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Cinéma d'avant-garde

Les séances d'avant-garde de la Cinémathèque française ont pour vocation de montrer aux cinéphiles les classiques reconnus ou méconnus de l'histoire des avant-gardes cinématographiques, en provenance de toutes époques, tous territoires, tous champs formels.

Un vendredi par mois, la programmation permet ainsi de repenser les corpus et le patrimoine filmiques grâce à l'exploration des territoires encore négligés du cinéma expérimental, du cinéma engagé ou du cinéma scientifique, afin d'en améliorer la connaissance, la fortune critique et la sauvegarde.

Ce rendez-vous mensuel est enfin l'occasion de déceler parmi les initiatives filmiques celles qui témoignent d'une force de proposition expérimentale. Quelles formes d'organisation pratiques et formelles, quelles entreprises authentiquement critiques témoignent d'une réflexion libre, irréductible, non déterminée, que ce soit par l'appareil industriel, les consignes technologiques ou les commandes sociales ?

Infos pratiques

Tarifs

  • Plein tarif 6,50 €
  • Tarif réduit 5,50 €
  • Moins de 18 ans 4 €
  • Carte Ciné Famille Adultes 5 €
  • Carte Ciné Famille Enfants 3 €
  • Libre Pass Gratuit

Formules d'abonnement

La Cinémathèque sans compter !
Carte amortie à partir de deux séances par mois

Invitations et réductions pour toute la famille* durant toute une année

6 places de cinéma, à utiliser en toute liberté, seul(e) ou accompagné(e)

Durant un an, accès à un ensemble unique de documents et archives sur le cinéma mondial

Dans les salles

Films, rencontres, conférences, spectacles

Pierre Léon, le mystère s’épaissit

« Grégaire et casanier, le cinéma s'oppose en tout aux expériences poétiques les plus radicales : Dante, Montaigne, Rousseau, Hölderlin, Dostoïevski, Hopkins, Rimbaud ou Kafka prennent leur source dans l'absolue solitude, qui les angoisse mais dont constamment ils se nourrissent ; et leur art est dans l'incessante répétition de cette errance entre le possible et l'impossible, cette aléthéïa, la vérité grecque et vertueuse, vérité négative, dévoilée, condition essentielle [...]. La tentation du cinéma aura toujours été cela : ressembler à la littérature ; celle des cinéastes, de marcher au hasard des rues avec la besace et le manteau de Diogène-le-Chien, dont les plis et les replis, pourvu qu'on veuille y prendre garde, recèlent les bribes de la plus belle histoire du monde. Ils se croient alors plongés dans l'aléthéïa, la vie errante, et cette vie errante, par le jeu de la quasi-homophonie, devient leur vérité positive. Mais le cinéma est grégaire. C'est sa nature économique. Il est casanier, parce qu'il est grégaire, et qu'on peut difficilement errer à cinquante et s'adonner aux grâces de l'indécision (Michelet). C'est possible, parfois même cela arrive, parfois certains films créent l'illusion qu'ils ont été faits en flânant, mais, fondamentalement, et profondément, le cinéma est confronté à chaque seconde, dix-huit, vingt-quatre ou vingt-cinq fois par seconde, au fait même qu'il est en train de se faire. Ce qui fait une des forces du cinéma, c'est aussi ça : imiter sans jamais copier les expériences solitaires en sachant pertinemment qu'il ne serait pas possible de rendre compte d'une expérience de ce genre qu'en épaississant le mystère, qu'en voilant un peu plus la vérité, pour que ce voile seul soit son authentique épiphanie. »

PIERRE LÉON, Marginalia, in Trafic n° 50, Qu'est-ce que le cinéma ?

Un programme conçu par Pierre Léon.
Toutes les séances auront lieu en présence du cinéaste.

Romani Cinéma : Diffamations figuratives et rectifications documentées

L’intersection entre cinématographies d’avant-garde et familles romani (Roma, Manush, Gitanos, Gypsies, Travellers, Sinti, Zingari) allie deux formes d’initiatives critiques : les répliques visuelles élaborées contre les diffamations figuratives dont ces familles font l’objet, travail d’objection et de rectification documentées dévoilant la dimension idéologique des imageries ; les descriptions et affirmations prises en toute liberté, hors de toute polémique et préjugé.

