gâche un film que rien n’autorisait à achever ainsi. »
Jean-Paul Grousset, 09/01/1991
La Croix
« Le cinéaste ne donne pas l’impression d’avoir bricolé l’histoire. Tout au plus (est-ce par prudence ?) a-t-il trop bien dosé les attitudes des Polonais donnant un même poids à des réactions totalement opposées (…). Lorsqu’il procède ainsi par contrastes, A. Wajda opère parfois jusqu’à créer un vrai malaise. Pour mettre en valeur le sacrifice du docteur Korczak et de ses fidèles, il oppose leur dévouement à l’opulence de trafiquants juifs, traitant avec les nazis, flambant une monnaie de dupes dans des beuveries dérisoires et désespérées. Pareille vision d’une descente aux enfers était-elle utile ? »
Philippe Royer, 12/01/1991
Le Dauphiné libéré
« Dans un superbe noir et blanc, et servi par un interprète admirable, Wajda trace le portait d’un héros pour notre temps, d’un de ces hommes qui, par leurs idées et leur action, transcendent l’histoire et rachètent de leur sacrifice la sauvage folie humaine. »
[S.N.], 09/01/1991
La Dépêche du Midi
« Filmé en noir et blanc, avec cette pesanteur didactique qui est celle de Wajda, Korczak échappe pourtant à la grandiloquence outrancière qui a été, dans ses derniers films, celle du réalisateur polonais. Pour Korczak, il a choisi une certaine rigueur, serrant au plus près le personnage du médecin juif et des compagnons qui l’ont aidé. »
Viviane Nortier, 09/01/1991
Les Echos
« A vrai dire, le film est tout entier centré sur le personnage du bon docteur, interprété sans nuances, comme un saint laïc véritablement… sulpicien, par Wojtek Pszoniak qui, dès lors, irrite autant qu’il émeut. Le film, pourtant prend souvent à la gorge. Mais Wajda, peut-être mal à l’aise, a voulu, bizarrement, après un parti pris de réalisme absolu, finir sur une note allégorique (…). En tout état de cause, pour évoquer Treblinka et ses chambres à gaz, cette fin idyllique paraît pour le moins contestable. Sans elle, le film n’eût sans doute pas suscité ici ou là le même malaise. Dommage dès lors que, sur un tel sujet, Wajda, même sans le vouloir, laisse planer le doute… »
Annie Coppermann, 09/01/1991
L’Événement du jeudi
« Comment expliquer, surtout, la mièvrerie de sa réalisation (…) ? La moindre image de Nuit et brouillard ou des actualités de l’époque est mille fois plus terrifiante que cette vision sulpicienne du ghetto, avec des ralentis que n’oserait même pas Lelouch. »
Dominique Rabourdin, 03/01/1991
L’Express
« Cet épilogue illustre bien le caractère microscopique, parisien de la polémique, le film n’ayant suscité aucune réaction de ce genre dans les autres pays. Le comble est que Wajda a conçu Korczak comme l’œuvre d’un cinéaste engagé, à destination des Polonais, et, particulièrement, de ses ex-amis catholiques de Solidarité, à l’égard desquels il a pris ses distances en compagnie de Bronislaw Geremek, depuis la dérive populiste à relents antisémites de Lech Walesa. »
Eric Conan, 10/01/1991
Le Figaro
« Si discutable qu’on puisse trouver cette fin, il est excessif de crier à l’antisémitisme. Korczak a autre chose à nous faire entendre, et ce serait dommage de passer à côté. »
Marie-Noëlle Tranchant, 09/01/1991
Le Figaroscope
« Le lyrisme, l’émotion de l’œuvre passent par la rigueur, celle du noir et blanc, voulue par le cinéaste (…). Avec Korczak, Wajda signe un beau film, digne et sobre, comme il n’en avait pas fait depuis longtemps. »
Françoise Maupin, 09/01/1991
France Soir
« On n’a pas le sentiment que l’adaptation cinématographique soit à la hauteur de l’événement. Il lui manque cette sorte de tremblement intérieur qui rendrait les images inspirées et bouleversantes. Les séquences se suivent, bien faites, mais avec moins de force singulière que d’esprit de démonstration. »
Maurice Fabre (à Cannes), 12/05/1990
L’Humanité
« Le film irrite. La vision christique du personnage, qui n’est pas pour peu dans l’adhésion vibrante du spectateur, occulte la dimension historique de la reconstitution et l’authenticité évidente de ce qui est montré. Wajda a beau donner les scènes qu’il faut pour éviter l’accusation de manichéisme (…), c’est d’un côté les juifs, de l’autre les nazis. Et la population polonaise non-juive dans tout ça ? Comme dans Danton, mais avec plus de retenue, le cinéaste tire parti d’hier pour parler d’aujourd’hui. Le rapport oppresseur/opprimés, constante de la culture polonaise susceptible de toutes les déclinaisons, est réactivé (…). »
