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Revue du web #12 : spéciale Festival « Toute la mémoire du monde »

5 mars 2018

Le 6e Festival international du film restauré débute dans deux jours. L'occasion de consacrer une nouvelle revue du web, où il est question des Polaroids de Wenders, du magnétisme de Stefania Sandrelli, de l'expérience Cinerama, d'un canard rôti au cassis avec Russ Meyer, et quelques autres perles restaurées à voir sur grand écran du 7 au 11 mars 2018.

Wim Wenders, parrain du festival

Polaroid Wenders

« Le cinéma de Wenders, un cinéma qui avance en regardant le passé qui s'éloigne. » (Serge Daney)

Parrain idéal du festival « Toute la mémoire du monde », Wim Wenders viendra parler de ses premiers films, récemment restaurés, le temps d'une projection exceptionnelle à la Cinémathèque ou hors les murs. Ce court documentaire sur la restauration de ses œuvres (15 mn en anglais) permet de redécouvrir les images sublimées de Paris, Texas, Les Ailes du désir, Au fil du temps ou Alice dans les villes, dont on peut admirer le résultat (avant/après) sur le site de la Fondation Wim Wenders.

Le héros d'Alice dans les villes, Philip Winter, passe son temps à prendre des Polaroids. Comme Wenders qui en a pris des milliers entre 1970 et 1980 lors de ses voyages et rencontres. Exposés à Londres dernièrement, ses clichés surannés (sans filtres X-Pro II) l'ont aussi aidé à faire ses films, des histoires d'errances et de mélancolie. Près de 50 ans de road-movies derrière lui.

Avec Paris, Texas, il réinvente le genre. Le scénario original est consultable sur cette belle page dédiée au film, avec des photos de tournage de Wim Wenders et de Robin Holland (photographe disparue en janvier dernier), des entretiens du compositeur Ry Cooder et de la figure iconique du film, Harry Dean Stanton, mort en 2017. Ou encore une discussion avec Sam Mendes qui explique comment Paris, Texas lui a inspiré American Beauty et Les Sentiers de la perdition.

Dans Les Ailes du désir, l'errance et la mélancolie sont celles de deux anges survolant Berlin coupé en deux par le mur. Ils y rencontrent la blonde trapéziste d'un cirque, incarnée par la lumineuse Solveig Dommartin, partie trop tôt, qu'on aime revoir dans cet extrait de la TV suisse, en 1987, où elle parle de son travail avec Wenders (1 mn). On croise aussi Peter Falk qui improvise et dessine. Et Nick Cave pour un concert dans un lieu typique du Berlin Ouest à clous et à moustache des années 80. L'occasion de faire le point sur les collaborations du chanteur pour le cinéma. En 1987, les anges de Wenders faisaient aussi la couverture d'un numéro spécial des Cahiers du cinéma (n°400) et Serge Daney en parlait avec le cinéaste allemand dans l'émission Microfilms (55 mn), à réécouter ici en attendant l'ouverture du Festival.


Stefania Sandrelli, invitée d'honneur

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L'invitée d'honneur du Festival sera cette année l'actrice et icône sensuelle et magnétique du cinéma italien, Stefania Sandrelli. Les Journées du film italien de Tours lui rendent aussi hommage en mars. Portrait sur Viva il cinema.  On ne se lasse pas de ses bouts d'essais ou de son mascara qui coule, sur la chanson de Mina, dans le chef-d'œuvre d'Antonio Pietrangeli Je la connaissais bien. L'actrice évoque son travail avec le cinéaste dans cet entretien pour Criterion (en italien sous-titré en anglais). Le noir et blanc du film, restauré par la Cinémathèque de Bologne, est somptueux. Le personnage joué par Sandrelli sublime. À courir voir mercredi 7 mars à la Filmothèque du Quartier Latin. Stefania Sandrelli (qui fait partie du club des actrices et acteurs à fossette sur le menton) sera, quant à elle, à la Cinémathèque le samedi 10 mars pour une master class très classe.


Perles restaurées

Parmi les films récemment restaurés et projetés au Festival, voici une petite sélection à prolonger sur le net.

Samuel Beckett et Buster Keaton sur le tournage de "Film" (1964)

Not Film et Film ou la collaboration inattendue de Samuel Beckett avec Buster Keaton. Le site de l'œuvre (en anglais) pour en savoir plus. Et un article de Pierre Assouline où l'on apprend que « Keaton entravait que dalle à Beckett » (à partir du 4e paragraphe).
Projection jeudi 8 mars à 19h.

