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Les enrichissements du fonds François Truffaut

Florence Tissot - 8 octobre 2014

Grâce à la générosité d’une quarantaine de donateurs qui ont accepté d’exhumer et de confier leurs archives personnelles, le fonds Truffaut conservé à La Cinémathèque française a été considérablement enrichi.

La préparation de l’exposition François Truffaut a été l’occasion, pour de nombreux proches et collaborateurs de François Truffaut, de participer à cet événement en donnant toutes sortes d’archives : scénarios, lettres, photos, accessoires de tournage… Ces dons viennent enrichir le fonds Truffaut, déposé par Madeleine Morgenstern en 1999 et provenant des Films du Carrosse, la société de production créée par le cinéaste en 1958. Madeleine Morgenstern a continué d’alimenter cet ensemble très riche en offrant notamment les documents techniques d’Une visite (1954), le premier court-métrage de son époux, et deux scénarios de Roberto Rossellini, La Décision d’Isa et Carmen, écrits à la main par le jeune Truffaut sous la dictée du réalisateur italien dont il était l’assistant.

Ces enrichissements permettent de retracer l’ensemble de la carrière de Truffaut dès ses débuts de jeune critique. Le don de Charles Bitsch témoigne ainsi de l’époque où il côtoyait son ami à la salle de rédaction des Cahiers du Cinéma. Avant de passer lui-même à la réalisation, Charles Bitsch fut par ailleurs directeur de la photographie et assistant-réalisateur sur des films de Jacques Rivette, Claude Chabrol, Jacques Demy et Jean-Luc Godard, dont il a donné aussi les scénarios originaux. Robert Lachenay, ami d’enfance de François Truffaut, accompagna le passage à la réalisation de celui-ci en photographiant le tournage des Quatre Cents Coups. Son fils Emmanuel Lachenay nous a cédé deux carnets d’enfance et les négatifs de ses photographies où l’on découvre le tournage de la scène finale du film, inoubliable course de Jean-Pierre Léaud vers la mer. Gérard Kahn, ayant aussi passé le casting en octobre 1958 avec le futur Antoine Doinel, a retrouvé sa convocation. Enfin, un autre camarade de cette époque, le scénariste Jean Gruault, a confié des documents qui nous permettent de prendre la mesure de l’importance de sa collaboration avec Truffaut. On y trouve par exemple un ouvrage annoté de la main du cinéaste, trace de leur dernier projet, 0014, une saga historique autour de la Belle époque, que la mort de Truffaut viendra interrompre.

Fidèle en amitié, Truffaut nouait souvent des relations de complicité avec ceux qui travaillaient sur ses films. En témoignent les archives conservées par Dominique Rousseau, fille de Marie Dubois. En 1960, Truffaut offrait à la jeune comédienne son premier rôle au cinéma dans Tirez sur le pianiste – dont La Cinémathèque française a numérisé les essais – et la solidité de leur amitié se devine dans la correspondance qu’ils échangèrent pendant plus de vingt ans. Les photographies de tournage inédites données par Mathieu et Guillaume Schiffman éclairent l’ensemble de la carrière de leur mère Suzanne Schiffman, véritable bras droit de François Truffaut. D’abord scripte à partir de Tirez sur le pianiste, elle devint son assistante puis sa coscénariste jusqu’à son dernier film Vivement dimanche !. Une autre très grande amie de Truffaut, Helen Scott, est maintenant représentée dans les collections grâce aux dons de sa nièce Janet Reswick Long et de sa petite nièce Lillie Fleshler. Helen Scott était attachée de presse au French Film Office de New York pendant la première moitié des années 60. Grande ambassadrice de la Nouvelle Vague aux Etats-Unis, elle joua notamment un rôle central dans la préparation et la rédaction du livre d’entretiens Le Cinéma selon Alfred Hitchcock.

