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Restauration de « The Good Bad Man » d’Allan Dwan

Céline Ruivo - 18 janvier 2014

Robert Byrne, président du San Francisco Silent Film Festival, avec l'aide de Tracey Gœssel, historienne et directrice de la Film Preservation Society, ont entrepris depuis quelques années un travail de restauration et de valorisation des films méconnus de Douglas Fairbanks. The Good Bad Man (Les Parias de la vie) est un western réalisé par Allan Dwan en 1916, peu de temps après The Half Breed (restauré en 2013), qui se déroule dans les belles vallées du parc Joshua Tree situé près de Los Angeles.

Le scénario de The Good Bad Man, écrit par Douglas Fairbanks, relate les aventures d'un cowboy généreux nommé Passin' Through, qui détrousse les bandits de leurs biens pour les reverser aux veuves et aux orphelins. Ce film démontre que Douglas Fairbanks se prédestine déjà à un type de rôle récurrent : le bandit au grand cœur, le pariât honnête et sensible, qu'il incarnera plus tard à travers des personnages comme Zorro ou Robin des bois, rôles qui le feront basculer vers le statut de plus grande star d'Hollywood. Allan Dwan démontre une nouvelle fois sa maitrise des espaces naturels dans The Good Bad Man, en usant de plans atmosphériques où les trajectoires des hommes à cheval sont chorégraphiées avec précision. On retrouve également de nombreux effets de profondeurs de champ. La presse de l'époque qualifie d'ailleurs le film de « Triangle-Fine-Arts Western », où se mêlent le mélodrame, les scènes d'action, l'humour et la très belle romance entre le héros et une très jolie jeune-fille des plaines. On perçoit aussi l'apport de D.W.Griffith dans la direction artistique du film, notamment pour les gros plans de l'actrice Bessy Love.

La Cinémathèque française possède dans ses collections le seul élément complet de ce film, un contretype de sécurité issu d'une copie d'exploitation nitrate qui a aujourd'hui disparu. Les droits producteurs de The Good Bad Man ont été cédés par Triangle à la compagnie Tri-Stones Pictures en 1923 ainsi que les droits d'auteurs sur le scénario original de Douglas Fairbanks. Le contrat de cession de droits datant de 1923 et qui est conservé dans le fonds des archives papier de la Triangle à la Cinémathèque française, indique d'ailleurs clairement que la Tri-Stone se réserve le droit d'altérer et de réviser l'œuvre. De fait, comme dans The Half Breed, l'élément issu de la réédition du film par la Tri-Stone, conservé à la Cinémathèque française, est incomplet car il a été remonté et il comporte des révisions d'intertitres. En effet, certains petits faits inexpliqués caractérisent la lecture du film : par exemple le ruban à cheveux de Bessy Love apparaît comme un détail fortement symbolique à plusieurs reprises dans la mise en scène, sans que nous ne sachions jamais vraiment pourquoi. De la même manière, le poinçon que Douglas Fairbanks porte toujours sur lui et qu'il montre de façon ostentatoire, demeure un objet mystérieux, vidé de son sens. Il existe aussi des plans comprenant le point de vue d'un cowboy perché en haut d'une colline dont nous ne saurons jamais rien. Cette série de hiatus scénaristiques consécutifs aux coupes volontaires de la Tri-Stone pour une réédition du film, n'altère fort heureusement pas sa compréhension globale et peut-être ressentie comme un désir de concision plutôt que de censure. Malheureusement aucun autre élément n'existe pour reconstruire The Good Bad Man à l'instar de The Half Breed, pour lequel nous avions comblé les lacunes en réinsérant des plans collectés dans deux autres archives. Les intertitres Triangle originaux n'ont pas non plus été retrouvés.

Le travail de restauration a donc consisté à numériser en 4K le contretype de nos collections, avec la réintroduction d'intertitres Tri-Stone en reprenant les archives papiers de la Cinémathèque française ainsi qu'une copie issue d'une première restauration effectuée dans les années quatre-vingt dix, où ce travail de réinsertion d'intertitres avait été effectué et traduits en français. Enfin, une copie 16mm tirée par Henri Langlois dans les années soixante, contenait encore quelques photogrammes d'intertitres originaux (flash-titles) qui ont été très utiles pour recréer la typographie d'époque. Le parti-pris a été de ne conserver le film que sous sa version américaine sans traduction, au plus près de la version Tri-Stone. Rob Byrne a effectué le travail graphique de restauration sur le logiciel Diamant, permettant ainsi d'enlever les altérations photographiées sur le contretype. Enfin, le scan, l'étalonnage numérique et le retour sur film ont été supervisés par le laboratoire L'Imagine Ritrovata à Bologne.

Le film a été projeté en première mondiale au San Francisco Silent Film Festival en 2014, dans le fameux cinéma art déco du Castro Theater, accompagné à l'orgue de cinéma par Donald Sosin. 


Céline Ruivo est directrice des collections films de la Cinémathèque française.