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Le cinéma de cape et d’épée

« On peut violer l’Histoire à condition de lui faire de beaux enfants. » (Alexandre Dumas)

Quarante mousquetaires et quelques, une dizaine de D’Artagnan, trois Zorro, des Bossu, des Fanfan la tulipe, des Louis XIV, des Richelieu retors, des méchants tous plus vils les uns que les autres, des anachronismes et des rebondissements comme s’il en pleuvait, voilà ce à quoi ce cycle (forcément incomplet) consacré aux « films de cape et d’épée » va nous exposer pendant plus de deux mois. Comme le roman historique dont il s’inspire, le film de cape et d’épée est un rejeton de l’Histoire (« avec sa grande hache » comme disait Georges Perec). Son décor, c’est une période qui va de la Renaissance à la Révolution française. Son décor seulement, car pour l’exactitude de la reconstitution historique, il faudra aller voir ailleurs. On laissera les historiens s’amuser des erreurs et des libertés prises, ce qui compte ici, c’est le récit. Péripéties, enlèvements, poursuites, cavalcades, déguisements, déchirements, retrouvailles, vengeance. Tout cela conclu par LE duel à l’épée. Avec si possible un escalier et un lustre. Tout le sel des romans populaires, voire leur substance.

Le genre « film de cape et d’épée » adaptera donc les romans foisonnants des écrivains de romans historiques : Alexandre Dumas (ses increvables Trois mousquetaires, maintes fois incarnés), Paul Féval (Le Bossu), Michel Zevaco (qualifié de génie par Sartre qui en revendiquait l’influence, et son Pardaillan) plutôt que celles d’un historien sérieux, François Bluche ou Emmanuel Le Roy Ladurie. Plutôt Les Trois Mousquetaires que La Prise de pouvoir par Louis XIV de Roberto Rossellini. La gaudriole plutôt que l’exactitude historique. L’action plutôt que les affrontements de salon sentimentaux ou politiques en dentelles. Une constante aussi dans le genre : le fait que la royauté n’y soit jamais critiquée. Ce sont toujours des ministres retors (le Richelieu des Trois Mousquetaires) ou des nobles dévoyés les responsables de l’injustice. Les principaux pourvoyeurs du genre, les cinémas américain et français le démontrent. À se demander pourquoi les Américains ont choisi la démocratie et pourquoi les Français ont fait la révolution en 1789… Les héros des films de cape et d’épée sont tantôt des représentants des classes populaires (Fanfan la Tulipe, le voleur Cartouche) des nobles désargentés (D’Artagnan, Fracasse), brefs des personnages en rupture avec la société hiérarchisée de l’Ancien Régime. Pour faire triompher leur bon droit, ou le droit, ou la justice, le masque du comédien ou le déguisement sont de rigueur : Scaramouche, Le Bossu, Mademoiselle de Maupin et Le Capitaine Fracasse (ces deux derniers de Théophile Gautier). Tous ont des torts à redresser, des revanches à prendre, des vengeances à exercer, et toujours contre le pouvoir ou ses représentants malhonnêtes. Le pouvoir suprême, celui du roi, n’est jamais remis en cause.

Au film, l’ancêtre du genre serait peut-être une production Pathé de L’Assassinat du duc de Guise qui connut plusieurs versions à partir de 1898. Déjà des capes, des épées, des perruques et des complots. Une volonté de reconstitution historique, mais le jeu quelque peu daté des acteurs fait dériver le film vers autre chose de moins sérieux. Jusqu’à ce que ce théâtre filmé un peu empesé cède la place à quelque chose de moins théâtral, de plus cinématographique… Et c’est là que Zorro arrive… En 1919 paraît dans un magazine populaire Le Fléau de Capistrano de l’écrivain américain Johnston McCulley qui crée là le personnage de Zorro. L’année suivante, l’acteur Douglas Fairbanks écrit, produit et interprète une adaptation, Le Masque de Zorro (réalisé par Fred Niblo) et met le genre à la mode. Le succès du film est triomphal et mondial. La personnalité et les goûts créatifs de Fairbanks, sa vitalité (« une des plus grandes choses dans ce monde est l’enthousiasme. » disait-il) définissent le genre. Dans les années qui suivent, il creuse le sillon avec Les Trois Mousquetaires (Fred Niblo, 1921) et une suite de Zorro (Don Q fils de Zorro en 1925) sans parler de son Robin des Bois, de ses films de pirates et autres fantaisies orientales (Le Voleur de Bagdad). Douglas Fairbanks est l’acteur idéal du genre : beau, athlétique, sympathique. Sa popularité, ses talents de producteur, son envie de se mettre en scène dans des véhicules où il excelle, il a tout. Et torse-poil, l’animal a du chien. Et un sourire ravageur. Comme dira Belmondo dans L’Incorrigible (dialogué par Audiard), « les femmes l’admirent et les hommes l’envient ». L’état de grâce du film de cape et d’épée et de Fairbanks durera une dizaine d’années, jusqu’au film Masque de fer (Allan Dwan, 1929), son dernier dans le genre.