Toujours de l’autre côté de l’Atlantique, Annette Insdorf, universitaire américaine, a retrouvé une correspondance qui témoigne du rayonnement de Truffaut aux États-Unis : on y lit notamment le programme de la rétrospective de son œuvre à l’American Film Institute en 1979 et une note manuscrite de l’hommage qu’il rendit à Alfred Hitchcock à cette occasion. Guy Fillion a exhumé un autre document précieux, sonore cette fois-ci : l’enregistrement d’un entretien de François Truffaut en 1962 par le plasticien et cinéaste allemand Mickael Klier, qui était resté inédit. Enfin au Japon, Hidenori Okada, qui travaille au National Film Center de Tokyo, a retrouvé et confié une série de portraits de Truffaut pris au moment de sa visite à Tokyo en 1962.

Parmi les autres collaborateurs importants de Truffaut qui ont fait don de leurs archives de travail, citons aussi Roland Thénot et Jean-Pierre Kohut-Svelko respectivement régisseur et décorateur sur plus de quinze films du cinéaste, ainsi que le chef opérateur Denys Clerval et l’opérateur Jean-César Chiabaut (Baisers volés et La Sirène du Mississipi). Les documents confiés par Jean-José Richer, qui a travaillé avec Truffaut sur ces deux longs-métrages de la fin des années 60 ainsi que sur Le Dernier métro, donnent une idée de son travail d’assistant réalisateur et de producteur exécutif. Sur La Sirène du Mississipi, la carte de La Réunion annotée pendant les repérages, les notes rédigées pendant le tournage, mais aussi les petits paquets de cigarettes à l’effigie de Catherine Deneuve, esquissent la genèse du film.

Les archives sont aussi l’occasion de mieux comprendre les méthodes de travail du metteur en scène. Dominique Le Rigoleur, assistante de Nestor Almendros et photographe de plateau sur trois films de Truffaut, a confié une centaine de négatifs de L’homme qui aimait les femmes, La Chambre verte et L’Amour en fuite où l’on voit Truffaut au travail. Jean-François Stévenin a mis à disposition l’ensemble de ses photographies tournages, toutes très rares. Marie-Christine Malbert a pour sa part donné des lettres et documents liés à Vivement dimanche !, film dont elle fut l’attachée de presse. On y comprend le profond intérêt de Truffaut pour l’orchestration de la sortie de ses films en salle. Figure également dans son fonds une très belle série de photographies prises par William Karel, où François Truffaut dirige Fanny Ardant et Jean-Louis Trintignant. L’actrice britannique Kika Markham (Ann Brown dans Les Deux Anglaises) a fait également don de deux photographies inédites de Truffaut prises sur le tournage du film. Enfin, les monteurs Martine Barraqué et Yann Dedet ont retrouvé des rushes où Truffaut dirige Isabelle Adjani sur le tournage de L’Histoire d’Adèle H.

De Jérôme Tonnerre à Dani (chanteuse et actrice dans La Nuit Américaine et L’Amour en fuite), de la directrice de casting Lydie Mahias et la réalisatrice Tessa Racine (fille de la monteuse Claudine Bouché) en passant par Bernard Bastide et Annie Miller, plusieurs générations ont enrichi les différentes collections de la Cinémathèque. Citons encore Lisèle Roos, créatrice de costumes sur Le Dernier Métro, qui a confié de précieux dessins préparatoires. On y reconnaît les costumes des acteurs principaux mais aussi ceux des seconds rôles comme Sabine Haudepin. Cette dernière a d’ailleurs donné à la Cinémathèque la petite robe qu’elle portait dans Jules et Jim où, âgée d’à peine sept ans, elle fit ses débuts à l’écran. Philippe Goldman, également très jeune quand il a rencontré François Truffaut, jouait le petit Julien, l’enfant battu de L’Argent de poche. À la suite du tournage, il avait réalisé lui-même une interview du réalisateur en l’enregistrant sur une cassette audio, numérisée… trente ans plus tard.

La Cinémathèque française, refuge de François Truffaut pendant ses jeunes années, abrite donc aujourd’hui un fond documentaire incomparable consacré à son œuvre, grâce sa famille et à tous ceux qui, à différents âges, l’ont profondément marqué.


Florence Tissot est chargée de mission aux enrichissements à la Cinémathèque française.