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Cinéma d'avant-garde

Les séances d'avant-garde de la Cinémathèque française ont pour vocation de montrer aux cinéphiles les classiques reconnus ou méconnus de l'histoire des avant-gardes cinématographiques, en provenance de toutes époques, tous territoires, tous champs formels.

Un vendredi par mois, la programmation permet ainsi de repenser les corpus et le patrimoine filmiques grâce à l'exploration des territoires encore négligés du cinéma expérimental, du cinéma engagé ou du cinéma scientifique, afin d'en améliorer la connaissance, la fortune critique et la sauvegarde.

Ce rendez-vous mensuel est enfin l'occasion de déceler parmi les initiatives filmiques celles qui témoignent d'une force de proposition expérimentale. Quelles formes d'organisation pratiques et formelles, quelles entreprises authentiquement critiques témoignent d'une réflexion libre, irréductible, non déterminée, que ce soit par l'appareil industriel, les consignes technologiques ou les commandes sociales ?

Infos pratiques

Tarifs

  • Plein tarif 6,50 €
  • Tarif réduit 5,50 €
  • Moins de 18 ans 4 €
  • Carte Ciné Famille Adultes 5 €
  • Carte Ciné Famille Enfants 3 €
  • Libre Pass Gratuit

Formules d'abonnement

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Carte amortie à partir de deux séances par mois

Invitations et réductions pour toute la famille durant toute une année

6 places de cinéma, à utiliser en toute liberté, seul(e) ou accompagné(e)

Durant un an, accès à un ensemble unique de documents et archives sur le cinéma mondial

Dans les salles

Films, rencontres, conférences, spectacles

Marc'O l’inespéré

Un programme conçu par Marc’O, qui sera présent à toutes les séances avec ses invités. Projections de films surprises. Signatures de livres et de films à la librairie de la Cinémathèque française.

« La base de ma vie, c’est l’oracle d’Héraclite d’Ephèse : ‘Si tu n’espères pas, tu ne trouveras pas l’inespéré qui est inexprimable et dans l’impossible’. J’ai mis 40 ans à comprendre que le mot essentiel était ‘l’inespéré’. On ne peut pas cibler le devenir, il faut être la flèche et suivre l’attracteur étrange. » (Marc’O, 13 février 2015)

Pour célébrer dignement les 90 ans de jeunesse de Marc’O, il faudrait bien plus qu’un cycle de films, tant le parcours s’avère inépuisablement riche d’expérimentations. Tout jeune résistant pendant la Seconde Guerre Mondiale, à l’orée des années 1950, Marc-Gilbert Guillaumin commence par produire trois des initiatives majeures du Lettrisme : la revue Le Soulèvement de la jeunesse (1950), le film Traité de bave et d’éternité (Isidore Isou, 1951) et le mythique numéro de Ion (1952) entièrement consacré au cinéma, qui réunit des contributions signées Isou, François Dufrêne, Gabriel Pomerand, Yolande de Luart, Guy Debord ou Gil Wolman. Son premier film, Closed Vision (1954), associe la discrépance lettriste au monologue intérieur joycien, enluminé par une plastique oniroïde et polymorphe ; en 1958, il tourne Voyage au bout d’un rêve, court-métrage pour l’instant introuvable.

À l’American Center qu’il dirige, au Théâtre des Arts, au Théâtre Récamier, Marc’O monte L’ivrogne corrigé, L’Entreprise, puis dès 1963 ses propres textes, Le Printemps, avec déjà Pierre Clémenti et Bulle Ogier, Les Play-Girls et L’anticame (1964), Les Bargasses (1965), qui conduiront l’année suivante au spectacle le plus expérimental et influent de l’année 1966, Les Idoles, dont l’auteur rappelle qu’il pouvait durer toute la nuit. Parallèlement, il devient parolier, écrit des chansons pour Jean-Pierre Kalfon (« My friend, mon ami », 1965), Valérie Lagrange (« Mizzie la pie », 1966), les sept morceaux des Bargasses, les 19 chansons des Idoles. Après le triomphe de cette pièce puis de sa transposition filmique en 1967, Marc’O part en Italie avec Jean-Luc Godard, Daniel Cohn-Bendit, Dominique Issermann, pour tourner ce qui deviendra Vent d’Est. Il quitte le projet pour Reggio Emilia où il monte Guerra e Consumi avec les habitants et déclenche l’occupation du théâtre municipal en octobre 1967, six mois avant l’occupation de l’Odéon. Avec un groupe de militants, il réalise De l’impossibilité de jouer Électre aujourd’hui (1968). Au Maroc, il poursuit ses recherches intensives sur le mouvement et cosigne avec Dominique Issermann le magistral documentaire Tam Aut, trésor d’arts gestuels et de chorégraphies traditionnelles désormais disparus.

