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Le regard de Bazin

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André Bazin, critique de cinéma né libre et égal aux autres en droit, en 1918 à Angers, est mort prématurément d’une leucémie le 11 novembre 1958, pendant la nuit qui suivit le premier jour de tournage des Quatre cent coups de son protégé François Truffaut. Le film se boucle par l’exposition rhétorique de la mort du mouvement : un arrêt sur image. Co-fondateur d’une revue libre et égale aux autres en droit, les Cahiers du cinéma, Bazin ne put assister à la réussite, à partir du festival de Cannes de mai 1959, des films de ses jeunes amis nés critiques dans la même revue, qui seraient bientôt connus comme s’ils formaient une équipe sous le nom générique de Nouvelle Vague. Il ne put pas non plus discuter de la fortune immense et alors impossible à prédire, dans une histoire des mentalités du cinéma, de la notion de politique des auteurs qu’il avait explicitement combattue dans des batailles intellectuelles avec ses propres amis, au premier rang desquels le bouillant polémiste Truffaut dont il ne partageait absolument pas le style critique agressif ad hominem ni le culte des personnalités.

Notre histoire nationale s’est chargée depuis longtemps de suturer cette coupure historique qui marque pourtant la fin d’une époque et le début d’une autre, afin de rétablir continuité et transparence dans l’Histoire de France. Elle a le plus souvent fait de Bazin, pour le défendre ou pour l’attaquer, un catholique, un essentialiste, un idéaliste, un anti-montagiste, un naïf. Sa théorie du réalisme a pourtant été reconnue et appliquée par le marxisant Barthélemy Amengual et ses intuitions matérialistes sur les formes du devenir cinématographique poussées très loin par le philosophe Gilles Deleuze. L’iconologie bazinienne a fait de lui un saint laïc capable de défendre par-delà sa mort des systèmes ou des films qu’il n’a pu connaître. Son système empirique de pensée était pourtant, bien que soutenu par une idée centrale (le « réalisme ontologique » du cinéma), fondé sur l’analyse des films au cas par cas (« tous les films naissent libres et égaux en droit »), cette casuistique active lui permettant d’admettre, à l’intérieur de sa théorie, le principe profondément politique et dangereusement hérétique de la contradiction sans compromis. Loin des amalgames qui ont longtemps rassemblé sous le prête-nom de Bazin : christianisme, rossellinisme, anti-soviétisme, modernité, classicisme (montage transparent), anti-classicisme (Nouvelle Vague comme sortie de la qualité française), idéalisme, etc., il est temps, tout simplement, en France, de lire André Bazin, de voir et revoir, comme le permet aujourd’hui cette programmation, les films sur lesquels il a fondé ses réflexions. Le temps est venu d’y regarder à deux fois.

Discontinu

De regarder un regard. Avec ses yeux. Avec les nôtres. Regarder non pas ce qui ne nous regarde pas (ça, c’était la télé selon Serge Daney), mais ce qui ne nous regarde plus depuis longtemps : les films tels qu’ils pouvaient être perçus par un critique qui a écrit en France entre 1943 et 1958. Pour cela, il nous faudra être capable d’admettre cette bizarrerie d’époque, merveilleusement datée, c’est-à-dire neuve face à l’académisme du quotidien et du nouveau. Oublier le bazinisme. Ouvrir Bazin. Ouvrir l’œil.

Ce que propose le présent programme, exceptionnellement thématisé, de l’Histoire Permanente du Cinéma, expression d’Henri Langlois (l’envers complice de Bazin, disait encore Daney, qui décrivait leur relation historique objective par un chiasme étrange comme un palindrome : « Langlois : il faut conserver tous les films parce que les films conservent tout : Bazin »), ce sont systématiquement des films que Bazin a pu voir et sur lesquels il a écrit (à l’exception de Hiroshima mon amour et du Mépris : par ailleurs, Les Quatre cent coups peut être vu parallèlement dans une autre programmation de la Cinémathèque).

Cannes 1959 vit aussi naître un grand film de montage poético-politique : Hiroshima mon amour d’Alain Resnais, dont rien ne dit qu’il ne soit pas plus proche des préoccupations de Bazin que celui de Truffaut. L’année qui suivit la parution du quatrième et dernier volume de Qu’est-ce que le cinéma ?, mené à terme par les soins de Jacques Rivette, Jean-Luc Godard dédicaçait très étrangement son film Le Mépris à André Bazin en lui attribuant une phrase de Michel Mourlet savamment modifiée (« Le cinéma, disait André Bazin, substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs »).

Retenons ces deux leçons d’artistes et voyons Bazin ainsi, entre aporie et apocryphe. Aporie à la Resnais-Duras : huiler des raccords impossibles et pourtant réels entre des espaces politiques et amoureux déconnectés sans se préoccuper a priori des grands ou des petits sujets. Apocryphe à la Godard : suspendre provisoirement le sens, des mots et des événements, comme le réclamait le Roland Barthes qui fut le contemporain exact de Bazin, et son collègue à France Observateur, afin d’y réfléchir à deux fois.

Aller à la Cinémathèque avec un livre dans la poche. Aller à l’université avec un ticket de cinéma dans la poche. C’est encore possible.

« Le cinéma est une machine à retrouver le temps pour mieux le perdre. La tragédie spécifiquement cinématographique est celle du Temps deux fois perdu. » Comme dirait l’autre, c’est toujours ça de gagné.

Hervé Joubert-Laurencin

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