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« Martin Roumagnac » : Gabin - Dietrich, clap de fin

Blandine Etienne - 9 mars 2016

Photographie de tournage - Martin Roumagnac (© Paul Ronald)

Photographie de tournage - Martin Roumagnac (© Paul Ronald)

Tourné entre le 9 mai et le 26 août 1946, Martin Roumagnac marque le retour sur les écrans de Jean Gabin et de Marlene Dietrich au lendemain de la guerre, dirigés par Georges Lacombe. La réunion de la vedette française et de la star allemande, devenue citoyenne américaine à la fin des années trente, fait alors beaucoup parler.

Flashback

Après une brève rencontre à Paris en 1938, Gabin et Dietrich se retrouvent en juillet 1941 à New York où l’acteur, refusant de tourner pour la Continental, a débarqué. Elle le prend sous son aile et le couple s’installe bientôt à Hollywood où chacun participe à l’effort de guerre pour remonter le moral des troupes. « Sa Prussienne » lui cuisine des pot-au-feu « encore mieux que sa tante Marie » selon l’acteur qui a le mal du pays et des difficultés à s’adapter. On le retrouve à l’affiche de Moontide (La péniche de l’amour, Archie Mayo, 1941), avec Ida Lupino, et de The Impostor (L’Imposteur, Julien Duvivier, 1943), film de propagande destiné à promouvoir la France libre et le Gaullisme. Le couple projette de se marier, après leurs divorces respectifs. En attendant, tous deux souhaitent s’impliquer plus fortement dans le combat. Lui s’engage dans les Forces navales françaises libres en 1943, elle chante pour divertir les GI qu’elle suit au front à partir d’avril 1944, s’arrangeant pour croiser Gabin à Alger ou en Bavière à la fin de la guerre.

Démobilisé en juillet 1945, il est rejoint par Marlene quelques semaines plus tard à Paris. Après l’avoir fait réécrire plusieurs fois, ils refusent tour à tour le projet des Portes de la nuit (Marcel Carné, 1946), préférant jouer ensemble dans l’adaptation de Martin Roumagnac, roman de Pierre-René Wolf dont Gabin a acquis les droits en 1937. Jean Gabin interprète le rôle-titre de ce drame passionnel, Marlene Dietrich une veuve scandaleuse dont les origines australiennes sont censées justifier l’accent germanique. Si l’actrice manie parfaitement la langue française, Gabin lui apprend l’argot, comme elle s’était chargée de son apprentissage de l’américain. Pendant deux mois, ils sont logés par le producteur Paul-Edmond Decharme au château de Vaudrémont dans les environs de Saint-Dizier où les extérieurs sont tournés.

Clap de fin

La star trône au centre de la traditionnelle photo de fin de tournage devant un immense message d’au revoir, dédié à cette séductrice notoire qui charme tout le monde sur le plateau. Marlene repart le lendemain pour Hollywood où elle doit tourner Golden Earings (Les Anneaux d’or, Mitchell Leisen, 1947). Pris par le photographe de plateau Paul Ronald dans les studios de Saint-Maurice, ce cliché – conservé dans les collections de la Cinémathèque – fait écho à la relation du couple qui dura près de huit ans. La séparation physique sur la photographie d’une Marlene radieuse et d’un Gabin sombre – contrastant avec son jeune partenaire Daniel Gélin, tout sourire à ses côtés – annonce le délitement qui va mener à la rupture.

L’actrice ne cesse de repousser son retour. Elle ne reviendra finalement pas avant la première de Martin Roumagnac à Paris, en décembre 1946. Le film n’a pas le succès escompté et Marlene abandonne l’idée de s’installer en France pour mieux poursuivre sa carrière aux États-Unis. Un choix perçu comme une trahison par Gabin, qui ne peut se résoudre à de brefs aller-retours de Marlene entre les deux pays et se refuse à quitter la France. Remarié en 1949 à Dominique, mannequin chez Lanvin, il ignorera jusqu’à sa mort l’actrice qui cherchera malgré tout à le revoir.


Film charnière dans la carrière des deux acteurs qui ne sont plus des jeunes premiers, Martin Roumagnac est l’unique film français de Marlene Dietrich et le seul réunissant le couple. Il sort aux États-Unis en septembre 1948 sous le titre The Room Upstairs. Le réalisateur Georges Lacombe dirigera à nouveau Jean Gabin dans La Nuit est mon royaume en 1951 et dans Leur dernière nuit en 1953.


Blandine Etienne est chargée de production web à la Cinémathèque française.