La Femme rêvée de Jean Durand, un muet sorti en 1928, année des débuts du parlant. Considéré comme perdu jusqu'à la découverte de deux négatifs nitrates d'origine, le film est une merveille de reconstitution du Paris des Années folles et bénéficie d'une distribution de prestige, Charles Vanel en tête. Histoire de ce trésor retrouvé dans ce reportage (10 mn).
Projection vendredi 9 mars à 19h15.

Voyage au Congo de Marc Allégret. Le 19 juillet 1925, André Gide et Marc Allégret embarquent à Bordeaux. Le grand écrivain entraîne son jeune amant pour un périple de dix mois à travers l'Afrique équatoriale française et le Congo. Allégret y développe ses talents de photographe et de cinéaste. Il revient avec son premier film, Gide avec son journal qu'il publie en 1927 : Voyage au Congo, l'un des premiers livres anticolonialistes. Pour raconter cette incroyable aventure, rien de mieux que la voix de l'écrivain, en 1965, suivie d'un entretien filmé d'Allégret. Et pour revivre l'expédition, une mise en fiction dans cette émission spéciale. Ou encore ce site consacré à Gide, avec cette surprenante photo des deux hommes prenant le thé devant une hutte d'un village africain.
Projection samedi 10 mars à 17h à l'Auditorium du Louvre.

Avec Deux ou trois choses que je sais d'elle de Jean-Luc Godard, on peut faire de l'analyse filmique avec Charlotte Garson, parler cinéma et architecture ou des grandes transformations de la banlieue parisienne dans les années 60 (le film a été tourné dans la cité des 4000 à La Courneuve), ou bien évoquer la prostitution dans les grands ensembles.
Projection vendredi 9 mars à 16h45, présentée par Marina Vlady.


 L'expérience Cinerama

Cinerama

Le Festival ressuscite cette année une des expériences hollywoodiennes les plus spectaculaires d'après-guerre. Considéré comme l'ancêtre de l'IMAX, le Cinerama emmène le spectateur dans un voyage à travers le temps. Pour découvrir son histoire, rendez-vous le vendredi 9 mars à la conférence de Jean-Pierre Verscheure, Cinerama, la mémoire du monde. Petite introduction d'une minute (en anglais) sur la première caméra Cinerama de 1946. Et ce documentaire de 15 mn (en anglais) sur la restauration des Sept merveilles du monde en Cinerama, en attendant l'éblouissante projection en salle Langlois vendredi 9 mars. À lire aussi, l'aventure du cinérama de l'Empire à Paris en 1955, avant qu'il ne devienne la salle de l'École des fans de Jacques Martin. Et sinon, pas sûr que Monsieur Cinerama, passionné fou qui a construit un vrai Cinerama chez lui, ne vous invite à la maison. Direction, donc, la Cinémathèque du 8 au 11 mars !


Une nuit avec Russ Meyer

Tura Santana dans "Faster, Pussycat! Kill! Kill!" (1965)

Le Time Magazine l'appelait le Walt Disney du sexe. L'auteur de Faster Pussycat! Kill! Kill! et Supervixens a révolutionné le film érotique. Ses héroïnes ont des formes plus que généreuses, sont des guerrières, libres, indépendantes et tiennent la barre. Comme Tura Satana, devenue un symbole fort du féminisme, à lire dans l'interview de Siouxzan Perry, son bras droit jusqu'à sa mort en 2016. Pour un portrait complet de Russ Meyer, on regardera ce documentaire (54 mn), déconseillé aux moins de 12 ans : Le Saint des seins. Ou mieux encore, cet épisode complètement dingue de Cinéma, cinémas (1982), consacré au cinéaste érotomane : attablé devant un canard rôti au cassis, Russ Meyer parle de gros nichons évidemment, mais aussi de l'influence des romans d'Erskine Caldwell, de son prochain film Blitzen, Vixen and Harry, une parodie de L'Inspecteur Harry. Et du vrai hard qu'il se serait bien vu tourner avec Jackie Onassis et Cary Grant : Les appétits de Russ Meyer (11 mn).


Un peu plus de Wenders, en vrac


Dans le jukebox

The Kinks – Too Much On My Mind (extrait du premier long métrage de Wim Wenders Summer in the city, 1970)


Dans les cartons de la Cinémathèque

L'Etat des choses (Wim Wenders) - affiche Guy PeellaertAffiche de Guy Peellaert pour L'État des choses de Wim Wender (1982).

L'illustrateur, disparu en 2008, a réalisé une vingtaine d'affiches pour le cinéma. Il évoque son travail avec Wim Wenders dans cet entretien de 2002.

« Wenders m'a directement proposé de travailler avec lui en m'avouant :  "Je t'ai honteusement pillé pour L'Ami américain". Cela a été le début d'une amitié et d'une collaboration pour six affiches de ses films. »