En utilisant ce site, vous acceptez que les cookies soient utilisés à des fins d'analyse et de pertinence     Oui, j'accepte  Non, je souhaite en savoir plus

Revue de presse de « Ah ! La libido » (Michèle Rosier, 2007)

David Duez - 13 mai 2016

Sorti le 18 février 2009, Ah ! La libido est le sixième long métrage de la réalisatrice engagée et féministe Michèle Rosier. A l’aube de ses 80 ans, la cinéaste signe une comédie sur le désir féminin, inspirée par un tableau de Toulouse-Lautrec, Au salon de la rue des Moulins, qu’elle s’est amusé à recréer à l’envers.

Cette fois, ce sont les hommes qui font tapisserie et les femmes qui choisissent. Déçues en amour, quatre salariées du journal Libération, interprétées par Audrey Dana (Prix Romy Schneider, pour Roman de gare de Claude Lelouch en 2008), Claude Degliame, Sarah Grappin et Anna Mihalcea, s’offrent les services de prostitués rencontrés sur internet. La critique est fortement partagée sur cette comédie légère.

Dans les pages des Inrockuptibles, Jacky Goldberg salue « une comédie originale sur la prostitution masculine… Michèle Rosier évite, précise-t-il, les principaux écueils de son sujet, retournant l’hypothèse scabreuse attendue pour livrer une réflexion hédoniste. Sont ainsi balayés tous les jugements sur ces toy boys[qui] parviennent, en quelques scènes, à exister en tant que personnages à part entière, aux côtés de leurs clientes enfin épanouies ». Le « petit bonhomme » de Télérama accueille le dernier film de Michèle Rosier d’un beau sourire. « Ah ! La libido associe paroles et situations osées sur un ton piquant. Mais le casting inégal nuit quelque peu à son charme », regrette néanmoins le magazine. Gilles Renault fait part, lui, de sa « frustration » dans les colonnes de Libération. « Vendu comme une comédie, [le film] est un badinage instruit, qui cite Novarina et Hugo en dressant une cartographie affective, parfois bien laborieuse, des rapports contemporains », écrit le journaliste qui estime cependant que « quelques situations plaisantes rehaussent un propos dont la mise en scène et l’interprétation fragiles brident cependant la portée ».

Pour la revue Positif, Philippe Rouyer ne parvient pas à dissimuler sa déception : « De cette idée qui aurait pu être drôle, étonnante, excitante, voire tout à la fois, Michèle Rosier n’en fait rien. Le scénario n’est qu’une suite de saynètes laborieuses, maladroitement écrites pour aboutir à cette bouleversante révélation : le sexe sans les sentiments, c’est possible, mais c’est moins bien qu’avec ! Pas toujours bien joué et souvent mal filmé, l’ensemble frise l’amateurisme », conclut-il. Thierry Cheze se montre encore plus dur dans Studio Ciné Live. Ici, la « manière de parler de sexe se révèle datée, pas plus provocatrice qu’hilarante ou touchante. Et on s’attache si peu à ses personnages qu’on est même parfois gêné pour les actrices devant le vide sidéral qu’elles doivent combler sans tomber dans le grotesque ». La palme de la sévérité revient à Jean-Luc Douin du Monde, qui, dans un entrefilet, considère cette comédie comme une bien « mauvaise passe ».

La critique féminine paraît aussi divisée que ses confrères. Pour Le Nouvel Observateur, Marie-Elisabeth Rouchy évoque « une fable joyeusement épicurienne qui marque le retour de Michèle Rosier au cinéma. Bourré de malice, à des années-lumière d’une Catherine Breillat – même si la réalisatrice a fait sciemment appel à un acteur du porno [Sébastien Barrio] pour l’une de ses scènes – le film est à la fois un hymne aux femmes et une célébration du plaisir ». Le film est, selon la journaliste, porté par l’espoir : « une clé pour le paradis ». « Si le mal-être de ses héroïnes est bien réel, précise-t-elle, l’éden dans lequel Michèle Rosier nous entraîne n’existe, hélas, que dans sa tête. Pour le moment, corrige cette vieille dame indigne, pas plus haute que trois pommes, incorrigible optimiste : à croquer, comme le fruit ». Dans le supplément culturel TéléParisObs, la journaliste offre deux cœurs à l’un « de ces petits trésors à la malice dévastatrice dont on se régale les jours de blues, et dont la tonicité devrait faire pâlir bien des jeunes réalisatrices… Bourré d’humour et de fraîcheur, Ah ! La libido a tout d’un  ovni revigorant ». Loin de partager l’enthousiasme de sa consœur, Laurence Haloche, chroniqueuse au Figaro Magazine, accompagne sa critique d’une croix noire. « Avoir évité une approche scabreuse du sujet est l’une des rares qualités de cette comédie qui manque cruellement d’inspiration et d’audace, écrit-elle. Indifférente aux « malheurs et petits bonheurs de ces quatre nanas », cette comédie apparaît à la journaliste comme « du cinéma pour poulettes, sans la drôlerie ni la coquinerie de Sex and the City ».


David Duez est chargé de production documentaire à la Cinémathèque française.