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La question du climat est aussi une question essentielle de cinéma : d'où le projet, labellisé par la Conférence sur les changements climatiques (COP21) d'associer une programmation de films, de tous pays et toutes époques, à une proposition pédagogique internationale. Filmer « le temps qu'il fait », devenir attentif au lieu où l'on vit, sensible à la couleur météorologique d'un film, tel est le défi qui sera relevé par 1 000 enfants et adolescents issus de douze pays à travers le monde, sous le regard des cinéastes parrains du projet dans les pays.

Le cinéma, art du climat

Le cinéma a toujours été un art météorologique. Pour Serge Daney, à la fin de sa vie, c'était même l'essentiel de ce qu'il en attendait : « Un film est un lieu de passage, comme un ciel où passent les nuages des personnages et les éclairs du hors-champ. (…) Je ne crois qu'au surgissement phénoménologique des choses, et qui me suffit largement : après la pluie vient le soleil, et après le soleil vient la pluie. » Il est des cinéastes – aussi différents que Straub, Renoir, Godard, Rossellini, Jonas Mekas ou Ford – pour qui on ne touche pas au temps qu'il fait le jour où on tourne. La météo est la part de monde réel dont doit attester le film, indépendamment des volontarismes de la mise en scène.

Dans Le Déjeuner sur l'herbe de Jean Renoir, un vieux berger, accompagné de son bouc, se met à jouer de la flûte en pleine nature et fait surgir instantanément un vent dionysiaque qui provoque la levée de toutes les censures de la petite communauté savante et guindée venue déjeuner sur l'herbe, prise d'une soudaine frénésie panique qui les entraîne dans une danse païenne où les pulsions vont reprendre leurs droits. Les dieux se servent depuis toujours des orages, du vent, des éclairs, pour manifester leur puissance et agir sur les petits hommes pour les mettre au défi ou les punir. « Un jour viendra où une bonne pluie lavera les rues de toute cette racaille », dit Travis dans son taxi qui roule sous la pluie new-yorkaise, dès le générique de Taxi Driver. Il reste toujours, devant les manifestations climatiques spectaculaires, quelque chose d'une terreur sacrée, même si la nature n'y est plus pour rien, et si ce sont les effets spéciaux les plus sophistiqués qui produisent les tornades qui hantent le héros de Take Shelter. Au cinéma l'Apocalyse devient un grand spectacle météorologique, souvent planétaire et glaciaire (Snowpiercer de Bong Joon-Ho, ou The Day After Tomorrow de Roland Emmerich), que les dieux eux-mêmes n'avaient pas osé imaginer.

La météo, un indicateur de l'état amoureux

La météo s'interpose avec ténacité, au cinéma, dans les histoires de couple. Ses manifestations scandent régulièrement la rencontre et la séparation des amoureux. C'est l'attente de la fin d'une averse qui fait se retrouver les deux personnages de In the Mood for Love sous le même abri. C'est sous une pluie battante qu'Audrey Hepburn se décide enfin à se laisser embrasser par George Peppard, écrasant entre eux le pauvre chat tout trempé et sans nom qui les a réunis. Il pleut à verse quand les chemins de Clint Eastwood et de Meryl Streep se séparent irrémédiablement, au carrefour de la petite ville du comté de Madison. La tempête, l'orage, se font volontiers complices, ou agents, des pulsions érotiques au cinéma. La pluie, comme en témoignent L'Homme tranquille et Le Sport favori de l'homme, a pour indélicate habitude de rendre transparents les vêtements des amoureux timides et de leur donner à entrevoir, avant de passer à la case nudité, l'appétissante anatomie du futur partenaire. L'excitation électrique liée à l'orage déclenche parfois des scènes plus torrides, comme dans Match Point de Woody Allen, où Chris et Nola s'échappent de la lourde atmosphère familiale de la maison de campagne pour aller s'étreindre violemment dans un champ, à même la terre, sous la pluie.

Pour égrener ses souvenirs mélancoliques de la petite ville de sa jeunesse, dans Amarcord, Fellini choisit de filmer le carrousel des saisons qui reste parfaitement indifférentes aux affaires éphémères des hommes, grandes et petites. Pour les cinéastes qui peuvent s'en donner les moyens, les saisons sont le plus visuel et le plus élégant des marqueurs de temps cinématographique : Printemps, été, automne, hiver… et printemps, Dolls, Être et avoir, La Prisonnière du désert. Rohmer, pour sa part, a fait un jour le choix de tourner une série de Contes… où le paysage, l'atmosphère et le scénario lui-même sont discrètement mais sûrement sous le signe de chacune des quatre saisons.

Des auteurs météo-sensibles

Les événements météo ponctuels, faciles à dramatiser – la tempête, l'orage, l'averse, le vent qui se lève… – se mettent souvent docilement au service du scénario, des émotions et des affects des personnages. Les états stables du temps, comme le temps gris permanent des premiers films d'Antonioni, sont plus discrets, parfois invisibles, et contribuent à l'atmosphère générale du film plus qu'aux péripéties de l'histoire.