Jean Roy (à Cannes), 12/05/1990
Le Journal du Dimanche
« Korczak est un très beau film qui fait mal, d’une intensité terrible, d’une émotion totale. »
[S.N.], 13/01/1991
Libération
« La société des orphelins, avec ses heurts et malheurs, la famine galopante et ses histoires de cœur, évolue à l’intervalle des mouvements adultes, beaucoup plus forte et charnelle que tout le reste. C’est peut-être la volonté la plus intéressante du film de Wajda que de confondre la stratégie affective si peu innocente des enfants, avec la séduction dont les jeunes acteurs du monde entier savent faire des prodiges instantanés. Voici encore le terrible chantage à l’enfance, mais cette fois-ci délibéré. »
Philippe Vecchi (à Cannes), 12/05/1990
Lyon Matin
« Certes on a reproché à Wajda de ne pas montrer assez les méchants Polonais antisémites mais le sujet du film c’est l’histoire de Korczak et non une thèse sur l’antisémitisme de la Pologne de cette époque. Quant à qualifier d’onirisme répugnant la dernière scène, c’est vouloir nier toute la dimension allégorique de la séquence. Wajda est un artiste, pas un historien. »
M.-J. D., 23/01/1991
Le Monde
« Korczak est-il un bon film ? La réponse est non. L’utilisation artistique du noir et blanc (…) autorise Wajda à inclure dans son film quelques documents d’archives (…), horrible reportage sur les ramassages dans les rues des juifs morts de faim dans la nuit. Et procédé habile qui authentifie tout le reste. Or le reste est une illustration édifiante et bavarde de la vie d’un saint laïque, une suite de saynètes surjouées avec une fausse sobriété ostentatoire, un défilé d’archétypes à intention pédagogique (…). Wojtek Pszoniak (Korczak), qu’on a connu pire, ruisselle de bonté imperturbable, et les enfants sont évidemment émouvants, d’autant qu’on sait ce qui les attend (…). Parce que je respecte, admets, et défends la force des images, j’y vois, moi, un impardonnable mensonge. »
Danièle Heymann, 11/01/1991
Le Nouvel Observateur
« Que penser du dernier film de Wajda sur le ghetto de Varsovie ? Bouleversant. Magnifique. Peut-être un chef d’œuvre. Mérite le grand prix de la Mémoire, que les jurés s’honoreraient de lui attribuer. La polémique ? Je n’y comprends rien (…). Réserves sur la dernière scène ? Aucune. Pourquoi le héros, ce médecin juif, ne serait-il pas un saint ? Depuis quand la sainteté serait-elle réservée à une seule religion ? »
Jean Daniel, 10/01/1991
Le Point
« Sur un tel sujet, atroce, superbe, tout était à craindre, la fresque, le pathos, les frivolités de la reconstitution trop soignée, on en passe… Disons d’emblée que Wajda évite les écueils. D’abord, il élimine le superflu et ne raconte que les dernières années de Korczak, celles où les idées se mesurent au réel le plus abominable. Ensuite il adopte le noir et blanc (…) qui confère à l’œuvre un air d’authenticité (…), et aussi la gravité qui s’imposait. Enfin, il trouve en Wojtek Pszoniak un interprète humble et flamboyant, un homme qui fait le poids face aux enfants, à leur grâce, à leur innocence. »
Marie-Françoise Leclère, 31/12/1990
Le Progrès (Lyon)
« Bon sang quelle abnégation, quelle leçon d’amour. Quel tact enfin de la part d’un cinéaste totalement maître de son art mais d’une remarquable humilité. Un cinéma pas ordinaire, en marge des canons (sans jeu de mot) du moment. »
J.-M. Durand, 25/01/1991
Le Provençal
« Korczak fonctionne comme un mélo jusqu’à ce que son ultime et déjà fameuse dernière scène confirme le sentiment de malaise ressenti auparavant [lors du festival de Cannes 1990] (…). Korczak et six millions de juifs ne sont pas entrés dans l’histoire en folâtrant dans les prés du symbolisme percheron, mais par la porte de la chambre à gaz ! »
J.-M. G., 13/02/1991
Le Quotidien de Paris
« On sent à quel point Wajda tente de réaliser l’hommage du siècle. Il le fait en grandes pompes. Il y met l’encens. Toutefois, l’indifférence profonde du cinéaste polonais donne froid dans le dos. Jamais l’émotion ne passe, ni même les intentions (…). On reste l’œil sec devant les pires détails d’un mélodrame élégamment développé. »
Anne de Gasperi (à Cannes), 12/05/1990