L’histoire moderne des diffamations figuratives « commence avec l’invention de la photographie » (Menelaos Karamaghiolis, Rom, 1989), c’est-à-dire avec les images des familles romani massivement coproduites par les dispositifs policiers, médias de masse et industries culturelles. Au régime visuel des images dominantes qui depuis le XIXe siècle rabattent l’appréhension des familles romani sur un misérabilisme social et moral, s’opposent le regard, l’écoute et l’attention de documentaristes tels Pilar Arcila & Jean-Marc Lamoure, Caterina Pasqualino & Chiara Dambrosio. Ceux-ci réfutent la photogénie de la misère, en particulier grâce à la voix des familles et la poésie émique avec laquelle celles-ci appréhendent la vie. Complémentairement, face à l’imagerie affabulatrice des familles romani qui se déploie depuis les cartes postales du début du XXe siècle jusqu’aux fables cinématographiques les plus récentes, des artistes comme Daniel Gontz et Menelaos Karamaghiolis trouvent à détourner ces topoï parfois quasi mythologiques. Sur un plan historique, dans la lignée de Peter & Zsóka Nestler, Charmant Rouge se consacre aux images classificatoires et policières qui ont accompagné le contrôle, l’encadrement administratif, la détention puis la déportation des Zigeuner par les autorités allemandes. Charmant Rouge exhume également un registre voyeuriste dans ces archives autrichiennes où les Romani se réduisent à des curiosités touristiques d’un poids ontologique équivalent à celui des prisonniers dans les zoos. À la manière de Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi, Charmant Rouge et Menelaos Karamaghiolis montrent comment des images amateurs accèdent à une souveraineté visuelle au sein même du contrôle.

Le Romani Cinéma ici présenté revendique au contraire la pluralité, la complexité et les initiatives créatrices des familles romani. Pour commencer, les films ont affermi une culture de contact entre familles romani et avant-gardes. Apparue avec le bohémianisme littéraire au XIXe siècle, cette culture de contact perdure jusqu’au XXIe, comme en attestent les films de Ben Vine, Tomáš Doruška ou Mona Vătămanu et Florin Tudor, qui opposent à l’ostracisme et la discrimination fondée sur le spectacle de l’expulsion, l’entêtante longévité de l’argentique. Dans sa collaboration avec le Shukar Collective, pour parti constitué de musiciens roms, Daniel Gontz oppose à un régime visuel séculaire l’énergie puissante et éphémère d’une composition de VJing. Les conditions de possibilité d’une rencontre deviennent enjeu du travail de documentation grâce aux ethnologues du CNRS : Yasuhiro & Kimie Omori se livrent à une improvisation visuelle en 16 mm ; Caterina Pasqualino & Chiara Dambrosio étudient les formes de résistance inspirées par la musique flamenco et l’histoire politique de Grenade. Avec Pilar Arcila, la rencontre devient entreprise commune : Le Pendule de Costel (2013) instaure un montage non plus alterné ni parallèle mais qu’il faudrait dire auxiliaire, entre ses images Super 8 et celles d’une famille rom en numérique, pour une expérience visuelle de haute densité tant éthique que plastique. Avec Tomáš Doruška, la rencontre devient irruption politique : pour la première fois, un film en langue romanès passe sans sous-titres à la télévision publique tchèque. Dès la fin des années 1970, se développe un art contemporain proprement romani, représenté ici par les œuvres de Katelan Foisy, Delaine Le Bas, Damian James Le Bas & Phillip Osborne et les auteures du film collectif Sárral kevert vér (2014). Leur travail figure l’expérience du temps des communautés romani – une mémoire collective (Chuvihoni), éminemment poétique (Rokkerenna), à la recherche de vestiges et de signes de la culture romani anglaise dans l’espace urbain moderne (série des Gypsylands de Delaine Le Bas). Ces œuvres sont aussi les traces d’une mémoire (Sárral kevert vér) et d’une culture (Witches Compass) perdues suite au génocide et aux mouvements migratoires qu’il a provoqué. C’est au contact des avant-gardes historiques, Taylor Mead en particulier, que Katelan Foisy réinvente son histoire et sa culture (For a Gadjo). Ce Romani Cinéma repolitise et reconfigure l’espace, l’histoire, l’expérience, l’écriture. Il nous offre une contre-culture « à l’avant-garde de notre peuple, de l’Europe, du monde » (Ethel Brooks), la science de ce peuple dont on a fait remarquer qu’il était le seul à n’avoir jamais déclenché aucune guerre.

Jonathan Larcher, Nicole Brenez.

Rencontres, Conférences, Spectacles

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