De retour à Paris, il reprend la mise en scène, écrit Flash rouge, un opéra rock interprété par Catherine Ringer qui rencontre à cette occasion un jeune guitariste, Fred Chichin. Dans le cadre du Groupe Recherche Image (INA), Marc’O explore les « Nouvelles Images » issues du synthétiseur vidéo, avec pour première manifestation une version filmique de Flash rouge (1978). Interprétés par les Périphériques vous parlent et leur troupe Génération Chaos, à partir de 1992 de nombreux spectacles associent arts de la scène et vidéo, tels Citoyens en France (1996-2013). Neuf décennies d’intense réflexion sur le geste, le mouvement, le soulèvement, le jeu, la liberté, la pulsion de vie.

Nicole Brenez

Jean-Jacques Lebel

Un programme conçu par Nicole Brenez et Dominique Païni.

« Je ne vois pas de différence de nature entre le cinéma, la peinture et le happening. Je ne dirais pas « qu'on s'est servi du cinéma » dans le happening. Projeter des films sur la peau nue des participants et des participantes – chose qui est maintenant d'une banalité effrayante, mais ce n'était pas le cas en 1962 –, c'était peindre sur des corps en mouvement, à ceci près qu'au lieu de peindre avec des pinceaux et des couleurs, on peignait avec des films. J'ai beaucoup de mal, encore aujourd'hui, et sans aucune coquetterie, à décider : ça c'est du cinéma, ça c'est de la peinture, ça c'est de la poésie, ça c'est du théâtre, ça c'est du happening.

Dans ces années-là, beaucoup de monde faisait des films. On utilisait des petites caméras portables – avec de petites bobines de deux minutes – et de petits projecteurs 8 ou 16mm, achetés au Marché aux Puces. Nous utilisions cela comme un crayon et du papier. On ne prétendait pas faire œuvre de cinéaste, jamais on n'aurait osé prétendre une chose pareille, ça ne nous venait même pas à l'idée. On explorait le cinéma comme l'un des nombreux langages hypnotiques dont nous disposions, l'un des plus intenses et des plus indispensables à notre vie.

Je passais mon temps à la Cinémathèque et je fréquentais Langlois ainsi que des cinéastes comme Shirley Clarke, Jean Eustache, Jacques Rivette, Barbet Schrœder, Marcel Hanoun, Godard, Kubelka, Taylor Mead et, surtout, Jonas Mekas. À l'époque, je vivais avec Denise de Casabianca qui montait des films, entre autres, de Jacques Rivette. On se connaissait tous. Eux venaient à mes happenings et nous, nous allions voir leurs films. On allait même aux projections de travail. L'influence circulait dans les deux sens : par exemple, le fameux plan du film de Godard Pierrot le Fou où Belmondo a le visage peint en bleu provient directement des happenings, c'est une citation. Nous, nous faisions des citations de leurs films : donc rhizome dans tous les sens. [...]
Le cinéma c'était tous les jours, tout le temps, comme la poésie, comme la peinture. On n'avait pas à passer de l'un à l'autre, ça participait des mêmes fonctionnements rhizomatiques, des mêmes expériences existentielles. »

Jean-Jacques Lebel
Le laboratoire vivant. Happening et cinéma, 2001.

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Partenaires et remerciements

Pierre-Edouard Dumora, Filmmakers' Cooperative, Alain Garcia, Yann Gonzalez, Image Forum, Richard Kern, Light Cone (Baptiste Degas), Gaël Lépingle, Massacre Video, Suzan Pitt, Swiss Films, Molly Rose Steed, The University of Utah, Phil Wolstenholme