Depuis Fairbanks, le cinéma court après un acteur de cette trempe. Si possible jeune, beau et dans une forme physique qui lui permettra de chevaucher, bondir et se battre à l’épée. Dans les années trente, ce fut Errol Flynn qui lui succéda dans une série de films d’aventures maritimes et de reconstitutions moyenâgeuses à la Robin des bois. Le danseur Gene Kelly, excellent acteur de surcroît, est parfait en D’Artagnan et son élégance, son habileté, la maîtrise de son corps font merveille. La séquence du duel des Trois Mousquetaires de George Sidney (1948), par ailleurs réalisateur de comédies musicales, est à ce titre un modèle du genre : vivacité, entrain de la mise en scène et des acteurs, tout concourt à faire de ce combat une chorégraphie magique. Les points communs entre le film de cape et d’épée et la comédie musicale sont d’ailleurs nombreux : dans les deux cas, des stéréotypes, des stylisations et des corps en mouvement. Un monde idéal habité par la grâce des corps. Autre exemple de collaboration fructueuse, celle qui unit dans les années soixante Jean-Paul Belmondo au réalisateur Philippe de Broca. Des films d’aventures qui sont autant de réussites : L’Homme de Rio et autres Tribulations d’un Chinois en Chine, mais aussi un film de cape et d’épée, Cartouche, modèle du genre. Dans le genre « cape et épée », l’acteur principal est le moteur du film ; le goût du risque physique de Jean Marais, la vivacité de Gérard Philipe, la gouaille de Jean-Paul Belmondo, le mystère d’Alain Delon en Zorro font la réussite des films qu’ils interprètent.

Si le film de cape et d’épée a eu des périodes très fastes, en Amérique dans les années vingt, en France dans les années soixante, il n’a jamais connu d’éclipse totale. De loin en loin, on voit des exemples ou des références au genre : un combat à l’épée dans une comédie de Blake Edwards, la modernisation du genre avec la série de La Guerre des étoiles, une scène avec un escalier dans Matrix. Avec Le Seigneur des anneaux aussi, l’heroic-fantasy étant une des formes modernes des films de cape et d’épée, le fantastique en plus. Le film The Princess Bride (1987) est une touchante adaptation moderne du genre, reprenant les héros, les décors, les péripéties pour une variation décalée mais respectueuse, pour tout dire un hommage émouvant à l’esprit du genre et à l’enfance. Pourquoi les enfants de tous les âges aiment-ils les films de cape et d’épée ? Plusieurs réponses : parce qu’ils nous dépaysent en nous transportant dans un passé de pacotille, un âge d’or de fiction où tout semble plus facile. Où les gentils sont beaux et toujours prompts à être chevaleresques en défendant la veuve (surtout si elle est jolie) et l’orphelin. Où les méchants ont si visiblement des têtes de traîtres qu’il est trop facile de les reconnaître. Où les gouvernants (le roi !) aiment le peuple, même si des méchants essaient de fausser la donne par des complots machiavéliques. Où ces méchants sont toujours punis. Où les problèmes, s’il y en a, se résolvent facilement à la pointe de l’épée et à la fin du film. Où l’on combat toujours l’injustice. Où la vérité triomphe. Ce que le film de cape et d’épée nous donne à voir, c’est un monde idéal. Donc passé. C’est peut-être un genre réactionnaire, mais c’est aussi celui de ce doux sentiment : la nostalgie.

Pierre d’Amerval

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