
EASTWOOD – SPIELBERG – ALTMAN
Récits américains
L’imminente sortie en salle des films de Steven Spielberg (War Horse) et Clint Eastwood (J. Edgar), les deux cinéastes américains d’aujourd’hui les plus hyperactifs, la possibilité de réaliser, en partenariat avec le Festival international du film de Turin, une rétrospective intégrale de l’oeuvre copieuse et désormais achevée de Robert Altman ont rendu quasiment nécessaire la mise en place d’un « trimestre américain ».

En effet, entre décembre et mars, les filmographies de ces trois auteurs qui ont, chacun, contribué à « inventer » le cinéma hollywoodien contemporain, s’entremêleront inextricablement. Les films dialogueront entre eux et trois conceptions, trois manières de raconter les grands et petits récits d’un Hollywood qui a muté plusieurs fois depuis la fin des années 1960, s’affronteront ou, du moins, se regarderont à la Cinémathèque.
Robert Altman, Clint Eastwood, Steven Spielberg ont, des genres cinématographiques traditionnels, proposé une lecture indiscutablement personnelle, soit mélancolique, soit moderne et cynique, soit en quête d’une pureté à retrouver. Et au-delà des genres, ce sont les formes mêmes du cinéma américain et le discours qu’elles ont produit qui feront l’objet d’une interrogation dialectique que ne manquera pas de susciter la programmation conjointe de ces trois oeuvres. Les histoires que racontent les films de Spielberg, Eastwood et Altman s’originent au coeur d’une matrice commune où l’on trouve notamment le mythe de la Frontière, un certain messianisme idéologique, une conception particulière du spectacle et bien d’autres choses.
Le mythe de la Frontière, fondement idéologique du western bien sûr, a subi, à Hollywood, divers avatars depuis un demi-siècle dont chaque cinéaste a proposé une variante. Du constat cruel de l’inconsistance de celui-ci proposé par les films de Robert Altman (John McCabe, Buffalo Bill et les Indiens mais aussi Nashville ou The Long Goodbye / Le Privé) on pourra passer à la vision mélancolique d’un rêve conçu comme un fantôme qui hante l’art populaire américain (Pale Rider, Bronco Billy, Space Cowboys). Sans doute pourra-t-on voir aussi dans la manière dont Spielberg a élargi le thème de la Frontière aux obsessions de la science-fiction et de sa conception de l’Autre, bienveillant (E.T., Rencontre du Troisième Type) mais aussi hostile (War of the Worlds / La Guerre des mondes) une continuation exaltée et authentique de cette mythologie. Il serait par ailleurs sans doute illusoire de ne pas voir que le messianisme au coeur du cinéma d’un Spielberg trouve aussi sa source dans une vision idéologico-religieuse également à l’oeuvre mais d’une manière toutefois différente, dans les films d’un Eastwood (High Plains Drifter / L’Homme des hautes plaines, Pale Rider, Sudden Impact) alors qu’elle est radicalement remise en cause chez Robert Altman.
Trois conceptions de l’Histoire, trois regards sur les récits de l’Amérique, trois rapports au cinéma vont s’opposer.
Jean-François Rauger

RETROSPECTIVES
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| > Clint Eastwood 9 décembre – 12 janvier Il porte un regard personnel sur les grands récits du cinéma américain et sur l’histoire des États-Unis. La quête de l’unité perdue, la communauté, la loi et la morale, les sources de la violence trouvent dans ses films une expression souveraine, entre la réflexion et une forme de mélancolie conservatrice. Tous les aspects du cinéma hollywoodien, du western au film policier, de la science fiction en passant par le mélodrame ou le film de guerre y font l’objet d’une relecture attentive, à la fois empreinte de nostalgie et terriblement contemporaine. |
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> Robert Altman 18 janvier – 3 mars Il fait partie de ces cinéastes qui, à partir des années 1970, ont bouleversé le cinéma hollywoodien. Les genres traditionnels, avec des films comme Le Privé, John McCabe, M*A*S*H*,sont l’objet d’un traitement radical. Il devient un maître du cinéma unanimiste, avec des oeuvres mettant en scène une multitude de personnages (Nashville, Un mariage, Short Cuts), où il laisse libre cours à une vision caustique, parfois misanthrope, de l’humanité. |

CONFÉRENCES
« EASTWOOD, SPIELBERG, ALTMAN : RÉCITS AMÉRICAINS »
« Si l’Histoire est le souci de l’Europe, l’art de raconter des histoires est le génie américain. »
(Serge Daney, Libération, 19-20 septembre 1981)
C’est un fait que l’Amérique est le pays du storytelling et même celui qui sait le mieux, souvent dans l’instant même, raconter et vendre son Histoire : histoires individuelles et collectives, petite histoire et grande Histoire, histoires vraies et légendes, propagande et dénonciation, le cinéma américain a toujours vacillé entre amour de la fiction et désir de vérité.
De nos jours, Steven Spielberg, « l’enchanteur », a travaillé exemplairement dans les années 1980 à reconstruire ce que des cinéastes comme Altman avaient, pierre par pierre, travaillé à démolir dans les seventies : les récits classiques, les genres, le spectacle, toute une mythologie proprement américaine. À lui seul ou presque, Spielberg a fait revivre des mondes perdus quitte à les inventer, mû par un refus impressionnant du temps qui passe et de la perte des êtres chers. Mais le même a aussi traversé des périodes, très fécondes, de profond désenchantement. À l’inverse, Altman n’a peut-être à ce point déconstruit les stéréotypes que pour redonner à d’autres récits enfouis un droit à advenir. Eastwood, quant à lui, n’a cessé d’user du cinéma pour remonter le temps, raconter en chemin toutes les histoires possibles et, idéalement, toutes les réparer (aussi bien les récits intimes que l’histoire politique d’un continent).
Trois cinéastes incarnant à leur tour cette énergie essentielle d’une nation qui construit, déconstruit, reconstruit ses récits fondateurs en une sorte de mouvement perpétuel ; trois cinéastes qui travaillent, chacun à sa façon, à refaire l’histoire de leur pays et à écrire celle du cinéma. Quatre conférences pour essayer de faire ce récit-là.
Bernard Benoliel
Lundi 12 décembre 19h00 HL
CONFÉRENCE DE BERNARD BENOLIEL « CLINT EASTWOOD, LE GRAND “RÉPARATEUR” »
Lundi 16 janvier 19h00 HL
CONFÉRENCE DE PIERRE BERTHOMIEU « SPIELBERG/EASTWOOD : CHRONIQUES DU CHAOS ET DE L’AU-DELA »
Lundi 23 janvier 19h00 GF
CONFÉRENCE de Jean-Sébastien Chauvin « SPIELBERG, 2001-2005 : RÉCITS ABIMÉS, RÉCITS DE L’ABYME ».
Lundi 30 janvier 19h00 HL
CONFÉRENCE DE VINCENT AMIEL « ALTMAN : LE SENS DU SPECTACLE »
Informations pratiques
Fermeture de toutes les activités le mardi
Tarifs Cinéma*:
Plein tarif : 6,5 €
Tarif réduit : 2 5 €
Moins de 18 ans : 3,5 €
Forfait Atout Prix : 4,5 €
Carte CinÉtudiant : 4,5 €
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*hors Cinéma Bis, Ciné-Mix et séances spéciales
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