Cette ambiance générale, lorsqu'elle est désignée avec plus d'insistance, donne à certains films un mood particulier, comme The Hole et les autres « films de pluie » de Tsai Ming-liang, Blade Runner de Ridley Scott, ou La Dernière vague de Peter Weir. Pour les grands cinéastes climatiques comme Sjöström, Epstein ou Pelechian, les états météo contaminent la nature même de leurs images. Que ce soit le vent (dans Le Vent), la tempête (dans Le Tempestaire), la pluie et la neige (dans Les Saisons), ces matières climatiques deviennent le tissu même, instable, mouvant, des plans de leurs films. Ils inventent des images où les formes repérables du monde sont brouillées, défigurées et méconnaissables, comme dans le magma d'avant la séparation des éléments de l'eau, de la terre, du ciel.

Le rapport au visible est différent selon les états climatiques. La neige transforme le monde visible. Le brouillard transforme la visibilité du monde. Le vent est invisible et n'est filmable que par ses effets sur le monde. La pluie est l'élément le plus labile et relève selon les cinéastes des trois précédents régimes de visibilité. Elle est aussi la plus facile à produire artificiellement, sans attendre sa manifestation naturelle, donc la plus commode à convoquer. Chacun de ces états météorologiques suscite sa propre poétique, son univers-cinéma. Prenons la neige, qui recrée un monde lustral et enfantin, que Truffaut affectionnait, et pour lequel Hou Hsiao-hsien est allé spécialement au Japon tourner une séquence de son Millenium Mambo. Elle favorise les miracles, comme à la fin de Rocco et ses frères, de Tout ce que le ciel permet ou de La Vie est belle, mais peut aussi devenir linceul comme dans Dreams d'Akira Kurosawa ou dans Peau d'âne de Jacques Demy. Elle apparaît volontiers à la fin des films – dans Les Parapluies de Cherbourg et Les Amants du Pont-Neuf – comme une suspension et une dissolution du monde où s'est déroulé le récit.

Le temps qu'il fait est à tout le monde, mais parmi les grands cinéastes, certains y ont été plus attentifs que d'autres, ou de façon plus permanente tout au long de leur œuvre. Et ce ne sont pas forcément des cinéastes proches de l'esprit documentaire. Pour John Ford, Jean Renoir, Akira Kurosawa, entre autres, le temps qu'il fait, les nuages qui passent, l'arrivée de la pluie ou de la neige, font partie essentielle de leur poétique et les constitue en auteurs météo-sensibles, comme Serge Daney les aimait.

Alain Bergala

Infos pratiques

Tarifs

  • Plein tarif 7 €
  • Tarif réduit 5,50 €
  • Moins de 18 ans 4 €
  • Carte Ciné Famille Adultes 5 €
  • Carte Ciné Famille Enfants 3 €
  • Libre Pass Gratuit

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Dans les salles

Films, rencontres, conférences, spectacles

Du 2 décembre 2015 au 22 janvier 2016

Les films

Lundi
Mardi
Mercredi
Jeudi
Vendredi
Samedi
Dimanche
12 janvier 2016
16 janvier 2016
17 janvier 2016

Autour de l'événement

Les enfants du monde filment le climat
40 films, 12 pays, 1000 réalisateurs de 7 à 18 ans.
Dans les ateliers du Cinéma, cent ans de jeunesse, 1000 enfants et adolescents découvrent l'importance de la météo dans les films et s'essaient eux-mêmes à la réalisation de courtes formes sur le climat, accompagnés de leurs enseignants et de praticiens du cinéma, pendant toute leur année scolaire.
« 21 minutes Lumière sur le climat » filmées par ces jeunes réalisateurs seront présentées lors d'une séance exceptionnelle à l'occasion de la COP21, puis en juin, lors de journées internationales à La Cinémathèque française, en présence de leurs auteurs et des parrains du projet.
Ce projet est réalisé en collaboration avec les partenaires éducatifs de la Cinémathèque française, dans 8 régions en France et 12 pays à travers le monde. Une initiative de la Cinémathèque française à l'occasion de la COP21, conférence des Nations Unies sur les changements climatiques.

Partenaires et remerciements

Ad Vitam, Agence du Court Métrage, British Film Institute National Archive, Capricci films, Carlotta Films, Ciné Sorbonne, Cinémathèque du Luxembourg, Diaphana Distribution, Ed Distribution, Eurozoom, Eye Film Institute Netherlands, Films sans Frontières, Folimage, Grands Films Classiques, Hollywood Classics, José Luis Guerin, KMBO, Le Pacte, Les Acacias, Les Films du Losange, Les Films du Paradoxe, Lobster Films, The Mannus Franken Foundation, Mars Distribution, Metropolitan Film Export, Paradis Films, Park Circus, Pathé Distribution, Potemkine, Pyramide Distribution, Emmanuel Rossi, Shellac Distribution, Splendor films, Jean-Marie Straub, Swashbuckler films, Tamasa distribution, Théâtre du Temple, Twentieth Century Fox France, Universal Pictures International France, Walt Disney Company, Warner Bros Picture France, Zeugma Films.

Avec le soutien de

Ministère de l'écologie, du développement durable et de l'environnement ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie) Cop 21 Engie